Canicule : comment nos écoles apprennent à vivre avec 40°C

Classes surchauffées, élèves absents, municipalités sous pression… Partout en Lot-et-Garonne, les communes cherchent désormais comment adapter leurs écoles à des épisodes de chaleur devenus récurrents.

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À Agen, la chaleur vide les écoles et relance le débat sur leur adaptation //

À Agen, la canicule a vidé les salles de classe la semaine dernière. Dès lundi, alors que les températures dépassaient largement les 30°C dans plusieurs établissements scolaires, la fréquentation est tombée à 37 % en élémentaire et 49 % en maternelle. Anticipant cet épisode de forte chaleur, la municipalité avait invité les familles qui le pouvaient à garder leurs enfants à domicile ou à venir les récupérer à la pause méridienne.

À l’école Carnot par exemple, à 14 heures, le thermomètre affichait 32,1°C dans une salle de classe du premier étage. Sur près de 200 élèves habituellement scolarisés dans l’établissement, seuls 19 étaient présents. Une situation qui, pour le maire d’Agen Laurent Bruneau, dépasse largement la seule question de l’organisation scolaire. « La canicule n’a pas seulement des effets sur les organismes et la santé des Agenaises et des Agenais. Elle a également des conséquences sociales sur les familles, qui doivent s’organiser au pied levé pour garder leurs enfants », souligne-t-il. Avant d’élargir le constat : « Ce que nous vivons-là était prévisible et nous payons tous ensemble l’inconséquence et l’inaction de décennies de politiques publiques. Pendant trop longtemps, on a refusé d’investir dans les écoles pour améliorer l’isolation des bâtiments, car les élus considéraient que c’était trop d’argent à investir pour deux semaines de chaleur fin juin. »

Le constat est encore plus sévère à l’école Édouard-Herriot, où la température atteignait 36°C dans certaines classes. « Seuls 30 élèves étaient présents le lundi après-midi contre 200 habituellement », rapporte l’adjointe à l’éducation, à la jeunesse et à la petite enfance, Marjorie Delcros.

Dans l’urgence, la Ville a procédé à l’installation de ventilateurs supplémentaires dans les établissements qui en ont besoin. Une réponse que Laurent Bruneau juge toutefois insuffisante face à l’ampleur du défi. « Il s’agit de bricolage dérisoire alors que c’est une urgence collective, qui dépasse évidemment Agen », estime-t-il, appelant également à une réflexion sur le calendrier scolaire. « Les dernières moutures tendent toujours à décaler la fin de l’école après début juillet, alors que tout le monde constate que ce modèle n’est plus adapté. »

Au-delà de la gestion immédiate de l’épisode caniculaire, la municipalité réfléchit désormais à l’adaptation de son patrimoine scolaire. Agen compte 21 écoles publiques aux configurations très différentes, certaines installées dans d’anciens bâtiments en pierre, d’autres dans des constructions plus légères. Aujourd’hui, seule l’école Paul-Chollet, inaugurée récemment, est entièrement climatisée. Quelques espaces spécifiques bénéficient également d’équipements de rafraîchissement, comme le dortoir de la maternelle Semble ou certaines classes de l’école maternelle des Petits-Ponts. Les établissements disposent par ailleurs de brumisateurs et de jeux d’eau pour permettre aux élèves de mieux supporter les fortes chaleurs.

Pour autant, la généralisation de la climatisation n’apparaît pas comme une solution réaliste. « Installer la climatisation dans toutes les classes de la ville, financièrement ce n’est pas possible et écologiquement ce n’est pas souhaitable non plus », soulignait Marjorie Delcros. La Ville travaille donc sur plusieurs pistes, allant de la création d’espaces rafraîchis dans chaque école à l’installation de ventilateurs de plafond ou à l’amélioration de l’isolation des bâtiments. « Il y a plein de pistes mais il faut accélérer là-dessus. On ne peut plus faire l’aveugle devant ces épisodes de canicule en se disant : « ce n’est pas de chance que ça arrive cette année ». La réalité, c’est que ce sera le cas chaque année désormais », prévient l’élue.

À Pont-du-Casse, les travaux engagés portent déjà leurs fruits //

L’épisode caniculaire de la semaine dernière a surtout servi de test grandeur nature pour les importants travaux de rénovation énergétique menés ces dernières années dans les écoles de la commune. Et pour le maire, Cyril Guilbert, le bilan est sans appel : les investissements réalisés ont permis d’améliorer le confort des élèves et des personnels.

Les deux groupes scolaires de la commune, Villemin et le Bourg, ont fait l’objet d’une vaste restructuration achevée en fin d’année passée. Isolation thermique par l’extérieur, rénovation des toitures, remplacement des menuiseries, installation de vitrages solaires et de stores électriques : près de 1,8 million d’euros ont été consacrés à la seule rénovation énergétique de ces bâtiments vieillissants, âgés de 45 à plus de 50 ans.

Quelques mois après l’inauguration du chantier, la canicule a offert un premier retour d’expérience particulièrement concret. « On a fait un pari gagnant », résume aujourd’hui Cyril Guilbert. À l’école Villemin, où les travaux ont été réalisés en premier, les résultats sont particulièrement marquants. « Statistiquement, on est entre six et six degrés et demi en dessous des températures que l’on connaissait avant les travaux », explique l’élu. Là où les salles de classe pouvaient autrefois atteindre 31 à 32°C, elles oscillent désormais entre 26 et 26,5°C lors des fortes chaleurs.

La différence s’explique notamment par l’isolation extérieure mais aussi par la présence de volets roulants qui permettent d’occulter totalement les bâtiments pendant les heures les plus chaudes. Chaque matin, les agents municipaux arrivent dès 6 h 30 afin d’ouvrir les locaux et de faire entrer la fraîcheur avant le lever du soleil. Une organisation qui demande un effort supplémentaire mais qui contribue à maintenir des températures supportables tout au long de la journée.

L’école du Bourg, rénovée plus récemment, présente des résultats légèrement moins spectaculaires mais néanmoins significatifs. La commune estime y avoir gagné entre 2,5 et 3°C. Certaines classes peuvent encore atteindre 27,5 à 28°C lors des pics les plus intenses. « On s’est rendu compte qu’il nous manque le petit effet waouh », sourit le maire. La municipalité envisage désormais pour 2027 l’installation de stores ou de dispositifs d’occultation complémentaires sur les façades les plus exposées au soleil afin de gagner encore quelques degrés.

Pour Cyril Guilbert, cette expérience confirme surtout la pertinence des choix effectués ces dernières années. D’autant que les écoles cassipontines traversent aujourd’hui les épisodes de chaleur sans recourir à la climatisation. Lorsque les températures deviennent trop difficiles à supporter à l’extérieur, les élèves peuvent également profiter de la salle des fêtes voisine, climatisée, pour certaines activités ou temps de récréation.

Villeneuve-sur-Lot : des « zones froides » plutôt que la climatisation partout

Du côté de la Bastide, le maire Guillaume Lepers regrette la « démagogie » de certains de ses opposants qui estiment que Villeneuve-sur-Lot devrait pouvoir installer des climatiseurs dans toutes les écoles. « On essaie de faire les choses dans le bon sens. On a le bon sens paysan. Quand on construit une maison, on commence par les fondations avant de monter. Quand on est arrivés à la tête de la municipalité en 2020, il y avait littéralement des trous d’air. Mettre une climatisation quand les fenêtres sont en bois et laissent tout passer ou quand il manque des tuiles dans le toit, c’est aberrant. Dès les premières années, on a mis des millions pour améliorer l’isolation, changer les chaudières et les menuiseries, mettre des films sur les vitres. On avait même déjà commencé à végétaliser les cours parce qu’on savait les difficultés que l’on allait avoir au niveau climatique. On va continuer en ce sens, c’est un choix politique et cela correspond bien à ce que nous vivons aujourd’hui », défend-il. Mais alors que de nombreux travaux ont déjà été réalisés et que les températures continuent de grimper, pourquoi ne pas aller plus loin ? « Climatiser toutes les écoles, c’est un coût énorme pour quelques semaines. C’est de l’argent public, je le rappelle », répond Guillaume Lepers. Villeneuve-sur-Lot compte 84 classes, auxquelles s’ajoutent l’ensemble des espaces communs. « Investir aussi massivement dans un délai très court ne paraît pas tenable », glisse l’entourage du maire.

Pour autant, la municipalité ne ferme pas totalement la porte à la climatisation. Le centre de loisirs Nelson-Mandela en est déjà équipé. « C’est un bâtiment neuf, utilisé tout l’été. Là, cela a beaucoup plus de sens », poursuivent les proches collaborateurs de Guillaume Lepers. La stratégie municipale repose désormais sur la création de « zones froides ». Dans chaque établissement, un espace commun pourrait être climatisé afin d’offrir un refuge aux élèves et aux équipes éducatives lors des épisodes les plus extrêmes. Une solution qui a d’ailleurs été mise en œuvre en urgence ces derniers jours. Les adjoints Patricia Suppi et Brice Vogler, respectivement en charge de l’éducation et des travaux, ont déployé une dizaine de climatiseurs et plus d’une vingtaine de ventilateurs dans les écoles.

Dans la continuité, le plan Écoles 2026-2032 sera adapté pour renforcer les dispositifs de rafraîchissement, sans exclure totalement la climatisation. Les services techniques ont profité de cet épisode caniculaire pour analyser chaque établissement au cas par cas. « En plus des zones froides, on va aussi agir sur l’extérieur. Le but est de prééquiper les cours pour installer, lorsque la météo l’exigera, des brumisateurs. Pour cela, nous créons des arrivées d’eau au pied des bâtiments et des préaux. Nous commençons dès cet été à l’école Pasteur avant de généraliser le dispositif à un maximum d’établissements », détaille Brice Vogler.


Pujols : « Action-réaction immédiate »

Depuis 2014, le village perché est dirigé par un maire écologiste. Un positionnement politique souvent peu favorable à la climatisation, mais qui n’a pas empêché la municipalité d’agir rapidement lorsque la vigilance rouge a été déclenchée. Des climatiseurs portatifs ont été installés dans l’ensemble des classes du groupe scolaire du Petit-Tour, soit une quinzaine de salles, en complément de ventilateurs et de toiles d’ombrage.

« Pour être honnête, lors du dernier conseil d’école, nous n’étions pas les plus grands promoteurs de cette solution. Mais dans l’urgence, il faut agir. Action-réaction immédiate. On ne peut pas laisser les enfants, ni les adultes qui les encadrent, en danger. À l’hôpital ou dans les Ehpad, on est bien contents qu’il y ait de la climatisation », reconnaît le maire, Yvon Ventadoux, également médecin au Pôle de santé de la Vallée du Lot.

Pour autant, l’élu ne renonce pas à ses convictions. « Répondre à l’urgence ne doit pas nous écarter des questions de fond. Cela fait plus de quarante ans que je combats le réchauffement climatique. La prévention et l’atténuation de ses effets restent indispensables. Mais il faut aussi s’adapter à ses conséquences. Cette adaptation doit d’abord passer par l’isolation des bâtiments, les aménagements bioclimatiques, les puits de fraîcheur, les casquettes de toiture, les ombrières, les voiles d’ombrage, la ventilation, la végétalisation ou encore la désimperméabilisation des sols. »

La commune relancera d’ailleurs, dès cet été, une étude destinée à définir les priorités à court, moyen et long terme. « On ne peut pas être complètement satisfaits des climatiseurs portatifs. On connaît leurs limites et il faudra probablement passer à autre chose », conclut Yvon Ventadoux, sans pour autant faire de la climatisation « l’alpha et l’oméga de la lutte contre les canicules ».

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