L’étau ne se desserre pas. Trois mois après les élections, l’atmosphère au conseil municipal de Villeneuve-sur-Lot reste agitée. L’assemblée était réunie mardi 23 juin, avec un ordre du jour chargé. Parmi les 50 dossiers à l’étude, quelques gros morceaux avec l’approbation du compte de gestion 2025 et le vote d’un « budget supplémentaire » 2026. De manière tout à fait prévisible, les divergences politiques entre le camp majoritaire de Guillaume Lepers et les oppositions à sa droite comme à sa gauche sont réapparues.
Plusieurs sujets sont revenus sur la table. L’équipe Villeneuve C’Vous reproche la trajectoire de fin mandat « qui se tend ». « Une épargne brute qui recule pour la deuxième année consécutive et une dette qui bondit de sept millions supplémentaires en une seule année, celle qui précédait l’élection. On a beaucoup dépensé avant le scrutin, la facture n’arrive qu’après », déplore le leader Thomas Bouyssonnie. Du côté de la droite patriote estampillée RN, les allées Georges-Leygues ne sont toujours pas digérées : « Un fort endettement, mais pourquoi avons-nous de la dette ? Même avec une bonne calculette, on ne sait pas exactement combien nous ont coûté ces allées. Quand on se permet de dépenser de telles sommes, on peut payer une climatisation à nos enfants qui crèvent de chaud. Je ne vois pas la logique ni le cap », s’interroge Geoffroy Gary. Le maire a, un peu ironiquement, donné « raison » à ses adversaires sur les questions de timing. « J’avais dit qu’on essaierait de faire un maximum d’investissements dès le début du mandat (ndlr 2020-2026), ce qu’on a d’ailleurs beaucoup fait dans les écoles qui demandaient beaucoup de travaux d’urgence. Je pensais qu’on irait plus vite mais on est tombés dans une période pas simple. Plusieurs chantiers ont aussi demandé plus de temps que prévu. Je pense au stade ou à l’église Sainte-Catherine. Sur les allées Georges-Leygues, c’est un peu ma faute. J’ai voulu faire plaisir à nos commerçants et j’ai imposé qu’on ne ferme jamais complètement la circulation, ce qui a provoqué un étalement dans le temps. Donc tout est arrivé un peu au même moment, en fin de période. Mais avec le recul, je vais dire tant mieux parce que cela nous a permis d’énormément négocier les subventions, d’être sûr qu’on avait récolté chaque centime là où on le pouvait », analyse Guillaume Lepers. Ses adjoints rappellent un reste à charge pour la commune de 1,8 M€ pour le principal projet urbanistique du mandat. Quant au recours massif à l’emprunt, « ce n’est pas un gros mot, car c’est pour investir sur des projets structurants pour des décennies ». La majorité insiste sur sa « bonne gestion » des comptes de la Ville avec des ratios de pilotage respectés.
Une masse salariale en hausse
Alors que des agents municipaux ont manifesté il y a quelques jours de cela, l’évolution de la masse salariale et sa typologie ont été contestées. Geoffroy Gary observe une progression de la masse salariale par rapport à 2019 (+30 équivalents temps plein, +3 M€), avec une baisse du nombre de fonctionnaires titulaires pour un recrutement plus important de contractuels. Il y voit « une politique de précarisation de la fonction territoriale et des agents, qui sont, je pense, assez maltraités ». Un avis appuyé par « l’irresponsabilité » de l’augmentation des indemnités des élus, très fortement décriées lors de leur vote, y compris par la gauche. Guillaume Lepers assume les renforts en matière de sécurité, de propreté, d’éducation et jeunesse. Vis-à-vis des contractuels, le premier édile y voit une évolution des demandes des jeunes ainsi qu’une volonté de recruter de manière plus saisonnière et non plus permanente quand les besoins se font sentir, sur les espaces verts par exemple. L’accusation de « précarisation » est renvoyée dans les cordes par un rappel de la mise en place, entre autres, des primes « Macron » en leur temps.
Austérité ou optimisation ?
Thomas Bouyssonnie s’est offusqué pour sa part du budget supplémentaire, pensé pour ajuster le budget primitif, voté en novembre dernier, en tenant compte des restes à réaliser, des dépenses nouvelles ou encore des baisses de recettes fiscales imposées par l’État. Afin d’équilibrer dépenses et recettes, la municipalité a fait le choix d’amputer ses services de 163 000 € de crédits de gestion et de mettre de côté près de 1,5 M€ initialement prévus dans les opérations d’investissement. L’avocat dénonce « la limite de la méthode » de vouloir voter un BP à la fin de l’année précédente au lieu d’attendre le printemps où tous les éléments sont connus. Ce à quoi Guillaume Lepers a… acquiescé. Sur le fond, les critiques sont tout aussi acerbes. « C’est comme un mauvais remake de la cigale et la fourmi. 163 000 € pris sur les services, c’est leur faire les poches en urgence pour rectifier le tir. Pour les services, les familles et les agents : le rabot. Pour les indemnités des élus : le tapis rouge. On entend comme une petite musique d’austérité. On coupe pour préserver l’affichage », lance Thomas Bouyssonnie. Ce dernier vilipende en outre « un mandat qui n’avance pas » du point de vue des grands projets promis pendant la campagne. « Le seul chantier visible du mandat, c’est celui des économies. » De quoi déclencher l’ire du maire : « C’est un sketch quand vous dites que les travaux n’ont pas commencé, une hérésie. Ça fait seulement trois mois depuis l’élection, avec de nombreux nouveaux élus. Un projet, ça se construit, ça se chiffre et ça doit attendre d’avoir un maximum de subventions. Et oui, on demande des efforts à nos services, comme au premier mandat, pour optimiser l’utilisation de l’argent public. »
Un climat tendu
Cette séance du conseil illustre bien le climat entre les différents protagonistes. Guillaume Lepers n’a pas hésité à souligner la « démagogie » de certains propos incriminants et le fait de « faire dire aux chiffres ce qu’ils ne sont pas ». Geoffroy Gary a demandé que soit inscrit dans le compte-rendu que l’adjoint Michel Laville l’a traité de « charlot ». Il a aussi exigé d’obtenir des explications sur les applaudissements narquois d’un autre membre de la majorité, Patrick Léger, après une intervention de Thomas Bouyssonnie, pour appeler ensuite à un « recadrage ». Ambiance…
Hausse des tarifs municipaux : priorité aux Villeneuvois
Revendiquant son attention au pouvoir d’achat et à l’accès à la culture, le groupe Villeneuve C’Vous n’a pas franchement salué la révision de certains tarifs municipaux. L’objectif de la majorité : approcher les recettes des coûts réels de fonctionnement des équipements culturels et de préserver leur équilibre financier. Au théâtre Georges-Leygues, l’effort porte principalement sur la billetterie. Les tarifs réduits augmentent dans l’ensemble des catégories afin de tenir compte de la hausse des coûts de programmation et de fonctionnement. Les spectacles jeune public passent à 6 euros par place, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, tandis que le forfait famille est supprimé. Les tarifs des séances scolaires sont également revus à la hausse. À la bibliothèque, la Ville augmente les abonnements des usagers ne résidant pas à Villeneuve-sur-Lot. Les habitants de l’agglomération paieront désormais 18 € par an contre 15,50 € auparavant, et les résidents hors CAGV passeront à 20 €. Les locations de salles et des chalets pour la Bastide enchantée sont relevées. Enfin, concernant le taux d’effort appliqué au calcul du prix des repas scolaires, la hausse est de 0,39% mais il s’agit surtout de la correction d’une « erreur matérielle ». Guillaume Lepers s’explique : « La culture a toujours été une priorité. Lors du dernier mandat, c’est le seul budget qu’on n’a jamais baissé mais toujours augmenté. Je souhaite de plus en plus qu’on différencie les tarifs entre les Villeneuvois qui paient beaucoup d’impôts à Villeneuve, les cousins de la CAGV et les autres. Dans chaque domaine, culture ou sport, je veux une priorité aux Villeneuvois, qu’ils aient des avantages par rapport aux autres. On ne s’interdit rien, même dans les subventions à certaines associations pour s’assurer qu’elles profitent vraiment aux Villeneuvois. »







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