La gronde avait déjà commencé avec une manifestation le 12 mars dernier devant le siège de l’inspection académique. Elle est encore montée d’un cran vendredi 3 avril devant les grilles de la préfecture avec un appel au boycott, réussi, du Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN). Cette étape décisive pour la validation du projet de carte scolaire 2026 est ainsi repoussée au lundi 20 avril. Les syndicats enseignants (FSU, UNSA et FO), appuyés par des représentants de parents d’élèves, rejettent en bloc la proposition émise par le DASEN* Alexandre Falco et ses services. Pour ce qui est du premier degré, ils dénoncent une balance fermetures/ouvertures largement négative que ce soit au niveau des classes ordinaires (16 contre 2), des classes dédoublées (4 contre 1) et de l’accueil des tout-petits (1 fermeture sèche). Les « victimes » sont réparties dans les trois circonscriptions, aussi bien dans les villes qu’en campagne. Le Lot-et-Garonne est appelé à « rendre » une douzaine de postes, 11,5 équivalents temps plein pour être précis.
Moins d’élèves par classe malgré les fermetures
Pour Alexandre Falco, cette analyse est à mettre en perspective avec une dure réalité, celle du « mur démographique » auquel se heurte le département comme le reste de l’académie et le pays tout entier. Il annonce une baisse de la population scolaire de 498 enfants dans le premier degré à la prochaine rentrée (et de 312 dans le second degré). Les préconisations de la nouvelle carte scolaire, sous réserve d’officialisation, auront donc une conséquence inattendue : « Les taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre d’élèves par enseignant, vont continuer à s’améliorer pour descendre, en moyenne, sous la barre des 20 enfants par classe », assure Alexandre Falco. Le directeur rappelle par ailleurs que le Lot-et-Garonne a été relativement épargné par les « restitutions » de postes les années précédentes. « On peut s’en féliciter, dit-il. Maintenant, le département s’assoit à la table de la solidarité académique. »
Le DASEN vante la progression dans le domaine de l’inclusion avec la création de 6 ETP de coordinateurs de Pôles d’appui à la scolarité (PAS). Ce dispositif a pour objectif d’apporter une réponse très rapide dès que les enseignants décèlent des retards dans l’apprentissage. En distinguant ce qui relève de la difficulté scolaire ou du handicap, des aides pédagogiques et/ou paramédicales peuvent être déclenchées. « Ce sont six emplois, bientôt doublés, qui viennent en renfort des plus fragiles », insiste Alexandre Falco. « C’est à la fois normal et une bonne chose. Mais il ne s’agit pas pour autant de postes qui seront au contact direct des enfants. Et cela ne peut en aucun cas justifier la suppression de postes dans les classes », insiste Sandrine Tastayre, co-secrétaire départementale FSU-SNUipp.
Les RPI sous le feu des projecteurs
La situation en ruralité inquiète les syndicats. Là encore, le directeur académique tempère : « Il y a 54 RPI (ndlr, Regroupements pédagogiques intercommunaux). On sait qu’à cause de la démographie, la moitié sont en difficulté. Seulement quatre d’entre eux sont concernés par des fermetures, et ces quatre présentent plus de trois classes. Et pour que les élus puissent élaborer leurs réflexions pour les années à venir, je me rendrai dans toutes les assemblées intercommunales dans les prochaines semaines afin que l’on puisse continuer à travailler sur ces coopérations, qui peuvent être géographiques et interdegrés (CM2-6e par exemple). À la fin, ce sont les élus qui décideront s’il faut maintenir des classes dispersées au sein du RPI ou au contraire concentrer un maximum ou encore élargir le périmètre. » Les organisations enseignantes estiment que les petites écoles rurales sont malmenées par les recherches d’économies, cela se traduisant en certains endroits par de grandes amplitudes de niveaux. « Lorsqu’un inspecteur prétend qu’enseigner à plus de 20 élèves sur un quadruple niveau est tout à fait faisable, nous l’avons mis au défi de prendre la classe pendant une semaine à la rentrée pour qu’il nous montre comment faire. Car nous, après 30 ans d’ancienneté, nous n’y arrivons pas. »
En ville aussi, ça coince
En ville, le constat est tout aussi amer, à l’image de la fermeture prévue à l’école Joseph-Bara, dans le quartier Carnot. « Il faut bien avoir en tête qu’une partie des enfants sont allophones, d’autres rencontrent des difficultés sociales. Et malgré cela, on vient encore durcir les conditions d’apprentissage en surchargeant les classes », regrette un représentant de parents d’élèves FCPE sur la commune. D’une manière générale, les signaux envoyés suscitent la consternation. « Le message, en substance, c’est qu’il y a des endroits où il ne vaut mieux pas habiter : pas en ruralité, pas en banlieue, pas en centre-ville… La Constitution garantit pourtant l’égalité d’accès à l’éducation », soupire Sandrine Tastayre. La syndicaliste de poursuivre : « La baisse démographique, certes réelle, ne peut pas excuser ces coupes. On parle de nos enfants. »
Plusieurs formations politiques de gauche s’élèvent contre cette carte scolaire. « Dans nos territoires ruraux, chaque fermeture de classe porte atteinte à l’attractivité de nos communes, à la vitalité de nos villages et à l’égalité entre les territoires. Dans les secteurs marqués par des difficultés sociales plus importantes, elle compromet la capacité de l’école à remplir pleinement sa mission de soutien, d’émancipation et de réussite pour tous », écrit la majorité départementale dans un communiqué.
*Directeur académique des services de l’Éducation nationale.
La démographie scolaire en chiffres //
Premier degré
498 élèves en moins à la rentrée
304 écoles – 1150 classes
65% ont un taux d’encadrement inférieur ou égal à 21 élèves par classe
5% ont un taux d’encadrement supérieur à 25 élèves par classe
À la rentrée 2026, le taux d’encadrement moyen en Lot-et-Garonne devrait être de 19,9 enfants par enseignant (il s’élevait à 22,4 en 2021).
Second degré
312 élèves en moins à la rentrée
27 équivalents temps plein en moins sur l’ensemble du département
19 divisions supprimées
25,4 élèves par professeur à la rentrée







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