
©Wikimedia Commons
La tension ne retombe pas dans le monde agricole local. Hier, une centaine d’agriculteurs se sont réunis lors d’une rencontre organisée par la Coordination rurale du Lot-et-Garonne à Frégimont, destinée à préparer la suite du mouvement. À huis clos, les participants ont évoqué explicitement la possibilité d’une montée à Paris dans les prochains jours, en fonction des annonces gouvernementales. Dans le même temps, certains groupes d’agriculteurs dans les départements voisins préparent déjà un départ en convois d’engins agricoles qui pourraient prendre la route de la capitale dès demain. C’est dans ce contexte très tendu que les présidents nationaux des syndicats sont reçus aujourd’hui par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Quelques heures avant ce rendez-vous décisif, ce dernier a choisi de s’adresser par écrit à l’ensemble des agriculteurs de France. Des mots relayés localement par la préfecture du Lot-et-Garonne.
« Je ne vous écris pas pour vous rassurer »

Dans ce courrier, le chef du gouvernement adopte un ton direct : « Je ne vous écris pas pour vous rassurer, mais pour vous dire les choses clairement. » Il reconnaît le malaise qui traverse la profession, évoquant « un sentiment d’une injustice profonde, celui d’une iniquité structurelle ». Selon lui, un « empilement de règles venues de loin » a parfois « perdu leur bon sens ». Ces mots font écho aux prises de parole des responsables de la Coordination rurale ces derniers jours, dénonçant normes, contrôles et difficultés économiques persistantes. La colère actuelle trouve aussi ses racines dans la gestion des crises sanitaires. Dans sa lettre, Sébastien Lecornu revient sur la dermatose nodulaire contagieuse, dossier très sensible dans les élevages bovins. Il promet que l’État « donnera tous les moyens nécessaires pour permettre aux autorités scientifiques d’adapter utilement le protocole sanitaire post-vaccination, mais aussi de garantir l’exportation du bétail vacciné ».
les importations, un point clé pour les exploitants
Dans sa lettre, le Premier ministre se montre particulièrement offensif sur la concurrence des produits importés. « Il n’est plus acceptable que l’on tolère la présence de substances interdites en France dans les produits importés », écrit-il, dénonçant « une concurrence déloyale » et « une injustice économique ». Il annonce que « des arrêtés vont être pris » pour suspendre certaines importations de fruits, légumes ou viandes ne respectant pas les normes européennes. Et il résume ainsi la ligne gouvernementale : « Le principe sera simple : les mêmes normes pour tous, les mêmes contrôles pour tous. » Ces annonces seront scrutées de près par les syndicalistes reçus aujourd’hui à Matignon, alors que plusieurs d’entre eux affirment ne plus croire aux promesses sans traduction concrète.
Conscient de la défiance, le Premier ministre tente de rassurer : « Je ne vous demande pas de croire à des mots : je vous demande de regarder les actes. » Il assure que « les arrêtés et les décrets seront publiés » et que « les projets seront débloqués », promettant une action rapide après sa rencontre avec les représentants agricoles. Le chef du gouvernement conclut sa lettre ouverte par une phrase que beaucoup d’agriculteurs retiendront : « Et enfin et surtout, parce que le bon sens doit redevenir la règle. » Reste désormais à savoir si les annonces d’aujourd’hui suffiront à éviter une nouvelle montée de tracteurs vers Paris.





Laisser un commentaire