Hôpitaux du Lot-et-Garonne : entre redressement prudent et tensions financières majeures

Du CH Agen-Nérac au Pôle de santé Villeneuve-Vallée du Lot, l’année 2025 illustre deux trajectoires contrastées, mêlant efforts de redressement, investissements structurants et fortes pressions budgétaires sur le service public hospitalier.

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©Photo CH Agen-Nérac

Centre hospitalier d’Agen-Nérac : une trajectoire de redressement et des investissements pour préparer l’hôpital de demain

Malgré un contexte de fortes tensions hospitalières, le Centre hospitalier d’Agen-Nérac affiche une amélioration progressive de ses comptes et relance des projets structurants majeurs.

L’exercice 2025 marque un tournant prudent mais réel pour le Centre hospitalier d’Agen-Nérac (CHAN). Après un déficit qui frôlait les 7,6 millions d’euros fin 2024, la direction a engagé une trajectoire de redressement fondée à la fois sur la maîtrise des dépenses et sur le développement de l’activité.

« Nous ne cherchons pas seulement à équilibrer des lignes comptables, mais à retrouver une capacité d’action pour l’avenir », a rappelé Jean-François Vinet, directeur général de l’établissement, lors de la présentation des vœux. À la suite d’un audit national, un plan d’amélioration s’est transformé en plan de retour à l’équilibre, mené volontairement avec l’Agence régionale de santé. La rationalisation de certains coûts (heures supplémentaires, achats de médicaments, consommations énergétiques ou encore mutualisation de postes) a permis de dégager plus de 424 000 euros d’économies. Parallèlement, la relance de l’activité (bloc opératoire, hôpitaux de jour, imagerie, réouverture de lits en pneumologie et néphrologie, EHPAD) a généré près de 1,4 million d’euros de recettes supplémentaires. Le déficit 2025 pourrait ainsi être ramené autour de 6,4 millions d’euros, soit environ 3 % des recettes.

Un chantier structurant dès 2026 aux urgences

Cette amélioration financière conditionne la relance du schéma directeur immobilier, pilier de la stratégie hospitalière. Premier jalon, la restructuration complète du service des urgences du site d’Agen-Saint-Esprit, un projet estimé à 5,3 millions d’euros. Avec plus de 37 000 passages enregistrés en 2025, le service arrive à saturation. Les travaux, programmés à partir de 2026 pour une livraison en 2028, doivent permettre de repenser l’accueil des patients et les conditions de travail des équipes. « Il s’agit de fluidifier les parcours, mais aussi de mieux protéger les soignants », souligne la direction. Le projet inclut la création d’une maison médicale de garde, l’extension de l’unité d’hospitalisation de courte durée (de 6 à 10 lits), une unité médico-judiciaire et un espace dédié à l’accueil pédiatrique des enfants en danger.

Un nouveau bâtiment médico-chirurgical

Autre investissement majeur, la construction d’un bâtiment médico-chirurgical neuf, pour un montant de 25 millions d’euros. Le chantier devrait démarrer en 2027 pour une ouverture à l’été 2028. Il regroupera « des activités stratégiques comme la chirurgie viscérale et orthopédique, la pédiatrie et plusieurs spécialités médicales (cardiologie, gastro-entérologie, neurologie, néphrologie, endocrinologie) ». Le futur équipement doit moderniser l’hospitalisation, avec une place accrue accordée aux chambres individuelles. « C’est un levier essentiel pour attirer et fidéliser des praticiens dans un contexte de concurrence territoriale très forte », estime Jean-François Vinet.

Miser sur le développement et la coopération pour rompre avec la pénurie médicale //

La question des ressources médicales reste toutefois centrale. Le nouveau président de la CME, le Dr Patrick Rispal, n’a pas minimisé les difficultés. Pédiatrie, gynécologie-obstétrique, urgences, soins critiques ou encore cardiologie figurent parmi les spécialités sous tension. Refusant toute stratégie de repli, le praticien défend une approche offensive : « La réponse aux tensions, ce n’est pas la restriction, mais le développement de projets portés collectivement ». Une cellule de coordination médicale a été créée pour faire émerger les initiatives des équipes et renforcer les partenariats avec les CHU de Bordeaux et de Toulouse. La direction commune avec l’hôpital de Villeneuve-sur-Lot s’inscrit dans cette logique, avec déjà des consultations avancées en urologie mises en place à Agen. Rappelons par ailleurs que sur la seule agglomération agenaise, près de 10 000 personnes restent aujourd’hui sans médecin traitant

Le CH Agen-Nérac en bref //

  • 2 180 agents et près de 275 praticiens, dont une soixantaine d’internes
  • 37 000 passages aux urgences et 250 000 consultations externes sur l’année
  • Activité médecine-chirurgie-obstétrique en hausse
  • 1 350 naissances à la maternité d’Agen
  • 352 lits et places en EHPAD, avec un taux d’occupation très élevé
  • Déficit ramené autour de 3 % des recettes

PSVL : entre innovations et grosses difficultés financières //

Après ceux du CH Agen-Nérac, le directeur hospitalier Jean-François Vinet a présenté ses vœux au personnel du Pôle de santé Villeneuve-Vallée du Lot faisant état d’une situation contrastée.

Présent à ce même pupitre en 2015, pour les tout premiers vœux du PSV fraîchement inauguré, Jean-François Vinet fait son retour une décennie plus tard, cette fois en tant que directeur commun des deux plus gros centres hospitaliers du Lot-et-Garonne. Et comme s’il voulait adoucir le choc des mauvaises nouvelles, il a d’abord insisté sur les belles réalisations de l’année écoulée. La toute première cœlioscopie par la technique chirurgicale « vNOTES » encore moins invasive a été réalisée en gynécologie au mois d’avril. De nouvelles procédures ont également fait leur apparition en urologie, dont le recours au système Urolift dans l’hypertrophie prostatique ou encore des biopsies par fusion d’image IRM/échographie assistées par intelligence artificielle… Un second scanner a été mis en service du côté des urgences, « facilitant la prise en charge et améliorant les délais d’accès aux examens ». Sur le volet humain, le PSVL a accueilli son premier infirmier en pratique avancée (IPA) en cardiologie. « C’est une étape importante dans l’organisation des parcours de soins et aussi l’une des réponses que l’on peut imaginer pour répondre à la difficulté de l’attractivité médicale sur le territoire », estime Jean-François Vinet. Enfin, autre évolution significative, le déploiement du dossier patient informatisé commun aux établissements du Groupement hospitalier de territoire (GHT 47). « Tout praticien prenant en charge un patient du département pourra avoir accès aux données de ce patient où qu’il se trouve dans la chaîne de soins. » Le PSVL se veut par ailleurs encore plus proactif dans l’accueil de ses internes et des praticiens diplômés hors Union Européenne (PADHUE), un élément clé pour tenter de garantir des effectifs médicaux suffisants dans les années à venir.

Plan de redressement

Cependant, la vie est loin d’être rose le long de la D911. Jean-François Vinet évoque une « forte dégradation » de la situation financière qui était déjà inquiétante. Les recettes stagnent pendant que les dépenses se sont « accentuées sensiblement dans le temps », un effet de ciseaux loin de se limiter au seul cas villeneuvois. « On se retrouve avec des équations budgétaires impossibles à équilibrer. » Pire, le PSVL « est sorti de la zone de confiance dans laquelle se situe la moyenne des établissements comparables ». Le déficit structurel s’élève à 12 M€, soit 15% du budget de 90 M€ quand la norme est plutôt de 3 à 5%. Délais de paiement allongés des fournisseurs, craintes de ne pas pouvoir honorer certaines charges à la fin de chaque mois (la rémunération du personnel et le paiement des produits pharmaceutiques restant une priorité)… L’ARS a donc placé la structure dans un plan de retour à l’équilibre, ce qui équivaut à un plan de redressement. Une aide « exceptionnelle » de 8 M€ a été accordée en urgence mais « elle implique en contrepartie des efforts ». Un audit « à 360 degrés » qui a déjà porté ses fruits du côté d’Agen-Nérac avec une « amélioration sensible de la situation financière » sera réalisé dans les mois à venir pour tenter de dégager des marges de manœuvre pérennes. Avec environ 12 000 séjours hospitaliers et 80 passages quotidiens aux urgences en moyenne, le PSVL joue un rôle majeur pour l’accès au soin de la population, bien au-delà de Villeneuve-sur-Lot.

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