Canicule en Lot-et-Garonne : « un plan Marshall de l’agriculture doit être acté très rapidement », la Chambre d’agriculture lance un cri d’alarme 

Karine Duc, la présidente de la Chambre d'agriculture réclame un plan de soutien exceptionnel pour les exploitations. Alors que les effets de la canicule commencent à peine à être mesurés, les professionnels redoutent une nouvelle crise pour un secteur déjà fragilisé, chiffres à l'appui.

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À peine remis des inondations et de la tempête de février, le monde agricole lot-et-garonnais fait déjà face à un nouveau coup dur. Cette fois, c’est la canicule qui inquiète. La présidente de la Chambre d’agriculture, Karine Duc, alerte sur les premières conséquences d’un épisode de forte chaleur et appelle l’État à agir rapidement. « En moins de six mois, notre département passe en alerte rouge à deux reprises. Après les inondations et la tempête de février dernier, nous sommes désormais dans un cycle de forte chaleur en cette fin de mois de juin », rappelle-t-elle, estimant que ces événements successifs « ont à l’évidence de fortes répercussions sur nos exploitations agricoles ».

La responsable professionnelle insiste sur la fragilité économique d’un secteur qui, selon elle, accumule les crises depuis plusieurs années. « Le contexte économique et financier de la ferme Lot-et-Garonne est particulièrement dégradé », écrit-elle, avant de prévenir : « Je crains que nous arrivions désormais à un point de bascule. »

En chiffres 

Pour étayer son inquiétude, la Chambre d’agriculture s’appuie sur son tableau de bord annuel de la santé économique des exploitations. Les chiffres témoignent d’une dégradation continue de la situation. En 2025, 46 % des exploitations sont désormais classées dans la catégorie des exploitations en difficultés économiques et financières, contre 28 % dix ans plus tôt. À l’inverse, seules 25 % sont aujourd’hui considérées en bonne santé économique et financière, alors qu’elles représentaient plus d’une exploitation sur deux en 2021. 

La tendance est d’autant plus préoccupante que la catégorie intermédiaire, celle des exploitations en situation économique sensible, reste stable autour de 29 %. Autrement dit, près de trois agriculteurs sur quatre connaissent aujourd’hui des difficultés ou une situation suffisamment fragile pour que le moindre aléa climatique fasse basculer leur équilibre économique. « On se rapproche dangereusement d’une ferme Lot-et-Garonne avec 50 % d’agriculteurs en difficulté et 75 % qui n’en vivent plus », alerte Karine Duc.

Des conséquences déjà visibles 

Si les pertes ne peuvent pas encore être précisément chiffrées, les premiers constats dressés par les professionnels sont déjà alarmants. Sur les productions de plein champ, les fortes températures provoquent d’importantes brûlures sur les fruits et légumes. Certaines récoltes seront déclassées, d’autres ne seront même pas ramassées. Le stress hydrique devrait également affecter les rendements, y compris dans les vignobles.

Les cultures de printemps sont elles aussi directement menacées. « En raison de la durée et surtout de l’intensité de cet épisode climatique, elles seront très fortement impactées au niveau des rendements. Une situation catastrophique s’annonce également dans ce domaine. » L’élevage n’est pas épargné. Une enquête menée auprès des exploitants fait apparaître des difficultés sur l’ensemble des filières. Les prairies produisent moins, la qualité des fourrages se dégrade et 76 % des éleveurs interrogés déclarent une augmentation de leurs charges alimentaires. Le stress thermique entraîne également une baisse des productions, qu’il s’agisse de lait, de croissance des animaux ou encore de ponte, tandis que certains signalent déjà une hausse de la mortalité.

Plan d’urgence ? 

« Face à ces situations, un « plan Marshall de l’agriculture » doit être décidé et acté très rapidement pour notre agriculture lot-et-garonnaise », plaide Karine Duc. Elle réclame à la fois les dispositifs habituels (prise en charge des cotisations MSA, dégrèvements de taxe foncière ou indemnisation des pertes de récolte) mais aussi « la mise en place en urgence d’aides exceptionnelles de fort soutien à la trésorerie des exploitations agricoles ». Alors que l’épisode caniculaire tend a se poursuivre début juillet, la profession redoute que les premiers dégâts observés ne soient que les prémices d’un bilan beaucoup plus lourd dans les semaines à venir.

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