Jean Dionis tourne la page : « Il y a une usure de ma personne… et je l’entends »

Battue par la liste d’union de la gauche menée par Laurent Bruneau, la majorité sortante perd la mairie d’Agen après dix-huit années de pouvoir. Dimanche soir, Jean Dionis du Séjour a annoncé se retirer de la vie politique locale.

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Sous les hauts plafonds de la salle des Illustres, le silence s’épaissit à mesure que les résultats tombent. Alignés derrière les tables de dépouillement, les piles de bulletins se forment lentement, bureau après bureau. Au milieu de la pièce, Jean Dionis du Séjour observe la scène, le regard fixé sur les chiffres qui s’additionnent. Peu à peu, l’écart se creuse en faveur de son adversaire, Laurent Bruneau. Autour de lui, les regards se croisent, les murmures s’échangent. La tendance ne laisse guère de place au doute. « On est en retard partout », souffle le maire sortant, presque pour lui-même. Quelques minutes plus tard, l’évidence s’impose. Avec 34,33 % des suffrages, Jean Dionis du Séjour est battu. Au second tour, sa liste ne parvient à s’imposer que dans trois quartiers. Le vote sanction a manifestement joué à plein. Et pas davantage que lors du premier tour, il n’a réussi à mobiliser les abstentionnistes : près de 43 % des électeurs ne se sont pas déplacés pour voter ce dimanche soir.

Pourtant, le protocole de la soirée lui impose un dernier rôle. En tant que maire sortant, c’est à lui qu’il revient d’annoncer les résultats bureau après bureau. Une épreuve qu’il traverse sans laisser transparaître la moindre émotion. Après une brève poignée de main avec son successeur, il se retire. La salle des Illustres se vide alors presque aussi vite qu’elle s’était remplie deux heures plus tôt.

Clap de fin pour la politique agenaise

C’est finalement dans sa permanence du boulevard Carnot que le désormais ancien maire d’Agen s’exprime devant ses soutiens, quelques curieux et les journalistes. Le ton est grave, mais sans détour. « Il y a sans doute une usure du pouvoir, et une usure de ma personne. J’entends cet argument et je crois qu’il a joué », reconnaît-il. Après dix-huit années passées à la tête de la municipalité, l’élu centriste voit s’achever une longue séquence politique. Trois mandats, des projets structurants pour la ville et l’agglomération, et une présence constante dans la vie publique agenaise. « J’ai pris la responsabilité de cette défaite de manière personnelle », poursuit-il. « Ce soir, j’ai annoncé que je me retirais de la vie publique agenaise, que ce soit à la municipalité ou à l’agglomération. » L’ancien maire ne siègera donc pas dans l’opposition municipale et met un terme à son engagement institutionnel local.

La relève de la droite et du centre

Pour Jean Dionis du Séjour, l’avenir politique de son camp passe désormais par une nouvelle génération. « Maintenant, il faut qu’une nouvelle génération incarne ce que nous sommes : la droite et le centre républicain », explique-t-il. « Vous allez avoir sept élus de qualité qui porteront ces idées au conseil municipal. Clémence Brandolin-Robert a vocation à animer cette opposition. Elle est charismatique et a du leadership. Mais ils s’organiseront comme ils l’entendent », précise-t-il. Dans le même souffle, l’ancien maire regarde déjà vers d’autres échéances politiques. « J’espère aussi que Pierre Chollet saura émerger sérieusement lorsque la prochaine élection législative approchera. Personnellement, je ne me désintéresserai pas de la vie politique », confie-t-il. « Je serai là, humblement, comme un militant. » Avant d’ajouter, dans un sourire qui détend brièvement l’atmosphère : « Si on a besoin de moi pour coller des affiches, j’aiderai. »

Dans son analyse de la défaite, Jean Dionis du Séjour met également en avant le contexte politique local. « Nous avons mené une campagne propre, claire, avec un beau projet et une belle équipe », assure-t-il. Mais selon lui, d’autres facteurs ont pesé dans l’issue du scrutin. L’ancien maire évoque notamment « la montée des extrêmes » dans le paysage politique agenais, qu’il juge « beaucoup plus inquiétante ». Dans le même temps, il critique vivement le rassemblement opéré par la gauche durant la campagne. « La gauche a posé un geste très grave en se compromettant avec l’extrême gauche radicale », estime-t-il, regrettant une orientation qu’il considère en rupture avec l’équilibre politique local.

Les inquiétudes pour l’Agglomération

Si l’élection municipale scelle la fin de son mandat à la tête de la ville, Jean Dionis du Séjour regarde déjà vers l’avenir de l’Agglomération d’Agen, dont il fut également une figure centrale. Sur ce terrain aussi, l’ancien maire dit nourrir des inquiétudes. « Le projet porté par la gauche est, selon moi, un projet de régression sur un certain nombre de sujets », affirme-t-il. « J’espère qu’un certain nombre de maires continueront à porter un projet de progrès et de dynamisme pour notre territoire. »

Malgré la déception palpable parmi ses soutiens, Jean Dionis du Séjour se veut lucide sur le message envoyé par les électeurs. Pour celui qui fut pendant près de deux décennies le visage majeur de la vie publique agenaise, l’heure est désormais au retrait. Lui entend « rattraper le temps perdu avec sa famille et ses amis » Une page se tourne donc à Agen. La capitale du Lot-et-Garonne referme un chapitre de près de dix-huit années qui restera, dans la mémoire politique locale, comme celui des « années Dionis ».

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