Sécurité : des chiffres inquiétants sur la délinquance routière et les violences intrafamiliales

Réunis autour du préfet Bruno André, le procureur de la République, le commandant du groupement de gendarmerie et la commissaire générale de la police nationale ont détaillé les grands chiffres 2025 de la sécurité dans le département avec des résultats contrastés, entre satisfactions et grosses alertes.

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Une activité soutenue des forces de l’ordre //

Pour le colonel Alexandre Peruch, c’est « un grand satisfecit ». Le commandant du groupement de gendarmerie de Lot-et-Garonne se dit très fier de ses troupes qui ont vécu « une année intense ». Plus de travail de nuit et des raids qui ont porté leurs fruits, plus de 4600 personnes mises en cause et remises à la justice… Cela s’est traduit par 49,9% de faits élucidés. « On n’a jamais atteint ces chiffres en Lot-et-Garonne », assure le colonel, qui se réjouit par ailleurs de voir le stock de procédures en cours baisser, pour un traitement encore plus rapide des dossiers.

En zone police, le constat est globalement le même. « Tous les policiers sont sur le terrain », garantit Dominique Lasserre-Cussigh, directrice interdépartementale de la police nationale (DIPN). Elle témoigne d’une « présence renforcée » en centre-ville d’Agen et notamment dans le secteur gare, sur les zones commerciales telles qu’Agen-Sud ou dans le cœur de bastide à Villeneuve-sur-Lot où un GSP a été créé en septembre dernier avec l’arrivée d’ici quelques semaines de nouveaux fonctionnaires. Là encore, les faits élucidés sont en hausse grâce au travail des enquêteurs, tout comme les écrous (+31%). De « belles affaires » ont été réalisées pour démanteler deux importants trafics de stupéfiants ou encore résoudre les incendies criminels qui ont frappé Agen, Le Passage et l’Enap.

Le Parquet est lui aussi sur le front avec un volume de procédures traitées en hausse. Les trois cabinets de magistrats instructeurs ont enregistré 86 affaires nouvelles et travaillent sur un stock vivant de 160 procédures. 409 personnes ont été déférées, avec une accélération en fin d’année et l’objectif de « maintenir le rythme ».

Les atteintes aux biens en baisse de 8,5% //

Le préfet Bruno André note « une tendance encourageante » et des « résultats satisfaisants », même si la vigilance reste de mise, c’est la deuxième année consécutive que ces chiffres sont en baisse. Les vols liés aux véhicules diminuent de 26%, ceux contre les entreprises de 16,5% et contre les personnes (sans violence) de 4,8%. Malgré quelques faits divers spectaculaires, les dégradations et destructions sont aussi en (très léger) recul. Rapporté au nombre d’habitants, le nombre de faits est nettement inférieur en Lot-et-Garonne qu’au niveau national.

Une double réalité pour les cambriolages //

Au niveau des chiffres bruts, le volume total des cambriolages en 2025 est stable par rapport à l’année précédente (9 faits seulement de plus). Cependant, cela est principalement dû à une baisse du côté des locaux commerciaux et industriels. Car côté logement, la progression est nette (+8,8%) avec 1178 faits constatés. Les résidences principales sont les plus impactées. En la matière, le Lot-et-Garonne fait moins bien que la Nouvelle-Aquitaine ou la France entière. Il s’agit d’un point de vigilance pour la représentation de l’État dans le département. « Au-delà du rôle des services de sécurité et de la justice, la participation citoyenne, notamment lors des départs en vacances, doit être active. On a un habitat rural et très diffus, ce qui laisse un grand terrain de jeu aux malfaiteurs », glisse le préfet.

Des violences physiques en hausse, en particulier au sein des foyers //

Près de 4000 atteintes à l’intégrité physique des personnes ont été enregistrées en 2025 (+4%). Pour dix victimes, quatre l’ont été dans le cadre intrafamilial (et très majoritairement au niveau conjugal) avec un dramatique bond en avant avoisinant les 10%. « Je ne sais plus comment le qualifier, regrette Bruno André. Je pense qu’on a passé le stade de la libération de la parole. » Le procureur Olivier Naboulet précise que la moitié des gardes à vue le sont pour ce motif. Des dispositifs comme le « pack nouveau départ » associant plus d’une cinquantaine de partenaires sociaux permettent de créer des parcours de sortie. 276 femmes, 6 hommes et 415 enfants ont pu être orientés. « On se mobilise autour des signaux faibles. Des pompiers ou des agents de La Poste par exemple, parfois amenés à entrer dans les domiciles peuvent nous renseigner en cas de doute », indique le colonel Peruch. Des intervenants sociaux sont également déployés dans les commissariats pour améliorer encore la prise en charge.

La lutte contre le narcotrafic et les stupéfiants érigée en priorité //

Avec +31% d’infractions relevées, on peut dire que les forces de l’ordre ont été particulièrement actives dans leur guerre contre les stupéfiants. C’est vrai au niveau de la lutte contre le trafic et l’usage-revente (+60%) mais aussi du point de vue du simple usage personnel. « Il y a une vraie volonté d’aller vers le consommateur, car c’est la base du système », estime le commandant du groupement de gendarmerie. Ce dernier constate que la ruralité n’est pas du tout épargnée par le phénomène, alimentée par le besoin de « proximité ». Cela ne signifie pas pour autant un déplacement de la ville vers la campagne, tant les zones urbaines restent impactées. Les nouvelles dispositions prévues par la loi narcotrafic ont produit leurs premiers effets avec des résiliations de bail dans des logements sociaux, une fermeture administrative d’établissement et des interdictions de paraître. Un levier que le préfet souhaite activer de manière beaucoup plus soutenue en 2026.

La sécurité routière : « un suicide collectif » //

C’est bien simple, absolument tous les indicateurs subissent une inflation inquiétante : +30% d’accidents, +20% de blessés et +17% de morts (27 personnes) par rapport à une année 2024 déjà noire. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir multiplié les contrôles avec une augmentation des heures d’activité de la gendarmerie et de la police, matérialisée par plus 32 000 relevés d’infraction et un millier de suspensions de permis, et ce sur les seules interceptions. Les statistiques des radars fixes et embarqués ne sont pas comptabilisées. « C’est hallucinant, complètement délirant. Je suis sans voix devant le comportement des automobilistes dans ce département. Je n’ai jamais vu cela et je ne sais plus ce qu’il faut faire. À ce stade, cela ressemble à un suicide collectif », insiste Bruno André. Le préfet et le procureur soulignent que cette délinquance routière exacerbée incombe fortement à « monsieur et madame tout-le-monde ». La répression, en plus de la prévention, risque de s’accentuer fortement. L’usage du téléphone au volant a explosé et sera particulièrement sanctionné, avec depuis le mois de février une suspension de permis automatique.

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