Les chiffres étaient attendus. Ils devraient désormais alimenter le débat politique agenais pendant de longs mois. Trois mois après son arrivée à l’hôtel de ville, l’équipe municipale a rendu public l’audit financier qu’elle avait promis pendant la campagne électorale. Réalisé par le cabinet Michel Klopfer, « référence nationale en matière de finances locales », le document conclut à une dégradation rapide de la situation budgétaire de la commune et recommande un effort de fonctionnement de 2,5 millions d’euros par an pour retrouver une trajectoire jugée soutenable.
Pour le maire Laurent Bruneau, le rapport confirme un constat qu’il dit avoir découvert en prenant ses fonctions. « Les ratios de l’équipe de Dionis étaient bons jusqu’à la fin de l’exercice 2025. Ce n’est pas une surprise. En revanche, dès 2026, ils franchissent les premiers seuils d’alerte. Ces chiffres se seraient imposés à n’importe quelle équipe municipale élue en mars dernier. »
Une dette qui a doublé en trois ans
Au cœur de l’audit figure l’évolution de l’endettement de la Ville. Entre la fin de l’année 2022 et celle de 2025, l’encours de dette est passé de 21,7 à 42,1 millions d’euros, soit quasiment un doublement. Une progression que la nouvelle majorité relie à une forte accélération des investissements réalisés lors des deux dernières années du précédent mandat (école Paul Chollet, parc Fallières, avenue Jean-Jaurès…)
Conséquence directe, le coût de cette dette pèse désormais davantage sur les finances municipales. Les frais financiers, autrement dit les intérêts des emprunts, ont fortement progressé tandis que les premières grosses échéances de remboursement arrivent désormais à maturité. « Le véritable enseignement de cet audit, c’est le niveau d’endettement de la ville. Si les frais financiers explosent, ce n’est pas parce qu’une décision de l’État s’impose à nous. C’est parce que la dette a doublé en trois exercices », résume le premier édile.
Les projections réalisées par le cabinet sont tout aussi préoccupantes. Sans correction budgétaire, le taux d’épargne brute poursuivrait sa dégradation jusqu’à tomber autour de 6 % à l’horizon 2032, tandis que la capacité de désendettement franchirait dès 2026 le premier seuil d’alerte fixé à huit années pour atteindre près de 19 ans en fin de période. Le cabinet estime ainsi qu’il « manque » 2,5 millions d’euros de marges de fonctionnement pour retrouver une trajectoire viable.
« L’épargne brute n’est pas un indicateur abstrait », insiste Thierry Salvalaio, conseiller municipal délégué à la prospective. « C’est elle qui conditionne notre capacité à investir demain. Cent euros d’épargne brute en moins, c’est environ mille euros de capacité d’investissement qui disparaissent. Notre objectif sera donc de restaurer cette épargne pour continuer à financer les écoles, la voirie et les équipements municipaux. »
« Pas d’augmentation d’impôts »
Face à ce constat, la municipalité assure vouloir engager un redressement budgétaire sans recourir au levier fiscal. « Nous n’augmenterons pas les impôts. Les Agenais ne pourraient pas supporter une nouvelle hausse et nous réaliserons notre programme avec les moyens dont nous disposons », affirme Laurent Bruneau.
Pour y parvenir, la majorité promet un travail de fond sur les dépenses de fonctionnement plutôt qu’une réduction uniforme des budgets municipaux. L’adjointe aux finances, Naïma Lasmak, assure vouloir rompre avec la méthode qu’elle attribue à la précédente équipe. « Notre logique n’est pas de supprimer 30 % partout ni de geler indistinctement les recrutements. Nous regardons service par service, poste par poste, comment préserver les missions essentielles tout en maîtrisant les dépenses. Nous avons repris les remplacements des départs à la retraite parce que certains services étaient déjà en souffrance. »
Le cas de la « dette grise »
Si l’audit s’attache essentiellement aux indicateurs financiers, Laurent Bruneau estime qu’il ne reflète pas l’ensemble des difficultés héritées du précédent mandat.
Le maire évoque ce qu’il qualifie de « dette grise », c’est-à-dire les investissements qui, selon lui, auraient été reportés pendant plusieurs années. Il cite notamment le plan de rénovation énergétique des écoles, évalué à une quinzaine de millions d’euros, dont une partie des travaux prévus n’aurait finalement pas été engagée. « L’audit ne parle pas de la canicule, des écoles où il aurait fallu investir ou encore de certains équipements municipaux qui auraient nécessité des travaux. Il ne parle pas non plus de la dette sociale, celle de services qui nous disent aujourd’hui qu’ils ne savent plus comment fonctionner faute de moyens humains », développe-t-il. « S’endetter n’est pas forcément un problème si l’on peut rembourser et si les investissements génèrent des bénéfices pour le territoire. La question est celle des choix qui ont été faits », estime également Naïma Lasmak.
Présenté ce lundi soir en conseil municipal, cet audit marque désormais le point de départ de la stratégie financière de la nouvelle majorité. Une photographie que Laurent Bruneau entend transformer en feuille de route. « Nous sommes motivés. Cette situation ne nous empêchera pas de réaliser notre programme. Elle nous oblige simplement à être plus inventifs et plus rigoureux dans notre manière de gérer la ville. »







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