Feu de forêt : quand la réalité rattrape l’exercice des pompiers du Lot-et-Garonne

Quelques jours seulement après avoir simulé un incendie géant dans les Landes de Gascogne, les sapeurs-pompiers du Lot-et-Garonne ont été confrontés à leur premier feu d'ampleur de l'été. Une intervention qui donne un relief particulier à l'exercice organisé à Houeillès.

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Mardi 23 juin dans l’après-midi, les flammes ont parcouru près de 94 hectares de forêt entre Durance et Boussès, dans l’ouest du Lot-et-Garonne. Durant plusieurs heures, 180 sapeurs-pompiers, appuyés par d’importants moyens aériens et des renforts venus de plusieurs départements voisins, ont lutté contre ce qui constitue le premier incendie majeur de la saison dans le département. Pour les hommes et les femmes du SDIS 47, cette intervention avait pourtant un goût de déjà-vu.

Quelques jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, au cœur du massif forestier des Landes de Gascogne, ils participaient à un exercice grandeur nature imaginant précisément ce type de situation. À Houeillès, sur le site de l’école départementale du SDIS, près de 80 représentants des services de secours, de l’État et des collectivités locales avaient été réunis autour d’un même objectif : préparer le territoire à faire face à un feu exceptionnel. « On veut consolider notre préparation collective face à ce type d’événement », expliquait alors le préfet de Lot-et-Garonne Bruno André.

Un scénario qui résonne aujourd’hui différemment

Lors de cette simulation, les organisateurs avaient imaginé un départ de feu dans le massif forestier landais. Attisé par le vent, l’incendie progressait à une vitesse estimée à 1 800 mètres par heure, menaçait plusieurs communes et nécessitait l’engagement de moyens considérables. Au poste de commandement, les équipes du SDIS suivaient l’évolution du sinistre sur des outils de simulation reproduisant le comportement réel d’un feu de forêt. Les autorités devaient coordonner les secours, organiser la circulation, anticiper d’éventuelles évacuations et solliciter l’appui des moyens aériens nationaux. Si l’incendie de Boussès est resté loin du scénario extrême imaginé à Houeillès, plusieurs des leviers opérationnels répétés quelques jours auparavant ont bel et bien été mobilisés sur le terrain.

Canadair, renforts, évacuations…

À plusieurs égards, l’intervention menée à Boussès et Durance a reproduit des schémas déjà travaillés lors de l’exercice. Dès les premières heures, le préfet a activé le Centre opérationnel départemental afin de coordonner l’ensemble des services engagés. Sur le terrain, les gendarmes ont assuré la sécurisation du secteur et la fermeture des axes routiers. Les habitants de Boussès ont été invités à se confiner tandis qu’une famille de cinq personnes était évacuée par précaution. Dans le même temps, des renforts extra-départementaux étaient acheminés depuis les Landes, la Gironde, la Dordogne, le Gers et les Pyrénées-Atlantiques. Autant de décisions qui figuraient déjà parmi les réponses envisagées lors de la simulation organisée à Houeillès. Dans le ciel, deux Dash et quatre Canadair ont multiplié les largages afin de ralentir la progression du feu. Le parallèle est d’autant plus frappant que le massif forestier concerné est le même que celui choisi pour l’exercice.

« L’excellence de l’interservices lot-et-garonnais »

À Houeillès, les pompiers n’étaient pas les seuls à s’entraîner. Le Samu travaillait sur la prise en charge des victimes potentielles. Les gendarmes préparaient la sécurisation des zones menacées. Les associations de sécurité civile anticipaient l’accueil des populations déplacées. Les maires des communes exposées étaient également associés à la réflexion afin de mesurer les décisions qu’ils pourraient être amenés à prendre en situation réelle.

 Pour renforcer le réalisme de l’exercice, les organisateurs avaient multiplié les difficultés : blessés fictifs parmi les secours, infrastructures sensibles menacées, évacuations d’établissements recevant du public ou encore déclenchement du système national FR-Alert. Au fil des heures, le scénario prenait une ampleur spectaculaire. Dans cette fiction opérationnelle, le feu avait déjà parcouru près de 1 000 hectares avant de menacer directement Casteljaloux. Jusqu’à 1 500 sapeurs-pompiers étaient alors mobilisés, épaulés par les moyens aériens de la Sécurité civile. « Ces exercices servent autant à tester les dispositifs existants qu’à préparer les futures générations de responsables opérationnels. Ils permettent d’aguerrir l’ensemble des acteurs qui, demain, pourraient être amenés à gérer une crise réelle. Nous disposons d’un territoire riche en compétences, en organisation et en préparation », soulignait à l’issue de la manœuvre le directeur du SDIS 47, le colonel Pierre Hierholtz. « l’excellence de l’interservices lot-et-garonnais », salué la semaine dernière, a donc rapidement été mis à l’oeuvre.

Le feu de Boussès n’a évidemment pas atteint une telle ampleur. Aucune habitation n’a été détruite et aucune victime n’est à déplorer. Mais l’incendie rappelle à quel point les scénarios travaillés par les services de secours ne relèvent plus de la simple hypothèse. Alors que le département est confronté à des épisodes de chaleur de plus en plus précoces et que les massifs forestiers du sud-ouest demeurent particulièrement vulnérables, la simulation organisée à Houeillès apparaît aujourd’hui moins comme un exercice théorique que comme une répétition général…

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