
Les actuels administrateurs des Vignerons de Buzet ont découvert deux choses lors de leur prise de fonction : l’ampleur abyssale de la dette et les exigences pécuniaires quelque peu « indécentes » de Pierre Philippe. L’ancien directeur général de la coopérative, licencié pour motif économique en début d’année 2024, n’avait aucunement l’intention de partir les mains vides après 19 années de boutique, et ce malgré les énormes difficultés financières de la structure. Entre le protocole transactionnel établi avant l’ouverture de la procédure de sauvegarde et les indemnités liées à son licenciement, Pierre Philippe réclamait près d’un demi-million d’euros. 477 789 €, voilà le montant exact de la créance salariale exigée.
Les « manœuvres » de l’ex-DG
Si les vignerons ont bondi au plafond, le Conseil de prud’hommes d’Agen, saisi en référé, a cependant donné raison à celui qui fut longtemps l’incarnation de la cave. Cette ordonnance délivrée en septembre dernier a malgré tout été renvoyée devant la cour d’appel. La SCA représentée par Me Christophe Dejean, les mandataires et les administrateurs judiciaires n’avaient aucune intention de céder.

Ils ont attaqué Pierre Philippe sur tous les fronts et notamment les « manœuvres » de ce dernier. Selon les Vignerons de Buzet, le dirigeant se serait fait accorder par le directoire « une garantie d’emploi jusqu’à ce qu’il puisse envisager un départ en retraite à taux plein » et d’autres clauses à son avantage en cas de départ anticipé. Les viticulteurs avancent aussi le fait de ne pas avoir été informés de la situation financière, en particulier l’endettement consolidé supérieur à 36 M€. Le rachat de la société Rigal, au prix d’un emprunt de 4 M€ doublé d’un apport en compte courant de 3,1 M€, est également pointée du doigt. Cette acquisition jugée « six fois supérieure à sa valeur réelle » a de surcroît été assortie d’une rétrocession quasi intégrale de la partie commerciale à ses anciens propriétaires. Des prestations « financièrement hors de toute mesure » favorisées au profit d’entreprises appartenant à des membres de la gouvernance complètent un tableau déjà bien fourni…
Une demande déclarée irrecevable
Le clan Philippe a beau considérer ces affirmations comme « calomnieuses », la cour d’appel d’Agen a cette fois tranché en faveur de la cave coopérative lot-et-garonnaise, en ne s’appuyant pas tant sur le plaidoyer que sur ce que dit le droit. Le code de commerce pose notamment l’interdiction des poursuites individuelles en cas d’ouverture d’une procédure collective, ce qui est le cas ici. Par ailleurs, il interdit toute action en paiement d’une somme d’argent de la part du créancier dont la créance est née antérieurement au jugement d’ouverture. De ce fait, malgré les documents présentés par Pierre Philippe, la SCA Vignerons de Buzet n’a légalement pas le droit de lui verser les sommes dues. Le juge des référés du Conseil de prud’hommes n’a pas le pouvoir de fixer cette créance au passif. Seul le juge du fond (le tribunal de commerce) le peut. Il n’est pas certain que celui-ci considère cette demande comme bien fondée. En attendant, Pierre Philippe repart bredouille et les vignerons respirent. Un problème de moins, même si le chemin vers le redressement est encore long…
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