Politique : la polémique sur l’étendage du linge à Villeneuve-sur-Lot devient nationale

La municipalité a interdit aux habitants du cœur historique de la bastide d'étendre leur linge à la fenêtre. La gauche s'insurge et les médias nationaux commencent à en parler.

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C’est ce qui s’appelle laver son linge sale en public ! Au mois de juin, la municipalité a pris un arrêté qui exige que le linge ne soit pas suspendu de manière visible depuis l’espace public dans le cœur historique de la bastide. L’objectif est purement esthétique. « Nous demandons à chacun de contribuer à l’amélioration de l’image de notre ville. Nous engageons d’importants travaux pour effacer les réseaux, rénover nos rues, embellir nos espaces publics et améliorer nos façades, notamment dans les secteurs les plus fréquentés par les visiteurs », explique l’équipe du maire Guillaume Lepers. Une décision qui n’est pas sans rappeler celle prise par Robert Ménard à Béziers il y a quelques années, avec une belle controverse à la clé. Villeneuve-sur-Lot n’échappe pas non plus à sa polémique.

« Socialement injuste » selon la gauche  

Les premiers à s’insurger contre la mesure et à la porter dans le débat public ont été les opposants de gauche au conseil municipal. Le collectif Villeneuve C’est Vous, emmené par Thomas Bouyssonnie, juge cette mesure discriminatoire, « socialement injuste, disproportionnée et déconnectée des conditions réelles de logement dans le centre-ville ». L’un des colistiers, Christophe Maître, détaille : « Tout le monde n’a pas un jardin, une cour, un balcon sur l’arrière, une buanderie ou un sèche-linge. Dans les petits appartements du centre-ville, la fenêtre peut être le seul endroit permettant de faire sécher correctement du linge. Cette interdiction touche beaucoup plus fortement les habitants disposant des logements les plus modestes. L’alternative du sèche-linge n’est pas neutre : il faut pouvoir l’acheter, avoir la place de l’installer et payer l’électricité. »

La réplique de la majorité contre Thomas Bouyssonnie

Voir une majorité et son opposition s’affronter autour d’une décision n’a rien de surprenant mais l’affaire prend un peu plus d’ampleur que d’ordinaire. L’état-major du premier édile a décidé de renvoyer Thomas Bouyssonnie à (ce qu’il juge être) ses contradictions. Ce dernier, en tant que conseiller départemental délégué à l’habitat, est président d’Habitalys, l’office HLM public du Lot-et-Garonne. « Le règlement intérieur destiné à ses locataires dispose clairement : « Il est interdit de secouer, battre, laver, étendre, suspendre ou stocker quoi que ce soit sur les rebords de fenêtres, balcons et terrasses. Le séchage du linge est strictement interdit s’il est visible de l’extérieur. »  Un règlement qui va finalement encore plus loin que l’arrêté municipal qu’il nous reproche ! », s’insurge l’équipe Lepers. Dans le domaine du logement social, il s’agit d’une norme. L’Union sociale de l’habitat, dont est membre Habitalys, explicite dans une charte-type : « N’entreposez pas d’objets sur votre balcon, terrasse ou loggia autres que des équipements d’agrément (tables ou chaises) et n’y étendez pas de linge. » Dans ce début de pugilat verbal, les coups commencent à pleuvoir. Les « acolytes » de Villeneuve C’est Vous sont qualifiés d’« extrême-gauche bien-pensante » par la gouvernance municipale de droite.

BFM et les médias nationaux s’en emparent

Ces derniers jours, l’affaire dépasse les frontières de la cité et du département. De nombreux médias s’en emparent. Les équipes de télévision, comme celles de BFM TV ou France 3, se déplacent, des nationaux comme Le Figaro ou 20 minutes et même des quotidiens de la presse régionale pourtant situés à l’autre bout du pays commencent à relater cette histoire villeneuvoise qui semble polariser l’opinion, entre les pour et les contre. 

Le bilan des 100 jours vu par la gauche //

Si certains pensaient que le temps électoral était terminé au niveau communal, les tensions observées pendant la campagne sont toujours aussi vives. L’opposition de gauche ne relâche pas son pressing vis-à-vis de la majorité Lepers. Outre le débat sur le linge (voir ci-avant), Villeneuve C’est Vous s’est fendue d’une analyse des 100 premiers jours du mandat. Et sans surprise, le constat dressé par la bande de Thomas Bouyssonnie n’est pas vraiment dithyrambique. La diatribe dénonce une majorité qui « a commencé par s’augmenter, puis elle a attendu ». Premier reproche : les indemnités. L’opposition souligne que la seule décision rapide fut la hausse de 46,7% de l’enveloppe des élus, calculée sur un critère de pauvreté locale. Une décision assumée en séance par le maire : « Je suis très à l’aise sur l’indemnité des élus. » La gauche fustige à l’inverse le refus d’augmenter les agents municipaux grévistes, l’édile arguant qu’« il ne faut pas laisser entendre aux agents que tout est possible ».

Le groupe pointe ensuite l’inertie des 111 promesses électorales : l’ancien hôpital Saint-Cyr reste une friche, l’action médicale patine et le centre-ville accumule les fermetures. La gauche critique des tarifs municipaux en hausse (théâtre, bibliothèque) et l’absence d’investissements pour faire face aux canicules dans les écoles.

Enfin, le texte liste plusieurs reculs actés cet été : la perte du label « Pays d’art et d’histoire », le camping de Pujols fermé, les coupes budgétaires culturelles et la fin de la diffusion vidéo des conseils. L’opposition conclut amèrement : si le maire cumule les présidences, « les caisses n’étaient pas vides » pour les élus, mais « elles ne sont vides que pour les écoles, les agents, les familles et la culture ».

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