Agen : halle bientôt démolie, sécurité renforcée, nouveau projet urbain et rond-point considéré comme « un obstacle »… Le quartier du Pin prépare sa métamorphose

La municipalité veut redonner un nouveau visage à la place du Pin et mieux la relier au cœur de ville avec au programme : sécurité renforcée, démontage de la halle et concours européen d’architecture :

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La sécurité comme première priorité //

La transformation du quartier du Pin est l’un des projets majeurs promis par la majorité de Laurent Bruneau. Pour répondre aux attentes des habitants et des commerçants, la municipalité a choisi d’avancer par étapes, en commençant par la sécurité. Pour rappel, le quartier a été marqué par deux faits criminels ces derniers mois : un viol sur une jeune femme fin septembre et la mort d’un homme, poignardé lors d’une agression, fin mai.Vendredi dernier, la municipalité a donc installé un groupe de travail baptisé « Réinventons le quartier du Pin », réunissant élus de la majorité et de l’opposition, agents municipaux, conseils de quartier, commerçants, bénévoles associatifs et architecte des bâtiments de France. « L’idée, c’est de réinventer la zone. Ce groupe de travail va se réunir à plusieurs reprises pendant le temps du mandat, jusqu’à ce qu’on puisse aboutir à ce que sera la nouvelle place du Pin », explique le maire.

Avant d’envisager un réaménagement d’ensemble, la Ville veut agir sur la sécurité. Deux policiers municipaux ont été recrutés et les polices municipale et nationale ont été invitées à renforcer leur présence entre les places Castex et du Pin. « Le retour qu’on a, c’est que les habitants et les commerçants constatent le travail des forces de l’ordre va dans le bon sens », assure Laurent Bruneau. Pour autant, l’élu ne prétend pas régler les difficultés du quartier par la seule présence policière.

Une réponse pénale //

La création d’un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) constitue l’un des leviers du dispositif annoncé pour renforcer la sécurité dans le quartier du Pin. Mis en place à l’initiative du parquet d’Agen pour une première période de six mois, renouvelable, cet outil permet de concentrer l’action judiciaire sur un secteur géographique précis. Les services de police nationale et municipale seront ainsi invités à porter une attention particulière aux infractions commises dans ce périmètre, afin d’en faciliter le traitement.

« L’idée de ce GLTD, c’est de ne pas laisser d’impunité aux incivilités, aux infractions qui peuvent être commises », précisait Laurent Bruneau. L’objectif est de raccourcir les délais entre la constatation des faits et la réponse de la justice, avec des procédures accélérées et une réponse pénale adaptée. Tous les types d’infractions sont concernés, des violences aux atteintes à l’environnement, en passant par les infractions liées à l’urbanisme. La municipalité entend notamment que les dispositifs de contrôle du logement, comme le permis de louer, puissent aussi produire leurs effets face aux propriétaires qui chercheraient à les contourner.

Ce renforcement ne signifie toutefois pas que des effectifs supplémentaires seront affectés au quartier. Le GLTD repose sur une mobilisation accrue des services déjà en place, avec une priorité donnée aux faits commis au Pin. Pour Laurent Bruneau, la sécurité ne se joue toutefois pas uniquement sur le terrain policier. L’animation de l’espace public constitue un autre levier : c’est dans cette logique que la municipalité a choisi d’installer la grande roue sur la place du Pin plutôt qu’au Gravier, afin d’y ramener du passage et de la vie.

La halle bientôt démontée //

C’est l’annonce la plus concrète de cette première feuille de route : la halle située face au Studio Ferry doit disparaître. Installée en 2011, elle devait être provisoire. Quinze ans plus tard, la municipalité estime qu’elle pose davantage de problèmes qu’elle n’en résout. « Cette halle est intéressante les mercredis matin et dimanche matin. En dehors de ces deux matinées, elle pose énormément de problèmes aux habitants. »

Habitants et commerçants décrivent un espace sombre, associé à des trafics et à un sentiment d’insécurité. Certains salariés éviteraient même de traverser la place, tandis que des spectateurs du Studio Ferry préféreraient contourner le secteur. La suppression de la structure répond « aussi à une demande portée par les conseils de quartier et des associations locales », rappelle le maire, qui reconnaît toutefois que la décision mécontente une partie des commerçants installés sous la halle, notamment en raison de la perte de protection contre la pluie. « Le marché, lui, ne bouge pas », insiste Laurent Bruneau. Le démontage pourrait intervenir dans un délai de trois à six mois, mais plusieurs étapes administratives restent nécessaires, dont l’obtention d’un permis de démolir et le choix du devenir de la structure. La Ville envisage de la vendre, une autre collectivité ayant déjà manifesté son intérêt, ou de la démonter pour la stocker. « J’aurais aimé que ça soit fait à court terme », reconnaît le maire.

Un square à éclaircir et à réaménager //

La halle n’est pas le seul espace appelé à évoluer. La municipalité souhaite également reprendre le square voisin, dont la végétation a fortement poussé et qui manque de lumière. L’objectif sera de tailler les arbres sans sacrifier la biodiversité, de faciliter l’accès et de renforcer l’éclairage.

Lors d’une visite du quartier avec le préfet, le procureur de la République et les services de police, le constat a été particulièrement parlant. « La DIPN nous dit : “Vous voyez, monsieur le maire, là, il est 19 h 30, on ne va pas dans le square.” Il y a des gens qui sont dans le square, mais il fait tellement sombre que personne n’a envie d’y aller », rapporte Laurent Bruneau. Le réaménagement devra aussi contribuer à redonner une perspective au Studio Ferry et à l’ensemble de la place.

Un concours pour imaginer la future place //

À plus long terme, Agen compte sur un concours européen d’architecture pour repenser l’ensemble du quartier. La ville a été retenue parmi les six sites français de la 19e édition d’Europan, une compétition qui réunit de jeunes architectes, urbanistes et paysagistes de moins de 40 ans autour de lieux réels. Une cinquantaine de sites sont concernés à l’échelle européenne.

La particularité de la démarche est de ne pas s’arrêter à des propositions graphiques. « Ce n’est pas simplement un concours d’architectes où on va avoir des planches et on va regarder les jolies planches de la future place du Pin », insiste Laurent Bruneau. « L’idée, c’est qu’on travaille à un projet, et ensuite on est aussi sur la phase opérationnelle. » La sélection d’Agen représente, selon lui, une occasion de faire appel à des regards extérieurs pour aborder les nombreuses problématiques du quartier : l’habitat, la sécurité, la circulation, l’attractivité commerciale, la biodiversité et le lien avec le centre-ville.

Le maire se réjouit notamment que les architectes puissent travailler sur un quartier vivant, et non sur une ancienne friche industrielle. La suppression de la halle doit leur laisser un espace plus ouvert pour élaborer leurs propositions. « Ils vont retrouver toute la place, tout le quartier, avec l’architecture qui est la sienne, les particularités qui sont les siennes. Ils vont pouvoir travailler là-dessus », explique-t-il.

Premières propositions attendues à l’été 2027 //

Parmi les questions structurantes figure celle de la circulation. Le maire ne cache pas que l’organisation actuelle constitue un frein à une meilleure connexion avec le centre-ville. « Aujourd’hui, ce rond-point, c’est un obstacle. Et donc ça coupe complètement la ville », affirme-t-il. Son évolution pourra donc faire partie des pistes étudiées, même si aucune solution n’est arrêtée à ce stade. Les flux de circulation devront également être analysés, notamment les reports observés depuis l’ouverture du barreau de Camélat. La Ville entend travailler sur ces questions avec les services mutualisés de l’Agglomération, chargés notamment des comptages.

Le calendrier d’Europan prévoit une première phase de travail des candidats entre novembre et mars, avant la remise des propositions à l’été 2027 et la désignation des lauréats en fin d’année. La phase opérationnelle doit ensuite commencer en 2028, avec un travail entre les équipes retenues, les élus, les services municipaux et les partenaires pour préciser les aménagements et leur financement. Plusieurs projets pourront être proposés, avec des approches différentes du site. La décision finale reviendra à la Ville et aux partenaires concernés, tandis que les modalités d’association des habitants restent à définir.

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