À Agen, l’histoire du rugby ne commence ni dans un stade, ni dans une institution, mais presque par hasard, au début des années 1900. Tout part d’une rencontre improbable entre un lecteur d’anglais du lycée, un dentiste britannique et un Agenais, Alfred Armandie. Tous trois partagent un goût prononcé pour le sport, entre aviron, au sein de l’Aviron agenais, et boxe. C’est dans la rue Saint-Jean, aujourd’hui rue Camille-Desmoulins, que va naître cette nouvelle pratique. À l’époque, le quartier bruisse d’activité : petites industries, commerces artisanaux et lieux de vie populaires. Les premiers passionnés de rugby s’y retrouvent pour apprivoiser ce jeu venu d’outre-Manche.
Le rugby, à Agen, s’apprend d’abord dans les livres. Les règles sont importées d’Angleterre, puis déchiffrées collectivement. Les jeudis et dimanches, les pionniers se réunissent dans des lieux improvisés pour écouter Alfred Armandie commenter le jeu, souvent texte en main. Autour de lui gravite une première génération de joueurs : Albenque, Lafon, Bruffat, Piquemal, Andrieu ou encore Larrieu. Ensemble, ils posent les bases d’un premier groupe structuré, bientôt baptisé la « Barette agenaise », avant de donner naissance au Sporting Club agenais. Les moyens sont rudimentaires : on bricole les équipements, on coud les initiales du club dans des tissus récupérés, parfois découpés dans de vieux pantalons militaires. Mais le jeu prend, et avec lui, l’envie de bâtir quelque chose de durable.
Les débuts du rugby agenais sont marqués par une instabilité permanente. Les terrains changent au gré des opportunités : Péchabout, l’Étendage, l’Hospice ou encore l’Asile accueillent tour à tour les rencontres. Les difficultés financières sont constantes : l’achat d’un ballon représente déjà un effort collectif important. Pourtant, l’engouement grandit. Au milieu des années 1900, plusieurs équipes coexistent déjà à Agen, dont celle des « Jasmins », formée par les élèves du lycée, qui rivalisent régulièrement avec le Sporting Club agenais. Le rugby dépasse peu à peu les cercles bourgeois pour toucher les quartiers populaires. De nouveaux clubs émergent dans les faubourgs, reflet d’un sport en pleine diffusion.
Mars 1908 : une fusion décisive

Le tournant intervient en mars 1908. À cette date, Agen compte deux entités sportives majeures : le Sporting Club agenais, centré sur le rugby, et l’Union sportive agenaise, davantage tournée vers le cyclisme. Le 17 mars 1908, une réunion consignée dans les registres marque un moment décisif : « l’assemblée générale de la fusion nous apprend que chez nous tous sont disposés à fusionner », peut-on y lire, avant qu’« appel [soit] fait aux sociétaires à voter dans ce sens ». Le vote est sans appel : « la fusion est votée à la majorité de 44 acceptations contre 18 refus ». Dans la foulée, une condition symbolique est actée, appelée à traverser les décennies : « le maillot demeurera blanc avec écusson et des lettres bleu ».
Quelques jours plus tard, le 20 mars, la seconde étape est franchie. Une lettre de l’Union sportive agenaise vient confirmer l’accord : « ils acceptent nos conditions tant au point de vue maillot que pour les autres questions ». Le constat est alors sans ambiguïté dans les archives : « la fusion est donc un fait accompli ». Le 23 mars, une nouvelle réunion montre un club déjà structuré, organisé en commissions et tourné vers ses différentes activités. En l’espace de quelques jours, Agen vient de donner naissance à une entité appelée à s’inscrire durablement dans son paysage sportif : le Sporting Union agenais. Symbole de cette transition, un match est organisé dans la foulée contre le Club athlétique périgourdin. Programmé le dimanche suivant la réunion du 17 mars, il se tient le 22 mars 1908.
Structuration et ambitions nouvelles

Une fois la fusion actée, le club se structure rapidement. Des commissions sont mises en place, notamment pour le cyclisme, tandis que le rugby s’impose comme l’activité principale. Le siège s’installe au Café des Américains, à la porte du Pin, véritable centre névralgique de la vie sportive locale. Le club se dote progressivement d’installations plus solides, notamment avec l’aménagement du terrain des Chênes dès 1907, puis son amélioration dans les années suivantes. Les rencontres se multiplient, y compris face à des équipes étrangères, comme des formations galloises ou anglaises, attirant un public de plus en plus nombreux.
De la débrouille au stade Armandie

La Première Guerre mondiale marque un coup d’arrêt brutal. Alfred Armandie lui-même y perd la vie. Mais le club résiste. Au sortir du conflit, une nouvelle étape s’ouvre. En 1921, après de longues démarches, le SUA obtient un terrain à Genevois et y fait construire un véritable stade. Baptisé Armandie, en hommage à son fondateur, il est inauguré le 9 octobre 1921. Avec sa tribune couverte de 65 mètres pouvant accueillir à elle seule près de 1 500 spectateurs et une capacité totale estimée à l’époque à environ 15 000 personnes, le stade Armandie apparaît, dès son inauguration, comme une infrastructure remarquable. Bien au-delà d’un simple terrain, l’enceinte symbolise l’entrée du club dans une nouvelle dimension.
Il ne faudra pas attendre longtemps avant que le Sporting Union agenais franchisse un cap décisif en inscrivant son nom au sommet du rugby français. Le 18 mai 1930, au terme d’une finale d’une rare intensité face à Quillan, les Agenais décrochent leur premier titre de champion de France. Sur le terrain, le combat est acharné. Pendant le temps réglementaire, aucune des deux équipes ne parvient à faire la différence malgré les assauts répétés. Il faut attendre les prolongations pour voir le sort du match basculer. Marius Guiral entre alors dans l’histoire du club en réussissant un drop décisif, offrant une victoire 4 à 0 au SUA. En l’espace d’un peu plus de deux décennies, Agen est passé de réunions confidentielles dans une rue animée du centre-ville à la conquête du Bouclier de Brennus. Ce succès lance véritablement l’épopée du Sporting, faite de gloires, d’échecs, mais surtout d’innombrables histoires qui continuent, aujourd’hui encore, de nourrir la mémoire locale.







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