ARCHIVES. Manufactures, artillerie et gendarmerie… L’autre histoire des casernes d’Agen

De la manufacture royale des toiles à voiles aux quartiers militaires du XXᵉ siècle, les casernes agenaises racontent une autre histoire de la ville, faite de reconversions, de mémoire et de permanence de l’État dans le paysage urbain.

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Caserne Lacuée //

©Archives départementales de Lot-et-Garonne

Perchée avec vue sur le Gravier, l’ancienne caserne Lacuée d’Agen raconte près deux siècles d’histoire. Érigée en 1824 sur l’emplacement d’une ancienne manufacture de toiles tenue par l’ancien maire Claude Lamouroux, elle prit d’abord le nom de caserne des Carmes avant de devenir, au début de la IIIᵉ République, la caserne Lacuée. En 1877, le site accueille le 9ᵉ Régiment d’infanterie, dont les soldats connaîtront l’horreur de la Première Guerre mondiale. Après 1947, l’armée cède les lieux à l’administration civile, principalement aux finances, et des aménagements successifs marquent le paysage : en 1951, un grand escalier relie la cité administrative au Gravier, suivi de bâtiments dessinés par l’architecte Jean Payen en 1957 et 1962. Aujourd’hui, ces quelque 10 000 m² ont fait l’objet d’une rénovation complète commencée fin 2021 et terminée il y a un an, destinée à restituer au public et aux services de l’État une cité moderne et respectueuse des normes environnementales.

Caserne Valence //

©Archives départementales de Lot-et-Garonne

À Agen, les bâtiments de l’ancienne manufacture royale des toiles à voiles, érigée entre 1764 et 1780 à l’initiative du maire Pierre Gounon, ont longtemps été le cœur battant du textile local. Réputé pour la qualité exceptionnelle de son chanvre, l’Agenais fournit à la Marine royale des toiles tissées sur plus de 200 métiers, tandis que 7 000 fileuses travaillent à domicile pour alimenter la production. Après un déclin accéléré par l’arrivée des bateaux à vapeur et la Révolution, le site connaît une nouvelle vocation militaire, dépôt de remonte, puis, à partir de 1875, caserne Valence, accueillant les régiments et l’administration militaire. Les bâtiments, composés de deux cours rectangulaires et d’un corps central à trois niveaux abritant l’ancien atelier de tissage, servent désormais au groupement départemental de gendarmerie et portent depuis 2021 le nom de caserne Mélanie-Lemée, en hommage à la jeune majore disparue.

Caserne Toussaint //

Au sud-est d’Agen, là où le paysage rural de fermes dispersées cède progressivement la place à l’urbanisation, s’installe dès 1915 le quartier militaire de la caserne Toussaint. C’est le 18ᵉ régiment d’artillerie qui prend possession des bâtiments récemment construits, dont la maçonnerie, mêlant briques et pierres, évoque celle des Archives départementales de la même époque. Le nom du premier commandant, le colonel Toussaint, se fixe dans la toponymie locale, malgré plusieurs tentatives municipales entre 1942 et 1944 pour le remplacer par Monluc, refusées par les autorités militaires. Jusqu’en 1950, d’autres régiments d’artillerie se succèdent, avant que le Centre d’instruction des télégraphistes coloniaux n’occupe les lieux, prélude à l’installation de l’arme des Transmissions en 1962. Aujourd’hui, la caserne aux plus de 110 bougie compte près de 900 militaires d’active ou de réserve.

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