Jean-François Fonteneau : « On n’a plus le luxe d’attendre », financièrement, le SUA LG a besoin de se réinventer

Fragilisé par un modèle économique sous tension, le SU Agen doit impérativement trouver de nouveaux leviers financiers. Entre contraintes budgétaires et ambitions sportives, l’équilibre reste précaire.

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Le ton est posé d’entrée. Réunis à Armandie pour un long point presse, les dirigeants du SU Agen n’ont pas cherché à masquer la réalité. Avant même d’aborder le sportif, le président Jean-François Fonteneau a tenu à planter à nouveau un décor que l’on connaît depuis plusieurs années désormais : celui d’un SUA en quête de stabilité dans un environnement de plus en plus exigeant. « Nous devons avancer avec une approche maîtrisée », explique-t-il. « La situation n’est pas simple, et elle ne concerne pas que nous. Mais il faut être lucide pour construire. » Et pour cause, depuis deux saisons, le SUA tente de contenir ses dépenses tout en restant compétitif en Pro D2, avec notamment une baisse progressive de la masse salariale ces dernières années. Un exercice d’équilibriste qui place aujourd’hui le club « à la croisée des chemins ».

Un modèle économique sous pression

Le cœur du problème est clairement identifié comme un modèle économique encore fragile. Avec un budget qui devrait se situer autour de 11 millions d’euros la saison prochaine, contre un peu plus de 12 millions cette saison, le SUA reste à distance des plus grosses cylindrées de Pro D2, tout en se maintenant dans le haut du classement des budgets. « Les écarts sont structurels », souligne le président Fonteneau. « Les droits télévisés, par exemple, sont répartis à environ 70 % pour le Top 14 contre 30 % pour la Pro D2. Cela crée une différence importante dès le départ. » Le club sort par ailleurs d’une saison déficitaire, obligeant son président à combler personnellement une partie du manque, à hauteur d’environ 2 millions d’euros cette saison. Une situation qui ne peut perdurer. « Je ne peux pas continuer indéfiniment à injecter des fonds. À un moment, il faut que le modèle tienne par lui-même », glisse-t-il.

Dans ce contexte, les partenariats apparaissent comme la clé de voûte du système, représentant environ 65 % des recettes, quand la billetterie ne pèse que très marginalement dans le budget global. « Il faut renforcer nos liens avec les entreprises locales », insiste le président. « Le club est un acteur du territoire, et il doit s’appuyer sur ses forces économiques. » Derrière ces considérations financières se cache une inquiétude plus profonde, celle d’un déclassement sportif. Le président ne détourne pas le regard. « On ne peut pas imaginer le SUA descendre en Nationale ou en Nationale 2 », alerte-t-il. « Ce serait extrêmement préoccupant, notamment au regard de nos infrastructures et de notre histoire. » Un discours qui tranche par sa franchise et traduit l’urgence de la situation. Pour éviter ce scénario, le club doit impérativement consolider ses bases économiques. « Il faut créer une dynamique, trouver des solutions rapidement. On n’a plus le luxe d’attendre », ajoute-t-il.

Le dossier du stade au cœur des débats

Parmi les charges qui pèsent sur les finances agenaises, le stade Armandie occupe une place centrale. Son coût global avoisine 1,3 million d’euros par saison, entre le loyer et les frais d’exploitation. « C’est un fardeau », reconnaît le président Fonteneau. À cela s’ajoute une situation particulière : le SUA n’est pas propriétaire de son enceinte, ce qui limite ses marges de manœuvre. « On investit beaucoup, mais sans avoir la maîtrise complète de l’outil. C’est une équation compliquée », poursuit-il.

Dans ce contexte, le projet de terrain synthétique apparaît comme une piste concrète pour réduire les coûts. Il y a quelques semaines, Fabien Haas, le directeur général du Sporting, nous confiait la nécessité de voir l’avenir sur un synthétique : « La question de la pelouse est un enjeu majeur. Une pelouse synthétique ouvrirait énormément de possibilités financières pour le développement du stade. » Un projet largement soutenu par le staff, qui pourrait changer la donne à moyen terme. « Aujourd’hui, presque tous les clubs s’équipent », observe Mauricio Reggiardo, non sans humour : « Je mets un peu la pression… » Au-delà de l’aspect sportif, l’argument économique est déterminant. L’entretien d’une pelouse synthétique représenterait un coût bien inférieur à celui d’un terrain naturel, pour un investissement initial estimé autour du million d’euros. « C’est un investissement, mais il peut être amorti », précise le président. « Et cela ouvre aussi la porte à d’autres événements. »

Trouver un second souffle

Face à ces défis, le SUA s’organise. De nouvelles pistes de développement sont explorées, notamment du côté du réseau économique local et national. Le club mise aussi sur son exposition médiatique pour séduire de nouveaux partenaires. « On reste une vitrine importante, avec une visibilité nationale », rappelle-t-il. Le mot de la fin est pour le président : « On est à un moment charnière. Les décisions que l’on prend aujourd’hui vont conditionner la suite. »



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