Municipales 2026 : à Casseneuil, une bataille à trois et une ambiance électrique

La maire sortante Marie-Laure Grenier fera face à deux concurrents. Si l'opposition avec Youcef Cherchari s'annonce apaisée, l'ancien premier édile Daniel Desplat se montre très offensif vis-à-vis de celle qui lui a succédé.

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Marie-Laure Grenier : l’essentiel après les épreuves //

Le parcours de Marie-Laure Grenier dans la vie politique est pour le moins atypique. Arrivée à Casseneuil en 2011, cette enseignante n’est pas à proprement parler une enfant du village. Elle n’a pas non plus fait montre de grandes velléités électorales. « En réalité, on est venu me chercher pour entrer sur la liste de Xavier Galinou en 2014. » Rebelote près de six ans plus tard, avec un rôle, cette fois, tout en haut de la pyramide. « On m’a suggéré d’être tête de liste. Peut-être parce qu’on avait vu en moi quelques qualités d’un point de vue travail et au niveau humain », explique celle qui est ainsi devenue maire avec un peu plus de 55% des suffrages face à l’ancien lieutenant de Daniel Desplat. Élue vice-présidente à la CAGV, elle a aussi remporté une victoire aux cantonales, faisant son arrivée dans l’opposition au Département. Malgré un peu moins de réussite aux sénatoriales, elle s’est durablement implantée dans le landerneau politique. Pour autant, son triple mandat ne s’est pas révélé être un fleuve tranquille. Marie-Laure Grenier a dû mener un combat très difficile pour sa santé. « Quand on traverse une épreuve comme celle-ci, on apprend à relativiser et à aller à l’essentiel. J’ai vécu mes mandats comme quelque chose de passionnant », admet-elle. Au point de vouloir renouveler l’expérience aujourd’hui, sans une once d’hésitation malgré une déclaration de candidature tardive. « Nous avons plein de chantiers en cours que j’ai envie, avec mon équipe, de pouvoir mener jusqu’au bout. Avec le programme Village d’avenir ainsi que l’ORT (ndlr, Opération de revitalisation de territoire), il y a de nombreuses actions, sur lesquelles on a beaucoup travaillé, à mettre en œuvre. » Marie-Laure Grenier défend son bilan. « Tout d’abord, on a beaucoup réparé. On a trouvé une situation désastreuse à notre arrivée, ce que confirme la Chambre régionale des comptes. Il fallait aussi être réparateur de lien social. Dans cette belle cité des Trois-Rivières, on a des profils d’habitants très différents. On est là pour faire société ensemble », estime-t-elle. Elle se réjouit que la base nautique ait pu reprendre vie avec l’ouverture d’un bar-restaurant. Elle cite également des avancées pour la mobilité avec l’ouverture d’une ligne intercommunale « qui fonctionne très bien » et évite « que les jeunes soient contraints de faire du stop sur un axe dangereux ». Des mesures plus invisibles sont par ailleurs évoquées comme des rénovations de bâtiments communaux ou encore la mise en place de plans de sauvegarde et de défense incendie. Pour les années à venir, la maire sortante poursuit plusieurs objectifs : une maison France Services pour répondre aux attentes du public en matière de proximité, une future caserne de pompiers, une rénovation de la cité Bellerive avec Habitalys, un gymnase modernisé, un plan trottoirs, une valorisation du presbytère… Marie-Laure Grenier devra, en plus de ce programme, se battre contre deux adversaires dont un qu’elle juge particulièrement agressif en la personne de son prédécesseur Daniel Desplat. « On voit ce qu’il est vraiment. Il est là pour démolir et me faire perdre plutôt que de gagner dans les urnes avec des propositions ! Il a même été jusqu’à parler de mon cancer pour me critiquer. Pendant six ans, on ne l’a pas vu si ce n’est pour emmener Jérôme Cahuzac sur le marché pendant les législatives. Quand je vois les retours de la population, je constate beaucoup de désapprobation vis-à-vis de cette attitude », indique-t-elle en parlant du fascicule de 24 pages distribué par l’ancien premier édile.

Youcef Cherchari : le moment de se lancer //

En septembre dernier, il était le premier à se lancer officiellement en campagne. Âgé de 46 ans, Youcef Cherchari s’estime prêt sur un plan personnel avec de l’énergie à revendre et suffisamment préparé d’un point de vue plus technique pour prétendre diriger la commune. Localement, il est déjà très impliqué dans la vie de Casseneuil. Professionnellement, il est le directeur du centre de loisirs associatif Pierre-Mandis. « J’ai également validé un diplôme d’État supérieur sur le développement du territoire en 2019 », souligne-t-il, notant par ailleurs sa « petite expérience de conseiller municipal » pendant l’ère Desplat. Une somme d’atouts que ce père de trois enfants souhaite mettre à profit. « J’ai envie de les voir grandir ici, dans un cadre le plus épanouissant possible ! » Grâce aux éléments financiers fournis par la municipalité, lui et son équipe, complétée depuis « un petit moment » ont pu « creuser en détail la situation de la commune et chiffrer des projets réalistes ». Mais Youcef Cherchari veut surtout placer une méthode au centre du futur mandat. « Ma façon de travailler s’appuie depuis longtemps sur la co-construction et une approche systémique. Je compte bien appliquer ce principe à la mairie avec un vrai conseil citoyen et un conseil municipal des jeunes. Même pendant la campagne, on fait en sorte de donner un maximum la parole, y compris à celles et ceux qui n’osent pas prendre la parole en public. Notre liste est représentative de la population et des quartiers de Casseneuil, avec des compétences ciblées. La plupart des membres sont nouveaux dans la vie politique et disposent d’une certaine fraîcheur en la matière. En opérant de cette façon, on reste connecté au terrain et on peut aussi accompagner les prises de décisions, expliquer ce que l’on peut faire, pas faire, les délais de mise en œuvre… C’est aussi vecteur de lien social. Une commune de 2400 habitants doit se rapprocher de tout le monde et apprendre à travailler ensemble. » En haut des priorités du candidat figure le gymnase : « Il est fermé depuis plusieurs années, ce qui fait que le collège et les assos n’ont plus d’endroit pour faire du sport. Cela sera assurément l’un des grands chantiers du mandat. » Dans la continuité, l’objectif est de décloisonner un peu le tissu scolaire entre public et privé pour être « le garant de l’éducation de tous les enfants dans une ville prospère ». Il souhaite aussi s’atteler à « la question de l’attractivité du village » en soignant ses entrées et en améliorant l’accessibilité, en particulier au niveau de l’allée des promenades, « pour inciter plus de gens à entrer dans le bourg ». « Nous devons sécuriser les zones les plus accidentogènes, en face de l’Ehpad ou au niveau du pont », ajoute Youcef Cherchari. Côté santé, l’intéressé s’oblige à « prendre le train en marche » et avance des propositions concrètes à venir, après s’être rapproché de professionnels, pour remplir « une maison de santé qui fonctionne sans médecin depuis sa création ». Il n’oublie pas non plus l’Ehpad et sa liste d’attente importante, le maintien à domicile et le handicap via l’IME.

L’intéressé prône une place encore plus stratégique, au niveau de l’Agglo d’une part, et des petites communes qui l’entourent. « À tous les niveaux, on doit pouvoir raisonner en termes de mutualisation de moyens et économies d’échelle pour optimiser les projets. « Il n’est pas question de supprimer des compétences ici et là mais au contraire d’améliorer le service public sur tout le bassin de vie grâce à de nouvelles synergies. Avec cette logique territoriale, on aurait pu se développer encore plus vite et plus loin », assure Youcef Cherchari. « Surpris » par la candidature d’un Daniel Desplat sorti de sa retraite politique, il affirme ne pas vouloir entrer dans des « batailles malsaines » : « Je préfère me concentrer sur la noblesse du combat citoyen. Notre projet n’est pas contre qui que ce soit mais pour Casseneuil. »

Daniel Desplat : la grande offensive //

C’est un peu la surprise du chef, la décision que l’on n’avait pas vu venir. L’ancien maire Daniel Desplat a décidé de revenir au cœur du jeu avec une stratégie claire : attaquer le bilan de Marie-Laure Grenier. Pour ce faire, il a distribué dans les boîtes aux lettres des Casseneuillois un fascicule de 24 pages détaillant sa vision du bilan de mandat 2020-2026. Un véritable réquisitoire discréditant méthodiquement les actions dans chaque grande thématique. « Depuis 2020, la municipalité sortante communique beaucoup. Elle rassure, elle promet, elle affirme gérer avec rigueur. Pourtant, derrière cette communication bien huilée, la réalité vécue par les habitants est tout autre : augmentation des indemnités des élus, impôts en hausse, dette en augmentation, patrimoine communal affaibli, projets structurants absents. Casseneuil a perdu le fil de l’intérêt général et mérite mieux que l’improvisation de gestion de l’équipe actuelle », dénonce-t-il. Son objectif : « Mettre en lumière les erreurs, l’inaction et un bilan qui ne peut plus être ignoré. Il appelle un changement profond. »

Sur la critique du bilan financier qu’il aurait laissé à son départ en 2020, Daniel Desplat crie à « une manipulation des chiffres » et un discours catastrophiste injustifié. Idem sur les travaux de l’école Pascalet, qu’il assume avoir condensés. En guise de contre-attaque, il insiste sur les « 11,96% d’augmentation de taxe foncière », un emprunt de 500 000€ sans projet réalisé et des ventes immobilières en dessous des prix du marché ou non pertinentes selon lui. Il s’en prend aussi à la désertification médicale depuis que « le dernier médecin généraliste a pris sa retraite en 2021 ». « Pourtant, Mme le Maire avait des solutions à portée de main avec, parmi ses collègues, un conseiller municipal et un adjoint dont, respectivement, l’épouse et la fille sont médecins généralistes. Comment les élus actuels peuvent-ils convaincre de nouveaux médecins à s’installer quand eux-mêmes n’y parviennent pas avec leurs proches ? », s’interroge-t-il, rappelant au passage la « création de l’Espace de Santé en 2015 et la mise en place d’une permanence, à tour de rôle de praticiens villeneuvois pour anticiper le départ du dernier docteur » sous sa mandature. La gestion des ressources humaines est aussi vivement critiquée, entre arrêts maladie, sanctions et recrutements conflictuels. Enfin, le chantier de la voie verte non réalisé dans les règles de l’art de l’urbanisme. À tous ces points (liste non exhaustive), Daniel Desplat répond par une promesse, celle de faire pratiquement l’inverse de Marie-Laure Grenier.

« Il ne s’agit ni d’un pamphlet, ni d’attaques personnelles, mais d’un bilan sur la gestion municipale actuelle fondé sur des faits, des décisions et des chiffres officiels, glisse l’ancien maire redevenu candidat. En période électorale, chacun défend sa vision: la mienne est claire, argumentée et assumée. Reconduire [Marie-Laure Grenier] jusqu’en 2032, c’est faire le choix du maire de l’augmentation des impôts et des indemnités, de la gestion improvisée, du « bla-bla » permanent, de la dispersion électorale, du maire qui a, peu à peu, transformé notre village en cité-dortoir, et qui s’est trop éparpillé au point d’en oublier l’essentiel. » Pas de quartier…

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