Municipales à Agen : à l’heure du choix, quatre candidats, un fauteuil

À quelques jours du premier tour, la campagne municipale entre dans sa dernière ligne droite à Agen. Entre continuité revendiquée, promesses de changements et discours de rupture, les électeurs s’apprêtent à trancher entre les quatre candidats.

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Qui succèdera à Jean Dionis du Séjour ? Peut-être bien lui-même, ou alors Agen ouvrira la porte à un nouveau premier édile pour la première fois depuis 2008. En tout cas, ce dimanche aura lieu le premier tour des élections municipales : la campagne touche à sa phase décisive. Réunions publiques, porte-à-porte, distributions de tracts et débats d’idées se sont multipliés ces derniers mois. Après de nombreux échanges, critiques et propositions, l’heure est désormais venue pour les Agenaises et les Agenais de faire valoir leurs opinions. Après un scrutin municipal 2020 au goût particulier, marqué par la pandémie et limité à un duel entre les listes de Jean Dionis du Séjour et Maryse Combres, les Agenais retrouvent cette année une compétition bien plus ouverte. À l’époque, l’élection s’était déroulée dans un contexte inédit, avec près de 63 % d’abstention. Cette fois, quatre candidats briguent le fauteuil de maire et entendent convaincre les électeurs.

Quatre visions

Cette campagne aura mis en lumière des visions parfois très différentes de l’avenir de la ville. Le maire sortant, Jean Dionis du Séjour, candidat à un quatrième mandat, défend un projet fondé sur la continuité et la stabilité. Fort de son bilan, il revendique une gestion « crédible » et « chiffrée », insistant sur la nécessité d’« engagements mesurés ». « La crédibilité, ce n’est pas ce qu’on annonce, c’est ce qu’on tient », résume-t-il.

Face à lui, la gauche unie conduite par Laurent Bruneau entend ouvrir « une nouvelle ère » pour la ville. L’avocat agenais, qui revendique un programme « ambitieux mais pragmatique », souhaite notamment agir sur la qualité de vie, l’accès à la santé ou encore le dynamisme du centre-ville. « Ce que nous proposons, ce n’est pas une révolution, mais un projet pour améliorer concrètement le quotidien des Agenais », affirme-t-il.

La campagne a également été marquée par l’entrée en lice de la liste « Agen en action », menée par Sébastien Delbosq, qui rassemble plusieurs sensibilités de droite autour du Rassemblement national. Son équipe met en avant des priorités axées sur la sécurité, l’entretien de la ville et la proximité. « Rigueur, audace et proximité seront les fils conducteurs de notre méthode », assure le candidat.

Enfin, une quatrième voix s’est fait entendre avec la liste portée par Éric Lafond, soutenue par le Parti des travailleurs. Avec le slogan « L’argent pour les besoins de la population, pas pour la guerre », l’ancien instituteur revendique une rupture politique plus large. « Pour sortir de cette politique de misère sociale, il faut rompre avec Macron et son économie de guerre », estime-t-il, plaidant pour des investissements massifs dans les services publics locaux.

Le regard déjà porté sur le second tour ?

S’il n’est pas impossible qu’un candidat décroche l’écharpe de maire dès le premier tour grâce à une majorité absolue, un tel scénario paraît peu probable dans les urnes de la préfecture du Lot-et-Garonne ce dimanche. Le maire sortant avait pourtant créé la surprise en 2014 en s’imposant avec 52,19 % des suffrages, malgré la présence de quatre autres listes. Cette fois, les observateurs politiques s’accordent davantage sur l’hypothèse d’un second tour, prévu le 22 mars.

Pour y participer, les listes devront avoir obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés. Jean Dionis du Séjour devrait franchir sans difficulté ce seuil, tout comme la liste d’union de la gauche, qui semble mieux structurée que lors des précédentes échéances et qui a entamé sa campagne depuis plus d’un an. La présence de Sébastien Delbosq au second tour apparaît également probable : l’union des droites bénéficie d’une dynamique nationale favorable au Rassemblement National. Lors des élections législatives de 2024, le candidat était d’ailleurs arrivé en tête à Agen au premier tour, avant d’être battu au second par la mobilisation du front républicain. La tâche s’annonce en revanche plus délicate pour le candidat du Parti des travailleurs. Arrivé tardivement dans la campagne, Éric Lafond pourrait toutefois peser dans l’équation, notamment en captant une partie de l’électorat de Laurent Bruneau.

Dans cette hypothèse, la question du front républicain ressurgirait immanquablement. Historiquement invoqué pour faire barrage au Front national puis au Rassemblement national, ce réflexe politique, souvent présenté comme moral, est désormais parfois brandi contre les formations jugées d’extrême gauche, dont l’influence s’est également renforcée. Dans notre édition du 28 octobre 2025, nous avions interrogé les trois premiers candidats déclarés sur ce sujet. Sébastien Delbosq avait alors écarté toute perspective d’accord de second tour : « Je ne suis pas opposé aux alliances, mais avant le premier tour. Après, cela devient une alliance de circonstances, réunissant des gens qui ne sont d’accord sur rien. Et surtout, cela fausse les cartes. » À gauche, Laurent Bruneau défendait une position opposée : « Bien sûr, je crois encore au front républicain. La gauche n’a pas oublié que son principal adversaire reste le Rassemblement national et les partis qui gravitent autour. Ma seule interrogation concerne la position de Jean Dionis. » Le maire sortant, lui, préférait rester prudent : « Au niveau national, le front républicain conserve sa légitimité. Mais chaque élection a ses spécificités. Il faut donc toujours replacer la question dans son contexte. Les municipales sont très différentes des autres scrutins. »

Un autre élément entre en ligne de compte. Contrairement aux élections nationales, les municipales garantissent une représentation aux oppositions au sein du conseil municipal. Se retirer au second tour reviendrait donc à renoncer à cette tribune politique et à la possibilité de faire entendre sa voix à l’hôtel de ville. Reste alors l’inconnue des alliances. Les listes choisiront-elles de se rallier à d’autres ou préféreront-elles s’affronter comme au premier tour ? Une chose demeure certaine : le dernier mot appartiendra aux électeurs. Car, comme toujours lors d’une campagne municipale, c’est finalement le choix souverain des habitants qui tranche.

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