ARCHIVES. Quand les urnes dérapent : des élections pas comme les autres en Lot-et-Garonne

Certaines élections locales ont marqué les esprits par leur caractère totalement inédit. De Marmande à Villeneuve-sur-Lot, retour sur trois scrutins où la politique a basculé dans l’insolite.

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1995 : 89 candidats pour un seul canton à Villeneuve-sur-Lot

On peut dire assurément qu’il y avait l’embarras du choix… ©Archives DR

En septembre 1995, le canton nord de Villeneuve-sur-Lot connaît une élection cantonale partielle restée célèbre par son caractère hors norme. À la suite de l’inéligibilité du conseiller général Claude Larroche, pas moins de 89 candidats se présentent pour lui succéder. Si une dizaine d’entre eux représentent les formations politiques traditionnelles, la grande majorité des candidatures répond à une tout autre logique : 78 prétendants se lancent dans la course afin de soutenir un viticulteur girondin incarcéré, René-Gilles Bolzan. Placé en détention après avoir détruit ses 22 hectares de vigne et vidé 170 000 litres de vin à la suite de la liquidation judiciaire de son exploitation, l’agriculteur devient le symbole d’une contestation agricole relayée localement par un comité de soutien animé notamment par la journaliste satirique Anne Carpentier. L’initiative transforme le scrutin en tribune militante et provoque un casse-tête logistique pour la municipalité dirigée par Michel Gonelle : plus de 500 panneaux d’affichage à installer et des coûts d’organisation multipliés. Malgré l’énorme médiatisation de ce scrutin atypique, l’abstention dépasse 60 %. Les candidats du comité de soutien recueillent au total quelques centaines de voix, et c’est finalement la divers droite Evelyne Dupuet qui s’impose au terme du processus électoral.

2013 : la législative à 17 candidats après l’affaire Cahuzac

En juin 2013, la 3ᵉ circonscription du Lot-et-Garonne se retrouve une fois de plus au centre de l’attention nationale après la démission du député et ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, emporté par le scandale de son compte bancaire dissimulé à l’étranger. La législative partielle organisée pour lui trouver un successeur attire une profusion inhabituelle de candidatures : pas moins de 17 prétendants briguent le siège, transformant la campagne en véritable « barnum » politique dans le Villeneuvois. Face au candidat UMP Jean-Louis Costes et au socialiste Bernard Barral, de nombreuses listes issues de formations diverses ou de candidatures atypiques se lancent dans la bataille, tandis que le Front national espère capitaliser sur la défiance née de l’affaire. Soutenu par Marine Le Pen, le jeune candidat Étienne Bousquet-Cassagne crée la surprise en se qualifiant pour le second tour. Le PS, lui, est éliminé dès le premier tour, symbole d’un scrutin marqué par la désillusion de l’électorat qui n’avait plus confiance en le parti de la majorité présidentielle. Au terme du duel final, Jean-Louis Costes l’emporte avec un peu plus de 53 % des voix.

2003 : à Marmande, l’élection municipale gagnée avec 100 % des voix

En mars 2003, Gérard Gouzes remporte à Marmande l’une des victoires municipales les plus insolites de l’histoire locale. Le maire socialiste sortant, opposé au député UMP Michel Diefenbacher lors d’élections provoquées par la dissolution du conseil municipal, voit sa liste élue avec… 100 % des suffrages exprimés. En cause : une erreur sur les bulletins de vote de la liste adverse, qui omettent de mentionner la nationalité néerlandaise d’un colistier, obligation pourtant inscrite dans le code électoral. Le jour du scrutin, Gérard Gouzes signale l’irrégularité aux présidents des bureaux de vote. Les bulletins concurrents sont alors déclarés nuls, offrant une victoire « sur tapis vert » à la liste socialiste, pourtant déjà en tête dans les urnes. L’épisode provoque stupeur et polémique dans la capitale de la tomate. Saisie du dossier, la justice administrative annulera finalement le scrutin. Une nouvelle élection sera organisée en 2004, cette fois sans son rival, Gérard Gouzes l’emportera de nouveau, confirmant dans les urnes une victoire qui, un an plus tôt, avait fait basculer Marmande dans l’un des épisodes électoraux les plus singuliers du département.

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