Municipales 2026 : continuité ou alternance à Penne-d’Agenais ?

Bastion de gauche pendant des décennies, le village de Penne-d'Agenais a basculé il y a 18 ans avec l'élection du maire de centre-droit Arnaud Devilliers. Ce dernier ne sera pas seul sur la ligne de départ.

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Arnaud Devilliers : conserver la ville avant de prendre l’interco ?

Avec déjà trois mandats de maire consécutifs à son actif, Arnaud Devilliers fait déjà partie des vieux briscards de la politique locale. L’année de son cinquantième anniversaire, il est bien décidé à repartir pour une quatrième boucle. Habitué aux joutes électorales, avec une victoire face au regretté Bruno Billoux en 2020 et une autre en 2014 contre Jean-Noël Denis et Gérard Combettes, Arnaud Devilliers voit se dresser devant lui un nouvel adversaire, en la personne de Pierre Ranger. « C’est une drôle de campagne. J’ai face à moi un attelage politique un peu particulier, au niveau idéologique comme dans ses méthodes. Une opposition qui me traite de menteur en public mais qui refuse un débat radiophonique », s’étonne le premier édile sortant. L’ambiance est d’autant plus électrique que les deux camps interprètent différemment le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC), publié au second semestre 2025. « Notre situation financière est saine, cela ne fait pas débat », soutient Arnaud Devilliers, reprenant les mots dudit rapport. Il balaie par ailleurs d’un revers de main l’accusation d’une thésaurisation au-delà du raisonnable.

Son équipe, « Penne pour tous », voit le retour de la moitié de ses élus, ouvrant ainsi une belle part à de nouveaux venus. Un équilibre pensé pour « maintenir la dynamique sans l’essouffler », explique le leader, vantant l’évolution jugée positive de la commune depuis 2008. « On peut le constater avec le gain de nouveaux habitants », illustre-t-il. Après un travail d’ampleur sur le bourg et la labellisation Plus beaux villages de France, le sortant assume vouloir poursuivre les grands aménagements avec, en plus de celui du gymnase déjà lancé, un nouveau gros morceau : le port de Penne. « C’est un autre pôle majeur. Aujourd’hui, c’est une entrée de ville que l’on traverse. Je veux que l’on s’y arrête désormais. Là où cet environnement est très routier, très minéral, nous souhaitons lui rendre une âme de village avec du charme, déployer un plan façades. Nous n’en sommes qu’au début de l’étude et cela prendra sûrement plus d’un mandat pour que cette vision prenne forme mais c’est un beau projet, qui plus est très complémentaire de l’autre rive. Il faudra aussi engager Fumel-Vallée du Lot (ndlr, FVL), le gestionnaire du port. On peut rêver de plein de choses, comme une école de voile par exemple », développe Arnaud Devilliers.

Une expérience « précieuse »

Selon lui, une certaine continuité s’impose. « Si l’on compte mes années comme secrétaire général, je cumule 25 ans de mairie et j’ai vu les conditions d’exercice évoluer. L’expérience sera très précieuse pour mener à bien les dossiers, rester dans un cadre de confiance avec l’ensemble des partenaires, en premier lieu l’État », estime le maire-candidat. Son regard dépasse par ailleurs les simples frontières de Penne. Déjà membre influent de l’opposition au Conseil départemental, Arnaud Devilliers ne serait pas contre un poste de président de l’intercommunalité. « Je prendrais ce rôle avec intérêt, passion et surtout un projet. Mais je ne serai certainement pas le candidat de la dissidence », prévient-il, soucieux de faire d’abord consensus avant de poursuivre le travail de valorisation de la vallée du Lot dans son ensemble, au-delà de FVL. Tout ceci bien évidemment en cas de victoire le 15 mars. « Une élection n’est jamais gagnée d’avance. Il sera essentiel de le faire comprendre à la population au moment de se mobiliser », glisse-t-il avec prudence. Avec 45% d’abstention sur Penne dans les circonstances que l’on connaît, le scrutin de 2020 s’était joué à moins de 100 voix.

Pierre Ranger : « repartir de zéro » //

En 2020, Pierre Ranger n’était pas là. Cet ancien directeur financier d’un grand groupe pétrolier a posé ses valises en bord de Lot il y a seulement trois ans, pour y mener une nouvelle vie agricole. « Je suis un nouvel arrivant », confirme l’intéressé qui a tout de même su convaincre une équipe comptant des Pennois pur jus, parmi lesquelles Maria Garrouste, qu’il était le mieux placé pour les guider jusqu’à la victoire. « Union pour Penne est une liste transpartisane animée par la seule volonté de changer les choses et de revenir à une politique plus humaine. On obtient de bien meilleurs résultats avec de l’écoute, et ce n’est pas le cas aujourd’hui sur de trop nombreux sujets », lance Pierre Ranger. En homme de chiffres, il s’est plongé dans la lecture du dernier rapport de la Chambre régionale des comptes et en tire un diagnostic « précis et documenté » : « On constate qu’il y a énormément de choses à améliorer au niveau de la lisibilité, les décisions sont trop concentrées, les politiques menées ne sont pas évaluées… Au final, le maire décide sans confrontation avec la réalité. Nous proposons de travailler différemment, avec une séparation plus conforme entre les élus et les administratifs, une réorganisation des services en fonction des compétences et surtout des initiatives portées collectivement avec les habitants. C’est une remise à plat complète », détaille Pierre Ranger. Ce dernier annonce aussi une rupture dans la gestion financière : « Les Pennois doivent savoir où va leur argent. La commune garde plus d’un an de budget de fonctionnement en provision. À ce niveau, c’est anormal et hors cadre d’une gestion classique. Il faut repartir de zéro avec une base neuve pour le budget et bâtir sur six ans, afin de mener une politique cohérente et non plus au coup par coup. En anticipation de temps plus difficiles, nous ne dépenserons que le minimum mais de manière judicieuse et aux bons endroits. » Revendiquant le « bon sens rural », la tête de liste prône un retour à l’essentiel.Cela commence avec la réintroduction d’une cuisine maison à la cantine de l’école. « La cuisine centrale de Villeneuve propose à nos enfants une restauration pensée pour les Ehpad », regrette Pierre Ranger. L’enfance et la jeunesse sont décidément au cœur du programme avec une « prime à la naissance et un suivi jusqu’aux 3 ans de l’enfant » et dans le même temps, de l’autre côté du spectre des âges, le renforcement du CCAS. À la dimension intergénérationnelle s’ajoute le volet associatif avec la création d’une « maison des associations » et d’un calendrier centralisé des manifestations. « On doit jouer un rôle facilitant, tout ça au bénéfice final des habitants. »

Des animations jusque dans les hameaux ruraux

Sur le plan de la santé, Pierre Ranger considère que « tous les leviers n’ont pas été activés pour attirer des médecins, notamment en matière d’incitation financière et d’accompagnement pour le logement, le travail du conjoint, l’école des enfants… » Il n’exclut pas la possibilité de primes à l’installation car il s’agit « d’investissements à long terme ». Union pour Penne entend soutenir l’économie locale et le tourisme « responsable » en misant sur les artisans et les petits commerçants, en encourageant les circuits courts. Enfin, Pierre Ranger envisage de convertir des bâtiments communaux comme l’ancien hôtel de ville en espaces culturels pour une école des arts, des troupes et des groupes accueillis gracieusement, en échange d’une programmation pour les habitants. « La ville ne se limite pas au centre-bourg. On pense aussi à tous les hameaux ruraux dans lesquels on veut réintroduire des animations qui n’existent malheureusement plus. »

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