Charles de Gaulle, en pleine crise algérienne //


Au printemps 1961, en pleine guerre d’Algérie, Charles de Gaulle effectua une vaste tournée dans le Sud-Ouest pour reprendre le contact avec la province et exposer sa ligne politique. Élu premier président de la Ve République trois ans plus tôt, il était déterminé à affirmer l’indépendance et la grandeur de la France. Le Lot-et-Garonne occupa une place centrale dans ce déplacement.
Arrivé à Agen le 13 avril, la foule se pressa massivement entre l’hôtel de ville et la préfecture. Dans un discours resté dans les mémoires, il aborda frontalement la question algérienne : « Le problème algérien, nous souhaitons le régler le plus rapidement possible par la paix et l’association, en tendant la main à ceux qui, jusqu’à maintenant, n’ont pas voulu les accepter, de manière qu’il leur soit possible, à eux, de construire l’Algérie nouvelle, et, à nous s’ils le veulent, de les y aider ». Il insista aussi sur le rôle de la jeunesse : « La population est en plein rajeunissement ; c’est par le renouvellement que la France pourra conserver son influence dans le monde ». Le lendemain, il sillonna le département, passant par Nérac, Marmande, Penne-d’Agenais, Aiguillon, Villeneuve-sur-Lot, Tonneins et Lavardac, sous une vigilance sécuritaire constante. À chaque halte, « l’accueil était dense, empreint du respect encore vif pour le héros de la Seconde Guerre mondiale ». De Gaulle insista sur la modernisation et le progrès : « Il faut transformer le travail, les initiatives… Le progrès doit répondre aux vœux de tous ceux qui souhaitent faire avancer la France ». Il conclut son passage agenais par un hommage appuyé : « Agen, quelle preuve émouvante de la fidélité de la France a été donnée ici ! Vive Agen ! ». Une semaine plus tard, le putsch des généraux éclata à Alger.
Valéry Giscard d’Estaing, au cœur des ambitions présidentielles //

Valéry Giscard d’Estaing se rendit à trois reprises à Agen, deux fois en 1979 et une dernière fois en 1984. Le 4 mai 1979, son premier passage fut bref. L’avion présidentiel atterrit à La Garenne, avant qu’un hélicoptère ne le conduise à Villeneuve-sur-Lot pour un forum radiophonique. Devant la presse, il souligna la nécessité de « s’occuper du Sud-Ouest », en mobilisant des moyens pour développer l’industrie, l’agriculture et l’emploi.
Le 4 octobre 1979, sa visite officielle à Agen marque un tournant. Accueilli par une foule dense et reçu salle des Illustres, il entendit les demandes locales (second pont sur la Garonne, protection contre les inondations, cité judiciaire, zone économique spécialisée) et y répondit par une stratégie claire : améliorer les infrastructures, sécuriser le territoire et renforcer le développement industriel et agricole, alors que le troisième élargissement de l’Europe se profilait avec l’arrivée annoncée de l’Espagne et du Portugal. Pour rassurer les agriculteurs, VGE proposa des garanties et présenta cette ouverture européenne comme une opportunité : le Sud-Ouest redevenait un carrefour stratégique au cœur de l’Europe. La visite se conclut par un hommage symbolique et la signature d’une convention en faveur de la recherche agricole à Sainte-Livrade.
François Mitterrand, le seul président socialiste en Lot-et-Garonne //

Le 11 octobre 1984, François Mitterrand passa une journée entière en Lot-et-Garonne, sillonnant Marmande, Boé et Agen. Dans la salle des Illustres de la mairie, il eut une passe d’armes politique avec le sénateur et président du conseil général Jean François-Poncet. Les échanges furent vifs et teintés d’humour pince-sans-rire, Mitterrand répondant sèchement aux doléances locales sur les chocs agricole et industriel et la complexité de la décentralisation. À Boé, le président goûta du raisin et du floc et s’offrit un bain de foule sous les acclamations. À Marmande, il s’excusa pour son retard dû au brouillard sur la route, tandis que les habitants brandissaient des pancartes « Allez tonton ». Doté d’une proximité et d’un sens du spectacle politique qui lui étaient propres, François Mitterrand reste le seul président socialiste à s’être rendu en Lot-et-Garonne. Il aura fallu attendre l’inauguration de la Foire de Marmande en mai 2025 pour voir dans le département l’ancien président François Hollande, huit ans après la fin de son mandat.
Nicolas Sarkozy, le passage sous haute tension //

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy l’amena deux fois dans le département : le 21 mai 2010 à Marmande, pour rencontrer les agriculteurs aux côtés de Bruno Le Maire, puis le 30 juin 2011 à Damazan et Brax. Lors de cette visite éclair, après un passage à l’usine Xilofrance, le président fut violemment agrippé par un agent municipal, Hermann Fuster, alors qu’il sortait de la mairie de Brax. L’incident, filmé et largement relayé, constitua la première agression physique d’un président en déplacement public dans le 47. Rapidement maîtrisé, l’auteur fut condamné à six mois de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve, tandis que sa sanction professionnelle fut ramenée à trois mois de mise à pied. Malgré la tension, Sarkozy signa le livre d’or et reçut la médaille d’or de la commune avant de quitter Brax.
Emmanuel Macron, la sécurité au cœur des visites //

Le 2 octobre 2023, Emmanuel Macron effectua son second déplacement officiel en Lot-et-Garonne, après sa venue de mars 2018 consacrée à l’extension du campus de l’Enap et au « sens de la peine ». Cette fois, l’objectif fut résolument sécuritaire avec l’annonce de 200 nouvelles brigades de gendarmerie sur le territoire national, dont plusieurs dans le département. Après son arrivée à Agen vers midi, en compagnie du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, le président visita une brigade locale, avant de procéder à Tonneins à l’inauguration d’une brigade territoriale et à la présentation de la liste complète des unités. Quatre communes étaient alors en lice pour accueillir ces nouvelles structures, certaines itinérantes, d’autres fixes, afin de renforcer la sécurité en milieu rural après plusieurs années de fermeture de brigades.
Jacques Chirac, des visites sans venir de l’Élysée //
Nul président n’a fait autant de visites officielles en Lot-et-Garonne que Jacques Chirac. Pourtant, jamais il ne s’y rendit dans l’habit de chef de l’État, malgré douze années à l’Élysée. Ses venues s’inscrivirent toutes dans d’autres temps de sa carrière politique. La première remonta au 24 janvier 1978, alors qu’il présidait le RPR. À Agen, il participa à un grand meeting rassemblant plusieurs milliers de personnes, avant de soutenir des candidats aux législatives à Villeneuve-sur-Lot et Marmande, y compris hors de son propre parti.
Le 19 avril 1985, le ton se durcit : accueilli à l’Hôtel du Département par le sénateur Jean François-Poncet, il critiqua ouvertement la cohabitation et invita l’opposition à dépasser ses divisions. Deux ans plus tard, le 27 juillet 1987, il revint à Agen comme Premier ministre. La visite prit alors une dimension institutionnelle et symbolique, avec la pose de la première pierre du futur centre interrégional de rugby à Armandie, des échanges à l’hôtel de ville et un hommage appuyé aux forces vives du territoire, du monde agricole au rugby agenais. Il y esquissa aussi une vision pour Agen, encouragée à s’affirmer comme pôle d’équilibre entre Bordeaux et Toulouse. Le 8 mai 1988, il inaugura ce même équipement dans un tout autre contexte : dernier jour de campagne du second tour de l’élection présidentielle face à François Mitterrand. Une ultime visite intervint le 25 mars 1993 à Marmande, pour soutenir Georges Richard lors des législatives.





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