Artisans du bâtiment : dans le Lot-et-Garonne, le cri d’alarme d’une profession sous pression

Entre flambée des coûts du carburant, réforme contestée des déchets et incertitudes économiques, les artisans du bâtiment du Lot-et-Garonne alertent sur une situation devenue critique. La Capeb évoque une « crise de trop ».

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Dans les ateliers comme sur les chantiers, le constat est désormais partagé. L’équilibre économique des petites entreprises du bâtiment vacille. Réunis autour de la Capeb du Lot-et-Garonne, les représentants de la profession ont dressé un tableau préoccupant d’un secteur soumis à une pression croissante.

« On nous demande d’être performants, écologiques, compétitifs… tout en absorbant des hausses que nous ne maîtrisons pas », résume Amar Hocine, le président du syndicat. Pour lui, l’accumulation des crises (pandémie, inflation liée aux conflits internationaux, et désormais flambée des carburants) constitue un point de rupture. « Cette fois, c’est peut-être la crise de trop. » Dans un département rural comme le Lot-et-Garonne, où les déplacements sont quotidiens et souvent longs, la hausse des prix à la pompe pèse directement sur les marges. « Chaque trajet devient un coût supplémentaire difficile à répercuter », observe-t-il.

Des sociétés prises dans l’étau

Au-delà du carburant, c’est toute la chaîne économique du bâtiment qui est touchée. Les matériaux suivent la même trajectoire inflationniste, parfois de manière brutale. « En quelques semaines, certains fournisseurs annoncent plusieurs hausses successives. On ne peut plus sécuriser un devis », explique Martine Châtelain, Vice-Présidente de la Capeb Lot-et-Garonne. Cette volatilité complique la gestion quotidienne des entreprises, déjà confrontées à des dispositifs publics jugés instables. La gestion de MaPrimeRénov’, souvent modifiée, alimente le flou auprès des clients comme des professionnels. Dans ce contexte, la Capeb alerte également sur un aspect moins visible mais tout aussi préoccupant : la fatigue psychologique des dirigeants. « On parle beaucoup d’économie, mais derrière, il y a des femmes et des hommes isolés, qui doivent tout absorber », insiste Amar Hocine.

Une réforme contestée sur le terrain

Autre point de crispation : la mise en œuvre de la filière REP PMCB (responsabilité élargie des producteurs pour les matériaux de construction). Pensée pour améliorer la gestion des déchets, la réforme suscite de vives critiques chez les artisans. Sur le principe, la profession ne conteste pas l’objectif environnemental. Mais dans les faits, l’application pose problème. « On paie une éco-contribution à l’achat, mais sur le terrain, les solutions ne suivent pas toujours ». Le principal écueil reste le manque de points de collecte en zones rurales. « Si un artisan doit parcourir 40 ou 50 kilomètres pour déposer ses déchets, il perd du temps et de l’argent. Au final, c’est une double peine », poursuivent-ils. La CAPEB redoute que ces contraintes supplémentaires finissent par renchérir les chantiers, voire décourager certaines activités.

Des demandes précises

Face à cette situation, l’organisation professionnelle ne se contente pas de dresser un constat. Elle formule plusieurs propositions concrètes pour tenter de desserrer l’étau. Parmi elles : un encadrement plus strict des hausses de prix, avec un délai de prévenance pour permettre aux entreprises d’anticiper, mais aussi des mesures pour amortir le coût du carburant. Sur la question des déchets, la CAPEB plaide pour un maillage territorial plus cohérent et une vigilance accrue sur les éco-contributions. « Les petites entreprises ne doivent pas devenir les variables d’ajustement d’un système encore instable », insiste Amar Hocine. Plus largement, les artisans demandent à être davantage associés aux décisions publiques. « Chaque réforme devrait être évaluée à l’aune de ses effets sur les plus petites structures », souligne-t-il.

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