Lot-et-Garonne : les rapatriés d’Indochine et les enfants du Cafi reconnus par le Parlement

Le Sénat a définitivement adopté, lundi 19 octobre, la loi de reconnaissance et de réparation envers les rapatriés d’Indochine. Une étape historique pour Sainte-Livrade-sur-Lot, officiellement désignée lieu de mémoire.

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1500 personnes, dont 800 enfants, logées derrière des clôtures dans les anciens baraquements d’une poudrerie. Après les accords de Genève de 1954, c’est dans ce décor sommaire, à Sainte-Livrade-sur-Lot, que des centaines de familles rapatriées d’Indochine ont découvert la métropole. Soixante-dix ans après l’ouverture du Cafi, la République tourne enfin une page majeure de cette histoire.

Ce lundi 19 octobre, le Sénat a voté à l’unanimité la proposition de loi portant reconnaissance de la Nation et réparation des préjudices subis en raison de l’indignité de ces conditions d’accueil. Déjà adopté par les députés en juin 2025, le texte est désormais définitif. Au Palais du Luxembourg, le sénateur Michel Masset était entouré d’André Forget, maire de Sainte-Livrade mais aussi enfant du Cafi arrivé du Vietnam à l’âge un an et demi,  ainsi qu’une vingtaine de personnalités locales dont les familles ont vécu cet exil.

À la tribune, le parlementaire a rappelé le sort de « ces Français déracinés, arrivés de l’enfer de la guerre, qui furent parqués et surveillés dans des conditions qui n’honorent ni le pays ni la bravoure de ces familles entières ». Pour l’élu, qui salue la fin d’un long oubli, ce vote constitue « pour le Lot-et-Garonne et ses habitants une véritable reconnaissance de son histoire sensible ».

Sainte-Livrade érigée en lieu de mémoire

La loi ouvre désormais un droit à réparation aux familles passées par ces camps, les associe à la journée nationale d’hommage du 8 juin et désigne spécialement Sainte-Livrade-sur-Lot comme lieu de mémoire. Un geste fort mais tardif, alors que les premiers arrivants « sont presque tous au paradis », glisse André Forget.

Leurs enfants gardent toutefois intact le souvenir de ce déracinement. « Nos parents étaient choqués des conditions de vie très pénibles, en plus d’avoir été arrachés à leur pays. Nos mères, pour la plupart, ne parlaient pas français. On vivait en communauté autonome, entourés de clôtures », raconte Domino Gillard, résident historique du Cafi arrivé quant à lui à l’âge de dix ans. « Ils ont souffert d’avoir tout laissé derrière eux pour ces baraquements dont personne ne leur avait parlé », confirme le maire.

Aujourd’hui reconverti en quartier d’habitat social où la moitié des 120 foyers reste liée à l’Indochine, le site conserve quelques bâtiments d’époque que la municipalité compte transformer en mémorial d’ici 2030. « Par devoir de mémoire, nous devons les conserver », insiste André Forget, soucieux de transmettre une histoire qui, « sans mauvais jeu de mots, nous a forgés ».

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