La bataille livradaise à cinq promettait d’être serrée et indécise. Elle ne le fut pas tant que cela. En effet, André Forget est sorti grand gagnant du premier tour avec 40% des voix et a parachevé son œuvre dimanche soir, fort de 49% des bulletins exprimés. Son dauphin, Jacques Borderie, eut beau tenter la remontada, il échoue à plus de 400 voix et à 17 points derrière. « En toute humilité, c’est le résultat que l’on s’était fixé. Comme en sport, j’aime avoir des objectifs élevés pour me pousser à les atteindre », admet André Forget.
Dans cette campagne, son positionnement lui a mis une cible dans le dos. En se plaçant comme le successeur naturel de Pierre-Jean Pudal, il devenait tributaire d’un bilan décrié par une opposition qui a gagné jusqu’à une partie de la majorité sortante. « À la fin, on voit que les électeurs ont choisi un candidat loyal. Oui, j’assume le bilan. Je n’ai pas toujours été d’accord sur tous les sujets avec notre chef d’équipe. J’ai soumis des projets qui n’ont pas forcément été retenus. Mais les divergences sont toujours restées entre nous. C’est ça, le sens du collectif. On avance ensemble et on travaille au lieu de se disputer en public. Aujourd’hui, je défends, avec mes colistiers, un nouveau projet, des idées et une méthode. Il n’y aura pas de rupture brutale mais une transition pour continuer à aller de l’avant », explique André Forget. En témoigne la volonté de ce dernier de mener à bien les projets déjà engagés. « Certains veulent présenter les derniers mandats comme catastrophiques, comme si la ville était un champ de mines comparable à Beyrouth. Jamais ils ne parlent de la rénovation d’une friche industrielle (ndlr, îlot Porte Campagne) en véritable lieu de vie. La future médiathèque en sera un aussi. À défaut de pouvoir créer des boutiques avec une baguette magique, on développe des services qui feront venir beaucoup de gens en centre-ville. Et nos commerces en profiteront », ajoute André Forget. La tentative avortée de monter une liste d’union contre lui l’a fait sourire. « C’était un peu le mariage de la carpe et du lapin. »
Un rôle social
Ce passionné de sport veut maintenant se projeter dans l’avenir avec une vocation sociale : « J’ai toujours été un homme de proximité, ne serait-ce que par mon engagement associatif. Je n’ai jamais changé de comportement parce qu’il y avait une échéance électorale. Et ce que je vois, c’est une population loin d’être aisée avec des revenus modestes, parfois pauvres. Notre mission en tant qu’élus est de les aider au maximum. » Il souhaite aussi positionner Sainte-Livrade comme moteur pour les communes voisines, avec lesquelles il entend monter des projets communs. « Quand on voit ce qu’il s’est passé à Casseneuil, on peut observer des similarités. Il y a d’une part une évolution des mentalités vis-à-vis d’une jeunesse locale issue de la diversité. On note aussi le succès de valeurs politiques imprégnées de dignité et de rassemblement. » Et il y a bien sûr l’Agglo. « Nous sommes la seconde commune de la CAGV, notre rôle doit être à la hauteur. Au futur président de bien respecter Sainte-Livrade, c’est primordial. Ma philosophie, c’est de pouvoir travailler avec tout le monde, quelle que soit la couleur politique. Ce n’est que comme ça que l’on peut aller chercher un maximum de subventions, le vrai nerf de la guerre, pour concrétiser nos dossiers. »
La tentative d’union avortée face à la majorité sortante //
Deux figures locales de la gauche et de la droite ont engagé des discussions après le premier tour pour barrer la route à André Forget, sans succès.
Au tout début de la campagne, Jean-Paul Péreuil regardait d’un air un peu amusé les querelles intestines d’anciens membres de la majorité Pudal. Querelles qui n’ont pas empêché les concernés de truster les trois premières places, laissant Jean-Paul Péreuil au pied du podium. « On ne pensait pas finir là », avoue Jean-Paul Péreuil. Si ce dernier n’a jamais caché sa sensibilité de gauche, il s’est tout de même attaché à monter une liste aux horizons plus larges. Il estime qu’une partie de son électorat s’est diluée entre les propositions de Séverine Besson et Maurice Thumerel.
Un trio Borderie-Besson-Péreuil ?
Avec un peu plus de 14%, la liste « Ensemble, bâtissons l’avenir » s’est tout de même qualifiée au second tour, lui ouvrant ainsi plusieurs portes : se maintenir en l’état, se retirer ou fusionner avec d’autres candidats. Et c’est bien cette option qui a d’abord été étudiée. « Dès l’issue du premier tour, certains membres du collectif ont souhaité explorer la piste d’un rapprochement avec Jacques Borderie et Séverine Besson », révèle Jean-Paul Péreuil. Sur le papier, cet attelage a de quoi surprendre. Qu’à cela ne tienne, une réunion a bel et bien eu lieu. « Avec Jacques Borderie, on a su trouver un terrain d’entente. L’objectif était de monter une liste totalement indépendante à partir de nos trois équipes. La répartition se voulait totalement égalitaire, avec un tiers de représentants pour chacune et la garantie de pouvoir défendre des projets des trois programmes », explique Jean-Paul Péreuil. Une autre condition était posée : celle de trouver une nouvelle tête de liste. Même Jacques Borderie, pourtant arrivé en seconde position, devait renoncer à briguer le poste de maire. « Et il avait accepté. Même si nous avions et avons toujours des divergences, le fait de pouvoir mettre de côté nos égos respectifs au bénéfice des Livradais donnait de la cohérence à cette alliance », estime le leader de gauche. Leur objectif commun était de faire barrage à André Forget, considéré comme l’incarnation de la continuité des mandats Pudal.
Que s’est-il passé pour que ce mariage ne soit pas conclu ? « Séverine Besson a refusé. Elle est restée campée sur de vieilles rancœurs personnelles avec Jacques Borderie. À deux, cette entente avait moins de sens. » Si Jacques Borderie a gagné quelques voix dans l’affaire, il est resté très loin de tout espoir de victoire. Quel aurait été le score final au second tour si la démarche avait abouti ? Personne ne le saura jamais, même si l’histoire n’a pas toujours souri aux associations, disons, audacieuses. Néanmoins, les bases de discussions créées à cette occasion pourraient ne pas rester lettre morte dans les années à venir.







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