Environnement : un pôle zéro déchet moins propre que prévu en Villeneuvois ?

La future déchetterie villeneuvoise fait actuellement l'objet de deux procédures judiciaires initiées par un couple de riverains.

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Cinq ans. Cela fait cinq ans que Nathalie et Jean-Luc Belfio ont « du mal à dormir ». Leurs troubles nocturnes puisent leur source dans l’installation d’un voisin aussi silencieux qu’encombrant : le futur pôle zéro déchet. Ce projet phare de la Communauté d’agglomération du Grand Villeneuvois en matière d’environnement devait entrer dans sa phase finale. Les élus espéraient même une ouverture au public en ce début de printemps (voir notre édition du mardi 9 décembre). Un agenda, entre autres, bouleversé par le calendrier judiciaire.

Les époux Belfio regrettent la tournure qu’a prise cette affaire dès son lancement : « Tout a commencé en 2021 lorsqu’on a découvert, dans le journal de la collectivité, les premières lignes à ce sujet. On a mis un an à avoir un rendez-vous avec le maire, et encore, en forçant la porte. » Une installation de cette envergure à quelques encablures à peine de leur domicile avait de quoi inquiéter, tant au niveau des potentielles nuisances que de la dépréciation immobilière. « Ce que l’on déplore surtout, c’est la manière. On s’est sentis humiliés, pris de haut. On peut lire dans la presse qu’ils nous ont écoutés et entendus. Mais ce n’est pas ce qu’on a vécu », souffle Nathalie Belfio. Selon un agent immobilier sollicité par leurs soins, leur maison aurait instantanément perdu « 30% de sa valeur ». En restant chez eux, ils s’attendent à vivre un calvaire à plusieurs reprises chaque année. « Un concasseur à béton, c’est un petit truc sympa. Ça fait juste énormément de bruit en plus de générer des poussières cancérigènes pouvant se déplacer jusqu’à 25 km. Et les broyeurs de déchets verts, c’est compliqué niveau odeurs », s’agace Jean-Luc Belfio.

Un permis d’aménager litigieux

Devant ce sentiment d’injustice, le couple a donc cherché les moyens de se faire entendre et de provoquer l’arrêt du chantier. Avec l’aide du cabinet d’avocats de Me Benoît Coussy, le permis d’aménager, délivré par la commune de Villeneuve-sur-Lot à la CAGV, a été attaqué. « Par son envergure et la nature des aménagements autorisés, lesquels sont susceptibles, malgré les mesures mises en place, de produire des nuisances olfactives ou sonores pour le voisinage, le projet est de nature à affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation et de jouissance des biens des consorts Belfio », est-il précisé dans l’ordonnance du juge des référés datant du 4 décembre dernier. Plusieurs éléments laissent par ailleurs penser aux requérants qu’il existe « un doute sérieux quant à la légalité » de la procédure menée par la collectivité. La justice a ainsi ordonné la suspension de l’exécution du permis d’aménager litigieux.

Des travaux poursuivis malgré la suspension ?

Les travaux ont-ils cessé ? Pas selon Nathalie et Jean-Luc Belfio qui ont constaté du mouvement sur site une bonne partie de l’hiver. « Nous avons pris des photos quotidiennement », avancent-ils. L’audience ouverte en février à ce sujet ne leur a cependant pas donné raison. Les constats d’huissier et les rapports de police municipale produits par la défense ont plus convaincu que les clichés lointains des riverains, qui crient à la mauvaise foi. La raison invoquée pour la présence effective des ouvriers : des travaux de mise en sécurité. Quoi qu’il en soit, le dossier doit encore être « statué au fond » dans les mois qui viennent. C’est à ce moment-là que la vérité judiciaire sera révélée.

Un risque de pollution sous-estimé ?

Les Belfio estiment par ailleurs que le risque de pollution n’a pas été considéré comme il se devait. La parcelle où s’implante le pôle zéro déchet n’est pas vierge de toute activité. Une décharge, relevant du régime ICPE, « installations classées pour la protection de l’environnement », ouverte entre 1991 et 1993 (arrêt définitif en 2001), y est ensevelie. L’Agglo a produit une attestation d’un bureau d’études spécialisé constatant la « compatibilité du site avec l’usage projeté » mais ultérieurement à l’étude du service instructeur. Le couple de riverains garde espoir que ce pôle ne voit jamais le jour. « Si le risque de pollution est avéré, les mesures pour y remédier pourraient coûter bien plus cher à la collectivité que l’abandon du projet. De notre côté, on se battra jusqu’au bout. Cela nous coûte de l’argent et beaucoup d’énergie mais il s’agit de notre vie. Et puis il faut informer les gens qu’il y a des projets dont il faut se méfier, surtout quand ils ne sont pas préparés dans les règles. » Affaire à suivre.

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