Histoire : le combat du Cafi de Sainte-Livrade pour ne pas oublier la guerre d’Indochine

Le lundi 8 juin, la Cité d'accueil des Français rapatriés d'Indochine à Sainte-Livrade a rendu hommage aux soldats morts pour la France en Indochine. L'occasion de revenir sur les belles et moins belles histoires de ce lieu pas comme les autres. 

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Il est des histoires que personne ne devrait oublier. Celle de la guerre d’Indochine en fait partie, d’où l’importance capitale de la cérémonie commémorative en hommage aux soldats morts pour la France dans cette région d’Extrême-Orient dans les années 40 et 50. Elle se tient le 8 juin, une date qui correspond au jour du transfert de la dépouille du Soldat Inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, en 1980. Aux dizaines de milliers de morts, qu’ils fussent soldats métropolitains, légionnaires, tirailleurs africains ou Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens combattant au sein du corps expéditionnaire français, s’ajoutent d’autres destins tragiques. Après la bataille meurtrière de Diên Biên Phu et les accords de Genève mettant fin au conflit en 1954, l’armée tricolore s’est retirée, ramenant avec elle ses troupes dans l’Hexagone. Un grand nombre de rapatriés ont alors atterri à Sainte-Livrade-sur-Lot, dans les baraquements jadis conçus pour accueillir une poudrerie. C’est ainsi qu’est né le Cari, devenu un peu plus tard le Cafi (Cité d’accueil des Français rapatriés d’Indochine).

Une grande première pour un enfant du Cafi

Pourquoi 2026 est-elle une année particulière ? Au-delà du 70e anniversaire de l’ouverture du centre, c’est la toute première fois que le Cafi est officiellement associé à cette cérémonie commémorative du 8 juin. Ce n’est que très récemment que la Nation, suite à une proposition de loi adoptée au Parlement, « reconnaît sa responsabilité du fait de l’indignité des conditions d’accueil et de vie sur son territoire de ces populations, des civils rapatriés d’Indochine et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu’à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été sources d’exclusion, de souffrances et de traumatismes durables par-delà les générations ». Coïncidence du calendrier ou signe du destin pour les plus superstitieux, le nouveau maire de Sainte-Livrade n’est autre qu’un enfant du Cafi. André Forget, né au Vietnam, est arrivé sur les bords du Lot à l’âge d’un an et demi. « C’est une immense émotion pour moi, car ce lieu où j’ai grandi est rempli d’histoire, une histoire qui, sans mauvais jeu de mots, nous a forgés », révèle-t-il avec le sourire en s’adressant à la population, aux autorités civiles et militaires ainsi qu’aux nombreux porte-drapeaux présents.

Un futur mémorial

Si le regard porté aujourd’hui sur le centre est empreint d’une certaine tendresse, la vie de camp fut loin d’être rose pour les premiers arrivants. Figure emblématique du Cafi dont il est toujours résident, Domino Gillard raconte : « Quand je suis arrivé d’Indochine, j’avais dix ans. J’avais l’impression d’aller en colonie de vacances, je ne me rendais pas vraiment compte. Nos parents, eux, étaient choqués des conditions de vie qui étaient très pénibles, en plus d’avoir été arrachés à leur pays. Nos mères, pour la plupart, ne parlaient pas français. On vivait en communauté autonome, entourés de clôtures, avec école, dispensaire, chapelle et pagode. »

Au plus haut, le Cafi a accueilli 1500 personnes dont 800 enfants. Un village dans le village. De la première génération, « ils sont presque tous au paradis ». Restent donc leurs enfants pour perpétuer la mémoire de ce qui devait être transitoire et qui a duré toute une vie. Le déracinement déchirant des parents a en fait constitué une partie des racines de leurs descendants. « Ils ont souffert d’avoir tout laissé derrière eux pour ces baraquements dont personne ne leur avait parlé. Mais nous, d’une certaine façon, on s’y sentait bien », confirme André Forget. Ce double vécu, pas question de le jeter aux oubliettes. Entre 2010 et 2014, une bonne partie du centre a été démolie puis reconstruite en logements sociaux modernes et cosy, au point d’en faire un quartier agréable et multiculturel pour environ 120 familles. La moitié d’entre elles sont toujours directement liées aux rapatriés d’Indochine. Quant aux derniers vestiges du passé, pas question de les faire disparaître. « Par devoir de mémoire, nous devons les conserver. Nous souhaitons convertir ces bâtiments en mémorial. On a fait appel à un cabinet spécialisé pour créer une scénographie retraçant toute l’histoire : la poudrerie, la guerre, la cité d’accueil… Un long travail nous attend, notamment avec l’étude bâtimentaire, mais on s’est fixé pour objectif d’inaugurer ce musée en 2030 », annonce le nouveau maire de Sainte-Livrade. 

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