Politique : Sophie Borderie veut changer de paradigme pour préparer le Lot-et-Garonne à l’avenir

Après un « été de tous les dangers », la présidente du Département veut faire du dérèglement climatique le point de départ d’une réflexion de fond sur l’avenir du territoire. Sophie Borderie fixe un horizon de vingt ans. Avec, en parallèle, une candidature déjà annoncée pour les départementales de 2028.

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Ce n’est pas seulement une rentrée politique que Sophie Borderie a voulu faire, jeudi 3 septembre, à l’Hôtel du Département. C’est une prise de hauteur. La présidente du Conseil départemental a longuement déroulé une réflexion nourrie par les événements des derniers mois et par la conviction désormais assumée que le Lot-et-Garonne doit se préparer à un monde dans lequel les crises ne seront plus des parenthèses.

Inondations, incendies, canicules, sécheresse, mais aussi la tornade qui a frappé Lafitte-sur-Lot ont « constitué un électrochoc. Je le qualifierais de l’été de tous les dangers », lance-t-elle en préambule. Mais derrière la formule, c’est surtout une nouvelle grille de lecture que Sophie Borderie veut installer. « On doit le voir comme un révélateur et un accélérateur », explique-t-elle, considérant que les risques climatiques se succèdent désormais et dépassent largement le cadre d’événements exceptionnels et localisés.

« Les crises isolées, je pense que c’est terminé »

Pour Sophie Borderie, le principal enseignement de cet été tient justement à cette répétition. Pendant longtemps, les collectivités ont appris à répondre à des épisodes ponctuels. « Je considère aujourd’hui que la crise doit être une donnée structurelle d’un monde dans lequel nous vivons », affirme-t-elle. Et d’en tirer une conclusion particulièrement forte : « Rien ne sera plus jamais comme avant. C’est-à-dire que les crises isolées, je pense que c’est terminé. » La conséquence est politique autant que climatique. Si les épisodes extrêmes deviennent plus fréquents, les collectivités ne peuvent plus se contenter de débloquer ponctuellement des enveloppes lorsqu’une catastrophe survient. 

« Je préfère préparer plutôt que réparer »

Dans cette nouvelle approche, un mot revient : anticipation. « La culture du risque, ce n’est plus une option », martèle la présidente. Et surtout : « Moi, je préfère préparer plutôt que réparer, ça coûte beaucoup moins cher. »

Elle cite, à ce titre, les investissements réalisés ces dernières années dans les moyens de lutte contre les incendies. Dans la feuille de route du SDIS votée en 2023, le Département avait accompagné une montée en puissance des investissements, notamment pour les véhicules de lutte contre les feux. À l’époque, ces choix avaient suscité des discussions sur leur coût et leur nécessité. Quelques années plus tard, Sophie Borderie estime que les événements de l’été ont apporté leur propre réponse. Le constat vaut désormais bien au-delà de la seule sécurité incendie. Bâtiments publics, collèges, routes, mobilité, habitat… L’ensemble des politiques départementales doit, selon elle, intégrer cette nouvelle donne.

Car pour Sophie Borderie, la question climatique ne peut pas être dissociée de celle des inégalités « Aujourd’hui, je crois qu’on est tous d’accord qu’on n’est pas égaux face aux dérèglements climatiques », affirme-t-elle. Elle prend l’exemple des ménages les plus modestes, déjà confrontés aux difficultés pour se chauffer ou payer leurs factures d’énergie. Leur demander demain de financer de nouveaux équipements pour faire face aux fortes chaleurs pourrait constituer une charge supplémentaire. « Je crois que si l’écologie doit réussir, veut réussir, il faut aussi qu’il y ait une justice sociale en parallèle. »

2047, le pari du temps long

Sophie Borderie fixe désormais un horizon à vingt ans. 2047. Un choix qui peut sembler lointain, mais qu’elle juge au contraire particulièrement concret. « Ça veut dire qu’il faut qu’on change d’échelle et qu’on se projette assez loin pour pouvoir être, d’abord, dépasser certaines échéances électorales qui vont arriver et, en même temps, être en capacité d’avoir suffisamment de temps pour pouvoir mesurer l’effet de ce que l’on pourrait faire comme choix politique », explique-t-elle. Vingt ans, rappelle-t-elle, correspondent à une génération. Les enfants d’aujourd’hui seront les actifs de demain. Une durée suffisamment longue, selon elle, pour mesurer réellement les effets d’une politique publique, là où les mandats électoraux imposent souvent des résultats rapides.

L’agriculture face à la question de l’eau

Parmi les grands chantiers de cette réflexion figure évidemment l’agriculture. Dans un département où elle constitue un pan majeur de l’économie et de l’identité territoriale, le changement climatique pose déjà la question de la pérennité de certaines cultures.

Sophie Borderie veut éviter de donner des leçons aux agriculteurs, dont elle reconnaît les difficultés. « Quand on a planté des hectares de noisettes ou de kiwis dans une culture, on se dit, si je vais être obligée de changer, c’est plutôt désagréable, parce que, au moins, je vais tout perdre chaque année. Et je comprends, c’est un drame pour eux », explique-t-elle.

Mais le débat devra être posé, estime-t-elle, collectivement. La question ne signifie pas qu’il faudrait décréter la disparition de telle ou telle production. Elle appelle plutôt à anticiper les transformations et à accompagner les agriculteurs. « Donc, ça veut dire qu’il faut les accompagner. Alors, moi, je ferai ce que je peux à mon échelle, mais ça veut dire qu’aussi au niveau national, la question, elle doit être entendue », souligne-t-elle, renvoyant également au rôle des chambres d’agriculture, des organisations sanitaires agricoles et du ministère de l’Agriculture.

Pour porter ce projet, Sophie Borderie ne veut pas travailler seule. Elle entend associer les différents acteurs du territoire et inscrire cette réflexion dans une démarche collective. Le format reste encore à définir, mais la présidente évoque déjà les conférences de territoire qu’elle organise régulièrement et auxquelles sont invités les différents EPCI. « C’est vraiment transpartisan », insiste-t-elle.

Et lorsqu’on lui demande si cette réflexion doit dépasser les clivages politiques, sa réponse est sans détour : « Ma nouvelle conclusion, c’est transpartisan. Tout le monde est invité. » Je veux qu’on reste maîtres de l’intérieur. » Elle considère enfin que le sentiment d’éloignement des citoyens vis-à-vis des décisions publiques oblige les collectivités à réfléchir à leur manière d’associer la population.

Une candidature confirmée pour 2028 //

Cette volonté de regarder au-delà des prochaines échéances n’empêche pas Sophie Borderie de se projeter dans la prochaine bataille électorale. Questionnée sur les départementales de 2028, la présidente a fini par lever toute ambiguïté. « Personnellement, oui, j’ai envie de, je serai candidate, ne serait-ce que sur le canton de Marmande 2 », annonce-t-elle. Elle précise cependant que la composition de la future majorité départementale n’est pas encore arrêtée et que les discussions auront lieu dans les mois à venir.

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