« On est en train de casser le jouet » : l’élection très politisée du futur président de l’Agglo inquiète

Avec la candidature d'Olivier Grima face à celle du nouveau maire d'Agen Laurent Bruneau, deux camps s'affrontent pour le pilotage de l'intercommunalité. Une situation qui désarçonne certains élus.

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Papa ou Maman ? C’est un peu la question qui se pose (s’impose ?) aux élus de l’Agglomération d’Agen. Les nouveaux comme les anciens reconduits font face à un dilemme : quel président pour le prochain mandat ? Pendant dix-huit ans, la place de Jean Dionis du Séjour n’a jamais été remise en question tant le couple ville-centre/Agglo sonnait comme une évidence. Il faut dire que « JDS » vouait une adoration sans bornes pour les prérogatives communautaires. Technopole Agen-Garonne et zones d’activité économique de manière générale, échangeur autoroutier Agen-Ouest, pont et barreau de Camélat, LGV ont focalisé le plus gros de son attention ces dernières années. Et ont constitué une bonne partie de son argumentaire lors de la dernière campagne. Ce regard largement porté au-delà des frontières de sa commune lui a peut-être d’ailleurs coûté des voix les 15 et 22 mars. Toujours est-il que sa gouvernance de l’Agglo en a laissé quelques-uns nostalgiques. À commencer par Olivier Grima, son vice-président en charge du développement éco, ou encore l’Estillacais Jean-Marc Gilly. Dans un souci que le cap reste le même, le premier a donc choisi de se porter candidat. Un choix quelque peu surprenant pour quelqu’un qui a renoncé au mandat de maire. En Lot-et-Garonne sur le mandat qui vient de s’écouler, tous les EPCI étaient dirigés par un premier édile. Seule exception : Bastides en Haut-Agenais Périgord, où le job est revenu au premier adjoint de la commune n°1. Sans s’opposer a priori à la démarche d’Olivier Grima, plusieurs maires de l’Agglo d’Agen s’interrogent. « C’est assez inhabituel, il va falloir qu’on me donne de bons arguments », commente l’un d’eux. D’autres voient en lui « l’homme de la situation » au vu de ses responsabilités passées. En face, l’équation n’est pas simple pour Laurent Bruneau. À peine élu et même pas encore installé, il se retrouve déjà à gérer une fronde. Ses divergences avec Jean Dionis pendant les municipales laissent craindre à certains représentants de la droite et du centre la même volonté de rupture à l’Agglo. Le leader de la gauche a beau plaider « pour préserver ce qui fonctionne », ses détracteurs restent bien décidés à lui barrer la route. Même s’il n’est pas question de suffrage universel, l’Agglo d’Agen n’en demeure pas moins un organe démocratique où chaque candidature est légitime. Personne, pas même Laurent Bruneau, ne conteste ce droit.

Miser sur le bon cheval

Pourtant, il flotte dans l’air une atmosphère particulière. « Je suis complètement dans le flou », répètent à l’unisson plusieurs maires contactés. Si l’anonymat est de mise, c’est parce que l’enjeu est de taille. « On est nombreux à ne pas avoir d’étiquette politique. Ce qui nous importe en priorité, c’est notre commune, pour laquelle les habitants nous ont donné mandat, en dehors de tout clivage. Le destin de l’Agglo nous importe bien évidemment mais on ne veut pas que ce soit au détriment de notre ville. Y être bien représenté, pourquoi pas avec une vice-présidence ou une délégation, fait partie des signes qui vont en ce sens », explique un élu. Pour optimiser ses chances, mieux vaut ne pas froisser le futur gagnant. Cela implique donc de miser sur le bon cheval, d’où une certaine prudence tant que les calculs n’ont pas dessiné une tendance nette. La réunion du jeudi 26 mars organisée par Olivier Grima regroupe des sympathisants déjà acquis à sa cause et d’autres simplement curieux d’entendre son projet avant d’avoir plus de détails sur celui de Laurent Bruneau. Quelques maires affirment ne pas avoir été contactés, ni d’un côté ni de l’autre. Les affinités personnelles et politiques des uns et des autres pourront faire pencher la balance. Mais pas uniquement.

Une opération potentiellement très coûteuse ?

L’Agglo d’Agen a en effet été pensée pour être alignée avec la Ville d’Agen. Preuve en est, le vote de la mutualisation en 2015. Son objectif était de tendre vers une meilleure gestion des ressources humaines (et de baisser les effectifs), de supprimer certains doublons et de réaliser des économies de charges. Si le maire d’Agen se retrouve minoritaire à l’Agglo, cela pourrait poser un certain nombre de problèmes structurels et fonctionnels. Olivier Grima assure que, le cas échéant, cet obstacle serait aisément surmonté. Chez Laurent Bruneau, on se montre plus pessimiste. « Cette organisation est rodée, elle est robuste, elle a fait ses preuves. Et, surtout, au-delà de l’inertie que cela produirait dans les services rendus à la population, un retour en arrière serait extrêmement coûteux, insupportable même, de l’ordre de 10 à 12 millions d’euros sur la durée du mandat. Je le dis sans détour : cette hypothèse hasardeuse est à proscrire catégoriquement, pour le bien de nos territoires », dit-il dans un communiqué.

Une Agglo politisée

L’inquiétude ne concerne pas seulement les chiffres. « On est en train de politiser l’Agglomération. La gauche de Bruneau d’un côté. La droite des fidèles de Dionis de l’autre. Quel que soit le vainqueur, si la majorité se joue à peu de choses, chaque délibération stratégique va se voter à couteaux tirés et non pas sur la base d’un consensus. Si la scission perdure, aucun des deux camps ne pourra constituer une « dream team » avec tous les plus compétents et les plus investis. On est en train de casser le jouet. L’Agglomération telle qu’on l’a connue va peut-être disparaître au profit d’une autre forme bâtie sur le rapport de force et la pression politique. À ce jeu-là, les vrais perdants, ce sont les 44 communes et leurs habitants. Pour éviter cette paralysie mortifère, il faut trouver un moyen de réconcilier tout le monde après le conseil du 9 avril pour avancer main dans la main », analyse un élu. À ce jour, la discrétion des maires (et par extension de leurs colistiers quand ils en ont) ne permet pas d’anticiper le futur résultat. 

Chiffres // La composition du conseil communautaire

  • 44 communes
  • 85 sièges dont : 
    • 24 pour Agen (17 pour la nouvelle majorité puis respectivement 4 et 3 pour ses oppositions)
    • 6 pour Le Passage (5 pour la nouvelle majorité, 1 pour l’opposition)
    • 4 pour Boé (3 pour la nouvelle majorité, 1 pour l’opposition)
    • 4 pour Bon-Encontre (3 pour la majorité, 1 pour l’opposition)
    • 4 pour Foulayronnes (4 pour la majorité)
    • 3 pour Pont-du-Casse (2 pour la majorité, 1 pour l’opposition)
    • 2 pour Colayrac-Saint-Cirq (2 pour la nouvelle majorité)
    • 2 pour Layrac (2 pour la majorité)
    • 1 pour chacune des 36 autres communes

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