Pro D2 : Agen prend la route de Provence… et du top six ?

Après sa victoire contre Valence-Romans, le SUA se déplace vendredi chez le solide troisième du championnat, Provence Rugby, avec l’objectif de confirmer sa place dans la course aux phases finales.

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La Rétrospective //

Vainqueur de Valence-Romans Drôme Rugby à Armandie (34-23), le SU Agen a rempli l’essentiel en gagnant face à un cador du haut de tableau et en restant au contact du top 6. Sur le plan comptable, l’opération est positive. Sur le plan du contenu, elle est plus nuancée. Car si le Sporting a longtemps maîtrisé son sujet, il a aussi laissé filer un bonus offensif qui lui tendait les bras. Et c’est précisément ce point envolé qui a laissé un goût d’inachevé dans les discours d’après-match. Tout n’avait pourtant pas été simple. Bousculés en mêlée durant la première demi-heure, pénalisés à répétition dans le secteur de la conquête, les Agenais ont traversé un temps faible. Plutôt que de douter, le groupe s’est resserré. En infériorité numérique, il a choisi d’accélérer, de jouer et d’imposer du rythme. Deux essais inscrits avant la pause ont totalement inversé la dynamique et permis au SUA de virer en tête avec autorité (24-11).

La seconde période a confirmé cette montée en puissance. Plus disciplinés que leurs adversaires, dominants dans l’occupation et efficaces dans les zones de marque, les hommes de Mauricio Reggiardo ont progressivement étouffé les Drômois. Le doublé de Martins, synonyme de bonus offensif à un quart d’heure du terme (34-11), semblait sceller définitivement la rencontre. Agen avait fait le plus dur.

Puis, comme trop souvent cette saison, la fin de match est venue ternir l’ensemble. Deux essais encaissés dans les cinq dernières minutes, une gestion approximative dans le camp agenais, et ce point de bonus qui s’échappe. Sans conséquence immédiate au classement, mais révélateur d’une marge de progression encore réelle dans la maîtrise des fins de rencontre. Preuve d’un groupe qui ne se contente plus de gagner, mais qui commence à mesurer le poids de chaque point dans la course aux phases finales. Agen sait qu’il avance, mais qu’il ne peut plus se permettre de laisser des miettes en route.

La Décla //

« Il y a de la fierté, oui, parce que c’est une victoire de groupe. Avec tous les changements opérés, le staff a voulu créer de l’émulation et ça a répondu présent. Maintenant, on ne va pas se cacher derrière le score. Ce bonus offensif qui nous échappe à la fin, il est rageant. On l’a déjà laissé filer contre Béziers, contre Aurillac… À ce niveau-là, il faut qu’on apprenne à être plus tueurs. On a commis des erreurs individuelles, on n’a pas toujours bien géré notre jeu au pied, avec des touches non trouvées qui auraient pu les maintenir sous pression. On avait l’occasion de les mettre définitivement sous l’eau, on ne l’a pas fait. En mêlée, il y a eu des situations frustrantes aussi, même si je ne veux pas entrer dans la polémique. On a gagné, c’est positif, mais on est toujours septièmes. Et tant qu’on est septièmes, il n’y a pas de raison de s’enflammer. On reste dans la course, bien sûr, mais on fera les comptes à la fin du bloc. À nous de montrer, sur la durée, qu’on mérite d’être considérés comme un vrai candidat au top 6. » — William Demotte (2e ligne du SUA)


Le Top // Le Facteur X

Comme souvent, il n’a pas réussi à rendre une copie parfaite, mais Lucas Martins a encore frappé face à Valence-Romans, inscrivant un doublé (10 essais, troisième meilleur marqueur de Pro D2) qui a scellé la victoire du SUA (34-23) et matérialisé la domination du groupe. Offensivement, l’ailier portugais est le véritable facteur X du club cette saison. Il crée des brèches (troisième meilleur franchisseur du championnat). Il lui reste à affiner et simplifier son jeu en phase défensive pour afficher un rendement convaincant des deux côtés du terrain.


Le Flop //

La soirée aurait pu être parfaite. Elle a laissé une trace. Sorti en première période, Clément Garrigues a quitté la pelouse d’Armandie en boitant. Rapidement remplacé, le centre agenais n’est pas revenu sur le banc avec la même légèreté que ses partenaires. Les premiers examens ont confirmé une entorse sérieuse de la cheville, avec suspicion ligamentaire. L’Agenais devrait être indisponible durant un mois ou plus. Le SUA avait déjà dû composer avec des ajustements derrière en cours de match. Cette fois, c’est sur la durée que le staff va devoir réorganiser ses cartes.

Le Chiffre // 14

C’est le nombre de cartons jaunes concédés par le SU Agen depuis le début de la saison. Un total relativement maîtrisé dans un rugby moderne où la discipline est devenue un levier stratégique majeur. Entre l’arbitrage vidéo, la vigilance accrue sur les zones de contact et la sévérité croissante sur les fautes répétées, la moindre indiscipline peut désormais faire basculer une rencontre, voire peser durablement sur un classement. Avec 14 avertissements, Agen figure parmi les formations les plus rigoureuses du championnat : les Lot-et-Garonnais occupent la deuxième place des équipes les moins sanctionnées dans cette catégorie. Seul Oyonnax fait mieux, avec 12 cartons jaunes reçus.

À titre de comparaison, la saison passée, c’est Biarritz qui avait été félicité pour sa discipline, avec 23 cartons jaunes reçus sur l’ensemble de l’exercice. À neuf matchs du terme, le SUA est donc sur des bases intéressantes. Un bémol toutefois : cette relative maîtrise ne doit pas occulter les trois cartons rouges déjà concédés cette saison.

La Projection //

Toujours septième, toujours à deux longueurs de CA Brive, le SU Agen avance sans bruit mais sans détour. La victoire contre Valence-Romans a entretenu la flamme, sans totalement effacer la frustration du bonus envolé. Le classement, lui, n’a pas bougé. Pour franchir un cap, il faudra désormais s’exporter. Et le défi est de taille : vendredi à 19 heures, direction le stade Maurice-David pour défier Provence Rugby (3e), solide troisième du championnat, qui restait avant la semaine dernière sur cinq victoires de rang. Une équipe dense, structurée, difficile à manœuvrer chez elle. Clairement l’un des déplacements les plus exigeants de ce bloc, mais aussi une occasion rare de frapper un grand coup.

Car le constat est limpide. Avec une seule victoire loin d’Armandie cette saison, Agen ne pourra pas prétendre au top 6 en se contentant de sécuriser ses bases à domicile. Les confrontations face aux équipes du haut de tableau sont autant de tests que d’opportunités. Aller chercher des points en Provence changerait la portée de la dynamique enclenchée contre Valence. Le contexte offre quelques signaux positifs : la concurrence s’intensifie et les retours attendus dans le groupe devraient densifier la rotation. Le staff a assumé des choix forts ces dernières semaines et dispose désormais de plus de leviers pour ajuster son XV de départ sans perdre en cohérence, face à un adversaire capable d’imposer un défi physique constant sur 80 minutes. Rappelons que Provence n’a plus connu la défaite à domicile depuis octobre 2025. Le SUA entre donc dans une phase charnière : pas encore un sprint final, mais un moment où chaque déplacement pèse double. Agen a enfilé le costume du chasseur, après deux déplacements intéressants entre Grenoble et Brive. Reste à savoir s’il saura enfin voyager avec la même autorité qu’à Armandie.

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