Situation de Gifi : « L’enseigne n’est pas morte » selon Guillaume Lepers

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Face aux révélations médiatiques sur l’avenir de Gifi, le maire de Villeneuve-sur-Lot monte au créneau. L’ancien directeur des achats confirme les difficultés du groupe mais refuse tout fatalisme.

Fait assez rare pour qu’il le souligne d’emblée, Guillaume Lepers avait glissé quelques notes sur son bureau avant de faire face à la presse, histoire de ne pas se laisser « dépasser par l’émotion ». Pour le maire de Villeneuve-sur-Lot et président de la Communauté d’agglomération du Grand Villeneuvois, le dossier Gifi touche à l’intime. Ancien directeur des achats du groupe au sein duquel il a passé près de vingt ans (et où son épouse est toujours salariée), l’élu connaît la maison de l’intérieur et y reste particulièrement attaché. S’il sort d’un silence observé depuis plusieurs mois par souci de responsabilité, l’édile précise qu’il ne parle pas au nom de la direction. « Je ne suis pas là pour me substituer aux dirigeants », pose-t-il, en l’absence de communication officielle à cette heure.

Cette prise de parole intervient peu de temps après un premier message public, relayé par communiqué de presse la semaine dernière, pour affirmer sa pleine mobilisation aux côtés de la députée Emeline Rey-Rinchet en multipliant les contacts à Paris jusqu’aux portes du gouvernement.

Guillaume Lepers ne masque pas la réalité : la situation commerciale est tendue. Au-delà d’une concurrence féroce, l’enseigne subit des difficultés de trésorerie qui pèsent depuis de nombreux mois sur les achats et l’approvisionnement des magasins. Une fragilité accentuée, selon lui, par la succession de directeurs « qui n’avaient pas forcément compris comment fonctionnaient cette boîte et le commerce ».

Dédramatiser la procédure collective

Pour autant, Guillaume Lepers refuse de céder au catastrophisme. Alors que les termes de « cessation de paiement » et de « dépôt de bilan » ont été largement relayés par la presse depuis dimanche soir, il appelle à la mesure. « Ces termes juridiques font très peur, mais l’ouverture éventuelle d’une procédure collective ne signifie pas automatiquement la disparition de l’entreprise », insiste-t-il. Si une phase de redressement judiciaire était décidée par le tribunal de commerce, elle viserait avant tout à protéger l’enseigne pour organiser la poursuite de l’activité. « Ce n’est pas la fin, mais le début de quelque chose de nouveau, rappelle-t-il. Bien sûr, croire que Gifi va continuer en l’état, avec le même nombre de magasins et une centrale de cette envergure, est difficile. Il faudra prendre des décisions courageuses pour retrouver des perspectives. Mais encore une fois, un redressement vise à savoir comment on se remet sur les rails, commercialement et stratégiquement. Je crois encore profondément à l’enseigne. »

Préserver le siège et les emplois locaux

Ce probable redimensionnement et l’arrivée de potentiels repreneurs pour tout ou partie de l’activité sera suivi avec la plus grande vigilance par l’élu, conscient de l’impact qu’aurait un revers sur l’emploi, la fiscalité et l’attractivité locale. Implanté à Villeneuve-sur-Lot depuis plus de 40 ans, le siège historique emploie à ce jour environ 600 personnes, effectif auquel il faudrait ajouter ajouter de nombreux emplois indirects. « Pour garder une centrale d’achat ici, il faut conserver un certain nombre de magasins dans l’équilibre. Je me battrai jusqu’au dernier souffle pour que d’éventuels repreneurs ne viennent pas juste faire leur marché, mais soient suffisamment solides pour maintenir le siège à Villeneuve », prévient celui qui reste en contact régulier avec le fondateur Philippe Ginestet, décrit comme « viscéralement attaché » à sa société et affecté par la situation.

Un territoire derrière les salariés

Après avoir rencontré lundi la nouvelle direction incarnée par Patrick Puy, qu’il considère comme « la dernière chance pour Gifi », le maire dit avoir perçu une volonté sincère de réussir, loin des caricatures de liquidateur. Il attend désormais de la transparence, une stratégie claire et un calendrier précis pour donner de la visibilité aux équipes. Il salue enfin la « foi inébranlable » des salariés qui, malgré l’inquiétude, rejoignent leur poste chaque matin sans manifester, par « intelligence collective » pour ne pas effrayer clients et fournisseurs. « Les salariés ne sont pas seuls, tout un territoire est derrière eux. L’enseigne n’est pas morte, c’est le commerçant qui vous parle, pas le maire. Avec mon expérience dans ce milieu, je le dis, il y a des atouts, des clients, une capacité à se renouveler et des talents dans l’entreprise. »

600

C’est le nombre approximatif de salariés employés directement au siège villeneuvois de Gifi, auquel il faut ajouter de nombreux emplois indirects.

Une procédure collective, si elle est annoncée, ce n’est pas la fin, mais le début de quelque chose de nouveau pour protéger l’enseigne et retrouver des perspectives.

Guillaume Lepers, maire de Villeneuve-sur-Lot & ex-cadre de Gifi.

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