ARCHIVES. Les bâtisseurs du Lot-et-Garonne, portraits de maires emblématiques du département

A quelques jours du premier tour des élections municipales, nous vous proposons une liste non exhaustive de maires qui ont marqué le Lot-et-Garonne par leur longévité et leurs réalisations. Retour sur leurs parcours et leur héritage durable.

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Pierre Esquirol, maire d’Agen (1971-1981)

Le maire en plein discours à la mairie d’Agen. ©Archives

Élu en mars 1971 à la tête d’une liste d’union tournée vers « l’expansion d’Agen », Pierre Esquirol ouvre une séquence décisive pour la capitale lot-et-garonnaise. Chirurgien reconnu, fondateur de sa clinique rue Lafayette, ancien résistant engagé dans les réseaux locaux durant l’Occupation, il arrive à l’hôtel de ville avec un capital de confiance rare. Réélu en 1977, il dirigera la commune jusqu’à son décès en mai 1981, laissant l’empreinte d’un maire bâtisseur.

Au début des années 1970, Agen souffre d’un retard d’équipements, d’un habitat parfois dégradé et d’un dynamisme économique en berne. Esquirol engage alors une modernisation structurante : nouveau marché couvert, pont de pierre, trémie du Gravier, lancement de la rocade, travaux d’endiguement de la Garonne. Il accompagne la rénovation de l’hôtel de ville, la piétonnisation de la rue Molinier et la restructuration de plusieurs îlots du centre ancien.

Les équipements publics connaissent un essor notable : parc municipal des sports, nouvelles tribunes du stade Armandie, développement hospitalier, création ou extension d’écoles et de maisons de retraite. L’aérogare de la Garenne et d’autres infrastructures renforcent l’attractivité du territoire. Conseiller général à partir de 1973, il défend une vision pragmatique, se revendiquant avant tout « du parti des Agenais ». Son action culturelle marque également les esprits. Il soutient la restauration de la maison du Sénéchal, de l’église des Jacobins, favorise l’essor du musée municipal avec l’acquisition de l’hôtel de Monluc et lègue à sa mort plusieurs œuvres issues de sa collection personnelle. Un an après son décès, une salle du musée porte son nom. Quarante ans plus tard, la « décennie Esquirol » demeure associée à la renaissance d’Agen.

Paul Chollet, maire d’Agen (1989-2001)

Agen a perdu en 2022 l’un de ses grands serviteurs avec la disparition de Paul Chollet. Maire centriste de Agen de 1989 à 2001, député de Lot-et-Garonne de 1986 à 1997, conseiller général puis régional, il laisse l’empreinte d’un élu profondément attaché à sa ville d’adoption. Né en 1928 à Savignac-de-Duras, pédiatre de profession, il marque pendant près de trente ans des générations de familles agenaises, militant contre la mortalité infantile et s’engageant au sein d’associations comme l’Unicef ou La Sauvegarde, toujours soucieux de la protection et de l’éducation des enfants. Sa vocation humaniste irrigue ensuite toute sa carrière politique.

Entré au conseil municipal en 1977, il devient adjoint en 1981, député UDF en 1986, puis maire en 1989. Convaincu que le tandem maire-député constitue un levier essentiel pour faire avancer les dossiers locaux, il utilise ce double mandat pour peser efficacement auprès des administrations centrales. Sous ses deux mandats municipaux, Agen connaît une transformation profonde. Il obtient l’implantation de l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP), qu’il qualifie de « coup du siècle » et qui ouvre en 2000. Il accompagne la création d’un pôle universitaire dans les anciens abattoirs réhabilités, favorise le développement de l’IUT, consolidant ainsi l’offre d’enseignement supérieur et permettant à de nombreux jeunes de rester étudier en Agenais.

Parallèlement, il modernise la ville : aménagement de la voie sur berge et du quartier du Gravier, réhabilitation des boulevards de la République et de la Liberté, développement social du quartier Montanou, création de la maison des enfants, construction du centre nautique Aquasud et maintien du 48ᵉ régiment de transmissions. Il œuvre également pour la vie culturelle et associative, soutenant le SUA et la scène locale. Proche de figures comme Albert Ferrasse ou Michel Serres, il faisait de la pratique municipale un exercice de rassemblement et de travail collectif, refusant le sectarisme et privilégiant l’intérêt de la ville.

Jacques Raphaël-Leygues, maire de Villeneuve-sur-Lot (1955-1974), (1983-1983)

Élu maire en 1955, Jacques Raphaël-Leygues incarne près de vingt ans de stabilité à Villeneuve-sur-Lot, qu’il administre jusqu’en 1974. Héritier d’une lignée politique prestigieuse, apparenté à Georges Leygues, il cumule mandat local et responsabilités nationales, notamment comme député de Lot-et-Garonne et ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Pendant les Trente Glorieuses, il modernise la bastide : voiries, équipements scolaires et sportifs, aménagement de nouveaux quartiers et inauguration, en 1970, du centre culturel polyvalent, pôle structurant pour la jeunesse et la culture.

Mais son parcours municipal connaît aussi ses épisodes tumultueux. Écarté de la mairie à la suite d’une fraude électorale révélée en 1971, Raphaël-Leygues est blanchi, tandis que plusieurs fonctionnaires sont condamnés. L’élection partielle de 1974 porte alors à la mairie Georges Lapeyronnie, et la gauche prend temporairement le relais jusqu’en 1977.

Le grand retour intervient en 1983, lors du fameux épisode des « cent jours ». Opposé à Lapeyronnie, il se présente à nouveau malgré l’absence de soutien de sa famille politique. Après le premier tour, un accord public le désigne premier adjoint sous Lapeyronnie, mais le soir de l’installation du conseil, Raphaël-Leygues et ses alliés votent pour lui-même avec l’appui des socialistes, provoquant un scandale et des démissions massives. Cent jours plus tard, une nouvelle élection rétablit l’ordre et met fin à cette parenthèse extraordinaire. Ainsi, si sa longue mandature demeure associée à la consolidation des équipements publics et à l’affirmation culturelle de Villeneuve-sur-Lot, l’épisode des cent jours illustre aussi son habileté politique et sa capacité à naviguer dans les alliances complexes de la ville. Bâtisseur et tacticien, Jacques Raphaël-Leygues reste une figure marquante de l’histoire municipale villeneuvoise.

Henri Tandonnet, maire de Moirax (1983-2026)

Le cas d’Henri Tandonnet est quelque peu particulier, lui qui est encore au poste de premier édile pour quelques jours… Pour autant, la cérémonie des vœux 2026 à Moirax avait des allures de passage de témoin. À 76 ans, Henri Tandonnet avait officialisé ce que beaucoup pressentaient : il ne brigue pas de huitième mandat. Élu pour la première fois en 1983, à seulement 33 ans, l’ancien avocat aura dirigé pendant quarante-trois ans cette commune de 1 200 habitants sur la rive gauche de la Garonne, la faisant passer d’un village en perte de vitalité à une localité dynamique et attractive.

Dès ses débuts, il s’appuie sur une équipe soudée et entreprend de redonner vie au bourg : création d’une école maternelle et primaire, ouverture d’un commerce multiple rural (devenu aujourd’hui un restaurant étoilé), réorganisation complète des chemins ruraux, préservation des berges de Garonne, limitation de la circulation au cœur du village, aménagement d’un parc de deux hectares autour du centre ancien. La valorisation du prieuré Notre-Dame de Moirax et l’ambition d’une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco constituent l’un des fils rouges de son engagement patrimonial.

Mais l’empreinte d’Henri Tandonnet dépasse largement les frontières communales. À l’Agglomération d’Agen, dont il est encore aujourd’hui le premier vice-président, il a accompagné la structuration d’un territoire autrefois morcelé. Artisan du dialogue intercommunal dès les années 1980, président de la Communauté de communes de Laplume en Bruilhois jusqu’à sa fusion avec l’Agglomération en 2013, il a pesé dans des dossiers majeurs : création de l’Agropole au début des années 1990, développement du Technopôle Agen-Garonne, réalisation du pont de Camélat. Attaché à une conception pragmatique du mandat, « travailler, écouter, bien s’entourer », il revendique une gestion de proximité, parfois critique face à l’inflation normative. À Moirax comme à l’échelle de l’Agenais, Henri Tandonnet laissera l’image d’un élu de long cours, bâtisseur patient et acteur clé de la construction intercommunale.

Gérard Gouzes, maire de Marmande (1983-2014)

Gérard Gouzes (à droite) en compagnie de l’ancien Premier ministre Michel Rocard. ©Archives

Marmande garde le souvenir de plus de trois décennies de transformation sous l’impulsion de Gérard Gouzes. Élu maire en 1983, il dirige la sous-préfecture du Val de Garonne jusqu’en 2014, cumulant un mandat exceptionnel par sa longévité. Député de Lot-et-Garonne à plusieurs reprises entre 1981 et 2002 et président de la commission des lois à l’Assemblée nationale au début des années 1990, il articule ancrage local et influence nationale au service de sa commune. Sous ses mandats, Marmande connaît une modernisation soutenue : requalification du centre-ville, développement des zones d’activités, notamment autour de l’agroalimentaire et de la filière tomate, et renforcement des équipements structurants. À la tête de la communauté d’agglomération Val de Garonne, qu’il préside pendant vingt ans, il impulse des projets mutualisés en matière de développement économique, d’aménagement et de services publics.

Son action se déploie aussi dans le champ culturel et associatif, avec le soutien et le développement de manifestations locales, en pensant évidemment à Garorock. Figure socialiste majeure du département, Gérard Gouzes traverse alternances nationales et mutations institutionnelles sans rompre avec son ancrage marmandais. Sa défaite en 2014 met fin à trente-et-un ans de mandature.

Jean-Louis Brunet, maire de Nérac (1983-2008)

Jean-Louis Brunet avec son successeur Nicolas Lacombe. ©Mairie Nérac

À Nérac, Jean Louis Brunet est l’une des figures politiques qui a le plus durablement marqué l’histoire municipale contemporaine. Médecin de profession devenu élu local, il a été maire de 1983 à 2008, un quart de siècle au cours duquel il a profondément transformé la cité d’Albret et consolidé sa place politique dans le département. Sa longévité, confirmée à plusieurs reprises dès le premier tour des municipales, témoigne d’un ancrage solide dans la vie locale.

Arrivé à Nérac en 1956 pour exercer la médecine, il s’engage pleinement en politique dès 1981. Son mandat à la mairie s’inscrit dans une logique de modernisation continue : parmi ses réalisations phares, l’Espace Culturel de l’Albret, inauguré en 2000, rassemble médiathèque, centre culturel et école de musique, incarnant sa volonté de faire de Nérac un centre vivant pour toutes les générations. Sous son autorité, la ville amorce la réhabilitation du vieux centre, valorise les berges de la Baïse et renforce les structures d’accueil pour ses habitants. Président du conseil général de Lot et-Garonne de 1994 à 1998, il défend également une intercommunalité structurée et des projets partagés entre communes. Jean-Louis Brunet cultivait un contact direct avec les Néracais. Père d’équipements durables et d’une vision intégrée du territoire, il laisse un héritage visible dans le paysage urbain et culturel de la ville. Nommé maire honoraire après son départ en 2008, il reste longtemps associé aux débats et à la mémoire civique de Nérac.

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