Agen : la démutualisation actée avec l’Agglo, le bras de fer se poursuit sur le coût et l’organisation des services

Le conseil d’Agglomération a pris acte de la décision de la Ville d’Agen de reprendre ses services exclusifs et leurs agents. Malgré les mois de négociations et une proposition de rénovation du pacte d’administration commune, le choix municipal divise les élus.

0 Shares

La séparation se précise entre la Ville d’Agen et l’Agglomération. Depuis 2015, les deux collectivités partageaient une administration commune pour « rationaliser les moyens, développer les compétences et améliorer le service public ». Mais la dissociation des fonctions de maire et de président de l’Agglomération, après les élections de cette année, a rebattu les cartes. Le conseil municipal d’Agen a finalement choisi de reprendre les agents affectés exclusivement aux compétences municipales. Réunis en conseil communautaire, les élus ont pris acte de cette décision, avec une mise en œuvre visée au 1er mars 2027.

Pour Laurent Bruneau, cette évolution répondait avant tout à une question d’autorité. Dans un précédent entretien, le maire d’Agen expliquait vouloir « refondre » le système. « Il n’y a pas de guerre avec l’Agglomération. On avance de concert dans ce schéma », assurait-il, défendant une solution ciblée plutôt qu’une séparation totale, dont le coût aurait été bien plus élevé. La municipalité estime toutefois que le cadre actuel ne permet pas de garantir durablement son autonomie dans la gestion des agents travaillant exclusivement pour elle. Une nouvelle convention avait pourtant été travaillée pour clarifier les responsabilités de chaque collectivité et sécuriser juridiquement le fonctionnement des services. La Ville a finalement choisi de ne pas retenir cette solution.

Président de l’Agglomération, Olivier Grima a rappelé en conseil avoir « tout fait en tant pour qu’on reste mutualisés avec la Ville d’Agen », a-t-il déclaré, évoquant les délégations accordées à Laurent Bruneau et les postes créés pour lui permettre d’exercer ses responsabilités. Mais le conseil municipal a tranché. Le transfert concerne notamment l’état civil, la police municipale, l’action scolaire, la jeunesse, la propreté, les espaces verts et la culture, ainsi que le CCAS. Les services partagés, eux, doivent continuer à fonctionner dans le cadre d’un pacte rénové.

« Pourquoi défaire ce qui fonctionne ? »

L’opposition agenaise conteste ce changement de cap. Pour Clémence Brandolin-Robert, la question dépasse la seule organisation administrative. « Elle touche à notre conception de l’action publique et à notre capacité à travailler ensemble au-delà de nos divergences d’idées politiques, ce qui est le but de notre Agglo », estime-t-elle. L’élue met en avant les bénéfices du système existant, notamment en matière de mobilité professionnelle : 40 % des agents auraient bénéficié d’une mobilité interne depuis sa mise en place. « On a collectivement créé un service efficace, alors pourquoi revenir en arrière ? Quel problème cherchons-nous à résoudre ? Est-ce que le service public fonctionne moins bien ? Je ne pense pas. »

L’argument financier nourrit également les critiques. Selon les premières estimations présentées dans le dossier, les besoins supplémentaires liés aux effectifs atteindraient 320 000 euros pour la Ville et 80 000 euros pour l’Agglomération. Soit 400 000 euros au total, hors autres conséquences éventuelles. « Une nouvelle gouvernance ne justifie pas deux administrations. On ne devrait pas faire payer au contribuable les divergences politiques », dénonce Clément Brandolin-Robert, qui redoute aussi la perte des économies d’échelle.

Des expertises en question

Maire de Saint-Hilaire-de-Lusignan, Philippe Maurin partage ces inquiétudes. « C’est un choix de la majorité agenaise et je pense que c’est un mauvais choix qu’ils devront assumer. Je pense qu’on y perdra en attractivité », avance-t-il. « Avec 1 000 agents, vous pouvez recruter des administrateurs. Là, on va descendre en dessous des seuils à la Ville d’Agen et se priver d’une certaine expertise. Il y aura moins de mobilité interne. »

Pierre Dupont, premier adjoint à Agen et porte-parole d’un Laurent Bruneau absent du conseil pour raisons personnelles, défend au contraire la nécessité de redonner à la municipalité une maîtrise directe de ses personnels. « Si le système actuel était si efficace, il aurait été dupliqué ailleurs en France et ce n’est pas le cas », avance-t-il. « Aucun maire ne veut travailler sans autorité sur ses agents. » Patrick Buisson, maire de Bajamont, juge quant à lui la décision peu surprenante : « Qui est étonné de ce qui se passe ce soir ? On avait tous les éléments pour que la question de la démutualisation soit légitime. »

Un chantier encore ouvert

Le vote ne clôt pas le dossier. Il ouvre désormais une phase opérationnelle : organiser le transfert des agents, préciser les nouvelles structures et mesurer les conséquences financières, statutaires et humaines. La continuité des services publics devra être assurée tout au long de la transition.

Olivier Grima le reconnaît lui-même : « On sera amené à en reparler, on n’est pas au bout du chemin. » D’ici au 1er mars 2027, la Ville et l’Agglomération devront encore s’entendre sur les modalités concrètes de cette séparation partielle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

43 + = 46