Séverine Besson, les bienfaits du bon sens agricole //


Éloignée de la place politique pendant quelque temps, Séverine Besson n’a pas eu de difficultés à boucler sa liste. Elle partait pourtant face à deux anciens colistiers (André Forget, Jacques Borderie) toujours au cœur du jeu et au principal opposant (Jean-Paul Péreuil) solidement implanté à gauche. « Cela nous permet de voir à quel point notre démarche a séduit dans le village », explique celle qui n’a pas eu peur de partir tôt en campagne pour prendre le temps de convaincre. « J’ai croisé des gens qui n’osaient pas s’engager face à tous ces candidats, par peur d’on-ne-sait-quoi. Cela témoigne d’une certaine ambiance, très, très politisée. Et finalement, ceux qui ont rejoint notre équipe ont apprécié notre côté sans étiquette », glisse Séverine Besson. Fait intéressant vis-à-vis de la parité réglementaire, sa liste « Livradais(es), osons le changement » a d’abord séduit la gente féminine. « Contrairement à beaucoup d’autres candidats ruraux, j’ai eu les femmes avant les hommes », sourit-elle.
La démarche du binôme Séverine Besson-Malika Briri a suscité de l’engouement hors des sentiers battus et leur secteur professionnel de prédilection n’y est probablement pas étranger. Productrice, entre autres, de fraises, la tête de liste défend le bon sens paysan. « En tant qu’agriculteur, on est toujours dans le concret, pas dans le tape-à-l’œil. Au vu du contexte de notre profession, on se doit de toucher à tout avec rigueur et combativité : production, gestion financière, dossiers de subventions, ressources humaines, respect de l’environnement… On doit aussi être bricoleur d’une certaine manière. Les gens se rendent compte de la difficulté de l’exercice. Pour les élections municipales, ça peut être un atout. »

Si Séverine Besson retente une nouvelle fois l’expérience électorale, après avoir déjà été adjointe au maire en charge de l’urbanisme et élue départementale, c’est parce qu’elle « ne reconnaî[t] pas Sainte-Livrade ». « Chaque discussion tourne autour de l’état des rues, des trottoirs, des saletés. On n’ose même plus regarder vers le haut quand on se balade. Il faut, je pense, revenir un peu à l’essentiel d’une ville bien entretenue. On peut aussi amorcer une dynamique. Il y a des idées innovantes à déployer pour recréer un tissu commercial et un parc de logements qualitatifs. Si on veut faire venir des investisseurs, il faut montrer la voie avec des rénovations stratégiques », note Séverine Besson, très attachée par ailleurs au cadre de vie des enfants dans les écoles, qu’elle ne juge pas aujourd’hui à la hauteur de l’enjeu.
Jean-Paul Péreuil, face à ceux « qui n’ont pas eu le courage de faire » //

C’est avec un œil de spectateur, non pas amusé mais plutôt dépité, que Jean-Paul Péreuil observe l’affrontement politique entre trois anciens alliés de Pierre-Jean Pudal, tout en étant lui-même dans l’arène. « Qu’ils se déchirent, c’est leur problème, pas le nôtre. Mais le fait même d’assister à toutes ces scissions souligne les dysfonctionnements de la ville et l’absence d’écoute du maire. Et cela, nous l’avions vu arriver il y a déjà plusieurs années », déplore celui qui s’est imposé comme le chef de file de l’opposition municipale, quand la majorité semblait encore à peu près soudée. « Quand je vois que certains éléments de notre programme de 2020 sont aujourd’hui repris par certains, je trouve cela positif. Sauf que prétendre qu’on va lancer le renouveau après n’avoir rien fait par manque de courage pendant six voire douze ans en étant aux responsabilités, c’est peu crédible », lance-t-il.
Sans grande surprise, Jean-Paul Péreuil prône une grande remise à plat sur un certain nombre de sujets, à commencer par le fonctionnement interne du vaisseau municipal. « Il faut renouer un dialogue sain avec tous nos agents, à l’accueil en mairie, dans les services techniques, dans les écoles… L’ambiance dégradée un peu partout finit par nuire au service rendu à la population. Les activités périscolaires ne répondent plus à l’attente des parents. Le fait que notre accueil de loisirs ne soit pas piloté en régie empêche de mener une politique jeunesse globale et cohérente. Nous avons un nouveau centre social qui fait doublon avec le CCAS, la ville est moins bien entretenue qu’avant, les incivilités augmentent… » L’état des lieux dressé par Jean-Paul Péreuil ne prête guère à l’optimisme. « On a toujours souhaité se montrer constructifs. Pour l’îlot Porte Campagne, par exemple, on était favorable au fait d’en finir avec cette verrue en centre-ville. Mais ce n’est pas, à mon sens, comme cela qu’il fallait prendre le dossier. Se rêvant en maire-bâtisseur, Pierre-Jean Pudal s’est lancé dans un chantier pharaonique, comme celui de la médiathèque, sans savoir ce que ça nous coûterait ensuite en frais de fonctionnement. Sur la santé, notre maire médecin a laissé partir plusieurs confrères et se réveille finalement juste avant les élections… Et en plus, il continue de s’arc-bouter sur le mode d’exercice libéral sans voir que la mixité des statuts libéral-salarié devient vitale. C’est à cause de ça que beaucoup de maisons de santé sont des coquilles vides. » Avec sa liste, Jean-Paul Péreuil entend bien entamer une période d’alternance pour Sainte-Livrade.
Jacques Borderie souhaite la succession par la rupture //

Cadre important de l’équipe Pudal, Jacques Borderie a mis le feu aux poudres lorsqu’il a officialisé en 2025 son souhait de partir en campagne. « Je ne veux pas créer de guerre ni me venger de certaines critiques ou attaques. Je n’ai pas de rancœur. Je suis simplement là pour parler de l’avenir de Sainte-Livrade. Ce que j’ai à vendre, c’est un engagement sincère détaché de toute ambition personnelle, un programme et un comportement », explique-t-il. Par ce dernier terme, l’ancien entrepreneur ne laisse guère de doute sur son détachement vis-à-vis du mandat qui s’achève. « Au début de notre engagement avec Pierre-Jean Pudal, on avait promis de changer l’image de Sainte-Livrade, délaissée après l’ère Pasut. Mon regret, c’est qu’à la fin de ce second mandat, l’objectif n’a non seulement pas été atteint mais que les choses ont empiré. Ma décision s’articule autour d’un constat partagé par tous, c’est-à-dire un exercice trop solitaire du pouvoir qui n’écoute ni les habitants, ni les élus, ou encore une gestion du personnel trop souvent guidée par le favoritisme. Au-delà de ça, on observe un centre-ville et un cadre de vie qui continuent de se dégrader. On a une ville qui tend à devenir repoussante, un centre-ville qui n’attire personne, et je trouve que c’est grave. Au-delà de quelques belles réalisations à saluer, il y a beaucoup de retard à rattraper sur bien des aspects pour redorer cette image et susciter l’envie de s’y installer afin de ne pas devenir un « no man’s land » », détaille sans détour le candidat.
Jacques Borderie vise ainsi « la succession, non pas dans la continuité mais le changement » avec un « projet de rupture, innovant et concret ». Épaulé par une liste rapidement bouclée, il mène sa barque à distance d’André Forget, adoubé par le maire sortant, sans trop prêter attention au bruit généré par les divisions et les polémiques. « On sent bien que c’est sous-jacent, admet-il. Personne n’ose en parler mais tout le monde y pense. Néanmoins, j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur le sujet. Ce qui intéresse surtout la majorité des électeurs, c’est ce qui va se passer sur les six ans à venir. »
Jacques Borderie évoque notamment un service de santé à repenser : « On a un maire médecin qui n’a pas suffisamment préparé le coup en créant les structures qu’il fallait. Il s’en occupe maintenant. Et même si ce n’est jamais trop tard pour bien faire, on ne partage pas tout à fait les mêmes solutions. Selon moi, on ne doit se priver d’aucune piste pour améliorer notre accès aux soins et cela passe par un devoir d’écouter les jeunes générations de médecins dans leurs attentes. Je propose une maison de santé à proximité du centre-ville, portée par l’Agglo. » Outre ce projet central, il estime que le prochain mandat « doit recentrer ses ressources sur les grands oubliés : l’état de la voirie, des trottoirs, des places, des entrées de ville, des cours d’école, des espaces de jeux pour enfants, des cimetières… » Jacques Borderie estime avoir « l’expérience nécessaire » pour porter ces lourds dossiers. « Bien que je n’ai pas été suffisamment écouté au sein de la gouvernance communale, j’ai toujours essayé d’agir via mes mandats de vice-président à la CAGV, de conseiller départemental ou de président du SMAVLOT, en trouvant les bons dispositifs et les financements en face de chaque projet », avance-t-il.
André Forget, « pas un clone » du maire sortant //

Dans un contexte politique livradais particulièrement agité, André Forget se trouve dans une position particulière. Fidèle adjoint depuis 2014, il est celui qui assume, plus ou moins officiellement depuis qu’il a obtenu le soutien du maire sortant Pierre-Jean Pudal, le bilan des mandats qui viennent de s’écouler. « Si je dois porter un héritage, c’est celui des projets que nous avons portés ensemble, certains étant même encore en cours de développement », sourit André Forget. Pour autant, l’homme aux multiples engagements associatifs défend une candidature qui lui est propre. « Dire « on prend les mêmes et on recommence », c’est assez peu flatteur et surtout éloigné de la réalité. Déjà, nous ne sommes pas des clones. J’ai ma personnalité, ma façon de fonctionner et mes idées. Quant à mon équipe, elle se compose pour un tiers de sortants et deux tiers de nouveaux qui apporteront tous une certaine énergie », insiste-t-il. Quant aux querelles intestines, il dit les regretter sans pour autant que cela n’entrave sa démarche citoyenne. « Les Livradais attendent plus que ça d’une équipe municipale. » Selon lui, il reste « beaucoup de choses à faire » pour la commune et il s’agit plus de savoir comment assurer une bonne transition entre les deux mandats que s’enliser dans la critique. Sa vision de l’offre médicale livradaise incarne cette approche. « Cela fait maintenant un an et demi que l’on travaille sur la maison de santé autour d’un partenariat public-privé qui me semble pertinent. Le dossier a déjà bien avancé. Le site, celui de l’ancienne piscine actuellement délabrée, appartient déjà à la commune et dispose d’un parking. L’enquête préalable, réalisée avec le promoteur Office Santé qui porte l’investissement privé, a déjà établi des marques d’intérêt de praticiens et autres professionnels en plus de maximiser les chances de garder nos médecins. On ne construit pas dans l’espoir de remplir après, on a déjà du concret. Il faut maintenant aller au bout sans perdre du temps en repartant de zéro. Notre équilibre est trop fragile pour se le permettre », indique André Forget.
Conscient que l’Îlot Porte Campagne (Audevard) et la réhabilitation de la médiathèque ont monopolisé une grande partie de l’attention et des deniers publics, en plus des infrastructures sportives, le candidat souhaite redonner un coup de jeune à certains espaces publics avec plus de végétalisation et une voirie modernisée. Mais c’est peut-être sur le volet culturel que les plus gros changements sont à attendre. « Le trait le plus marquant de l’identité livradaise est probablement sa dimension cosmopolite. Un musée de la mémoire au CAFI (ndlr, accueil des Français rapatriés d’Indochine) aurait un impact énorme à l’échelle du territoire et se révèlerait très porteur. Nous voulons aussi que notre politique d’animation dans son ensemble tourne autour de ce fil rouge des communautés. Un festival de street-art y trouverait pleinement sa place », explique André Forget, imbriquant étroitement l’attractivité de Sainte-Livrade et son vivre-ensemble.





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