À Pont-du-Casse, la lutte contre la désertification médicale a pris une forme très concrète : réorganiser les consultations, renforcer les équipes et faire revenir des médecins. C’est cette mobilisation collective que la cérémonie organisée ce vendredi 9 octobre est venue saluer. La maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) a été mise en avant dans le cadre du réseau Maison France Santé, en présence notamment de Bruno André, préfet de Lot-et-Garonne, de Sarah Sauneron, directrice générale de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, de Sophie Borderie, présidente du Conseil départemental, et du maire Cyril Guilbert.
Derrière cette reconnaissance, l’histoire récente de la structure illustre les difficultés de nombreux territoires. En janvier 2025, la MSP a été créée dans un contexte délicat, après le départ de trois médecins généralistes. Il fallait éviter que des patients se retrouvent sans médecin traitant et préserver la continuité de leur suivi.
« C’est pour nous une véritable reconnaissance du travail qui a été accompli, collectivement, entre les professionnels de santé et la municipalité », a souligné le docteur Minh Qui Do. L’enjeu était de maintenir une offre de proximité et de rendre la commune suffisamment attractive pour attirer de nouveaux praticiens.
De deux médecins à six en quinze mois

Le redressement des effectifs constitue l’un des principaux résultats mis en avant par l’équipe médicale. « De six médecins à trois fin 2024, puis deux après le départ d’un autre confrère six mois plus tard, la commune de Pont-du-Casse a retrouvé ses six médecins pour cinq équivalents temps plein en quinze petits mois », poursuit-il. Un résultat considérable face aux difficultés de recrutement des généralistes.
Pour y parvenir, les professionnels et la municipalité ont revu l’organisation de la structure. La présence médicale a été répartie entre deux cabinets, dont celui de Malère, afin d’en maintenir l’activité. Les équipes ont également adopté un logiciel commun pour faciliter le partage des informations entre les deux sites.
L’organisation des consultations a évolué. Une assistante médicale, une infirmière en santé publique et des secrétaires participent au fonctionnement de la structure. Une liste d’attente permet de prioriser l’accès à un médecin traitant, notamment pour les patients les plus fragiles, dépendants ou atteints de maladies chroniques.
La MSP a aussi renforcé les soins non programmés, destinés aux patients ayant besoin d’une consultation sans rendez-vous prévu de longue date. « Cela peut représenter 50 % de notre activité ».
Une équipe de 32 professionnels
La dynamique ne concerne pas uniquement les généralistes. La maison de santé rassemble 32 professionnels de santé et du secteur médico-social : dix infirmières, cinq kinésithérapeutes, trois orthophonistes, une sage-femme, une psychomotricienne, une opticienne, deux ostéopathes et une éducatrice spécialisée. Une pharmacie complète l’offre. La structure couvre un bassin de vie d’environ 10 000 patients.
Pour le médecin, cette organisation repose avant tout sur le collectif et sur les moyens nécessaires à la coordination quotidienne. « Cette dynamique est aujourd’hui une réussite collective, mais ne doit pas être considérée comme acquise ». La commune doit par ailleurs accueillir un docteur junior en médecine générale dès le 2 novembre.
Un réseau départemental appelé à s’élargir //
Au-delà de Pont-du-Casse, la cérémonie s’inscrit dans le déploiement du réseau Maison France Santé. Porté par l’État et l’Assurance maladie, le dispositif vise à améliorer l’accès aux soins de proximité, avec l’ambition de trouver une structure adaptée à moins de trente minutes de chez soi et d’accéder à une prise en charge sous quarante-huit heures lorsque la situation le nécessite.
Le réseau peut regrouper différentes organisations : maisons de santé pluriprofessionnelles, centres de santé, cabinets médicaux ou sites proposant des consultations. Dans son communiqué du 9 octobre, le Conseil départemental annonce 26 structures labellisées en Lot-et-Garonne, avec un objectif de 32 en 2027.
« Cette labellisation montre que le Lot-et-Garonne dispose aujourd’hui d’un réseau de structures et de professionnels sur lequel il est possible de s’appuyer », estime Annie Messina, vice-présidente du Conseil départemental chargée de la démographie médicale. Sophie Borderie rappelle néanmoins que cette reconnaissance ne constitue pas une fin en soi. « Un label ne soigne personne en soi », souligne-t-elle, en insistant sur l’essentiel pour les habitants : trouver un médecin, obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable et bénéficier d’un parcours de soins de qualité. À Pont-du-Casse, le retour à une équipe médicale renforcée montre qu’une mobilisation locale peut produire des résultats.







Laisser un commentaire