ARCHIVES. L’autre histoire de l’aéroport d’Agen-La Garenne

Avant d’être un aéroport, La Garenne fut un terrain militaire. Avant d’accueillir des vols commerciaux, elle vit se poser un avion par hasard. Plus d’un siècle d’histoire aéronautique s’est écrit au sud d’Agen.

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©Photo Archives départementales Lot-et-Garonne

À l’origine, le site n’a rien de civil. Par convention signée avec l’État en 1910, la Ville d’Agen s’engage à fournir des terrains pour l’installation d’un champ de manœuvres destiné à l’artillerie. La guerre retarde le projet. Ce n’est qu’en mai 1921 que le terrain de La Garenne est effectivement remis à l’armée. Pourtant, dès 1913, lors de manœuvres militaires, un premier avion s’y pose. Un acte fondateur, presque anecdotique, qui marque pourtant l’entrée du ciel dans l’histoire agenaise.

Un terrain stratégique entre Bordeaux et Toulouse

Dans les années 1920, La Garenne devient officiellement un terrain de secours pour l’aviation. Situé à quatre kilomètres au sud de la ville, l’aérodrome n’occupe alors que 18 hectares prélevés sur le champ de manœuvres. Sa position géographique, à mi-distance entre Bordeaux et Toulouse, lui confère rapidement une valeur stratégique. Il s’inscrit sur les itinéraires militaires reliant Tours à Istres et sur la transversale aérienne prévue entre l’Italie et l’Aquitaine dans le cadre du plan Saconney.

Dès le milieu des années 1930, l’évolution des appareils impose de nouvelles exigences. Les pistes deviennent insuffisantes pour les avions lourds et rapides, notamment pour les opérations de nuit. En 1936, le ministère de l’Air décide l’agrandissement de l’aérodrome. Des terrains privés sont acquis, des équipements de navigation installés, et à la veille de la Seconde Guerre mondiale, La Garenne accueille une école de pilotage. Sous le régime de Vichy, les occupations sont régularisées et plus de 70 hectares sont intégrés à l’aérodrome. Après-guerre, le site reste longtemps sous contrôle militaire. Il est notamment utilisé pour la formation, en lien avec l’École des sous-officiers des transmissions, jusqu’au milieu des années 1990. Mais déjà, une autre ambition se dessine.

1973 : un aéroport pour désenclaver Agen

Au début des années 1970, la question du désenclavement d’Agen devient centrale. Coincée entre les métropoles de Toulouse et Bordeaux, la préfecture du Lot-et-Garonne cherche à exister dans les grands réseaux économiques. À l’échelle nationale, le trafic aérien intérieur explose. Pourquoi Agen resterait-elle à l’écart ? Les collectivités locales s’unissent. Communes de l’Agglomération, Conseil général, chambres consulaires, acteurs économiques et État portent ensemble le projet. L’objectif est de doter Agen d’un véritable aéroport civil, capable de relier rapidement la ville à Paris et d’attirer investisseurs et entreprises. Georges Caillau, alors président du syndicat mixte gestionnaire, y voit un moyen de pallier la sous-industrialisation du territoire.

Le 5 janvier 1973, l’aéroport d’Agen-La Garenne est officiellement inauguré. Robert Galley, ministre des Transports du gouvernement Pompidou, coupe le ruban tricolore. Ironie du sort, il arrive en voiture. Peu importe. On table alors sur 15 000 à 18 000 passagers annuels. Le projet ne se limite pas aux voyageurs, le fret fait partie des ambitions.

L’âge d’or des liaisons aériennes

L’aéroport vue du ciel en 1978.

En 1974, le Syndicat mixte pour l’aérodrome départemental (SMAD) est créé.La ligne Agen-Paris devient l’axe structurant de la plateforme. Pendant près de trois décennies, elle sera exploitée par une succession de compagnies : TAT, Air Littoral, Air Liberté, Airlinair, HOP!, puis Chalair. Des liaisons régionales complètent l’offre : Toulouse, Bordeaux, Limoges ou Bergerac, parfois avec correspondance pour Paris. Dans les années 1980 à 2000, l’aéroport connaît son apogée. Jusqu’à 40 000 passagers par an empruntent la ligne Agen-Paris, essentiellement des chefs d’entreprise et des professionnels, qui représentent les trois quarts de la clientèle. Mais l’équilibre reste fragile. À partir des années 2010, le modèle s’essouffle. La fiabilité et la fréquence des trains détournent progressivement les passagers de l’avion. En 2019, la fréquentation tombe à 14 000 voyageurs, loin du seuil minimal fixé à 25 000.

Les difficultés opérationnelles s’accumulent avec retards, annulations, résultats économiques décevants. Le 19 juin 2020, la ligne Agen-Paris ferme définitivement, après près d’un demi-siècle d’exploitation, pour un coût annuel avoisinant les trois millions d’euros pour les collectivités.


La fin des vols commerciaux ne signifie pas la disparition de l’aéroport. Aujourd’hui encore, Agen-La Garenne reste une plateforme active. Aviation d’affaires, vols privés français et étrangers, formation de pilotes civils et militaires, activités des clubs locaux et entreprises, continuent de faire vivre le site. Cela reste toutefois un défi constant pour le SMAD de faire (re)vivre le site, avec la disparition annoncée par Direction générale de l’aviation civile, des postes de contrôleurs aériens locaux.

Le drame du 22 juin 1999 //

C’est peut-être l’épisode le plus sombre de l’aéroport local. Peu avant 22 heures, un avion de parachutisme s’écrase à l’approche de la piste de l’aéroport La Garenne. L’appareil venait de larguer seize parachutistes, tous indemnes, lorsqu’un incident mécanique survient lors de la descente. Ne fonctionnant plus que sur un moteur, le CASA 212 tente une manœuvre de redressement au-dessus du seuil de piste avant de décrocher et de s’abattre dans un champ longeant la rocade. Le pilote et le copilote, prisonniers du cockpit, sont tués sur le coup. Aucun message de détresse n’est alors reçu par la tour de contrôle. L’enquête, confiée aux autorités judiciaires et à la gendarmerie des transports aériens, n’a jamais mis en cause les conditions météorologiques, le plus grave jamais survenu à La Garenne.

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