Le dossier a franchi un cap important vendredi 24 avril. Après plusieurs heures d’audition devant le juge d’instruction du tribunal judiciaire d’Agen, la Fédération française de rugby (FFR) a été mise en examen pour homicide involontaire dans l’affaire de la disparition de Medhi Narjissi. Présent à Agen, le président de la fédération, Florian Grill, a tenu à se déplacer en personne. À son arrivée, il a exprimé « une pensée pour la famille », rappelant que « ce drame dépasse largement le cadre judiciaire ». Une audition longue, dense, qui marque un tournant dans une procédure suivie de près depuis près de deux ans. Pour la famille du jeune joueur, cette étape était attendue. « C’est un moment essentiel », glissait Me Édouard Martial, estimant que « ce que la famille dénonce depuis le début commence à être pris en compte par la justice ».
Circonstances toujours scrutées
Le 7 août 2024, lors d’un stage de l’équipe de France U18 en Afrique du Sud, Medhi Narjissi, 17 ans, disparaît en mer après une séance de récupération organisée sur une plage réputée dangereuse, près du cap de Bonne-Espérance. Depuis, les circonstances exactes de cette activité restent au cœur des investigations. Une enquête administrative a évoqué une organisation « insuffisamment préparée » et des rôles « mal définis » au sein de l’encadrement. Sur le plan judiciaire, Le préparateur physique du staff de l’équipe de France Robin Ladauge et l’ancien manager Stéphane Cambos ont été mis en examen. L’un d’eux est notamment suspecté d’être à l’origine de la séance. « Une décision incompréhensible au regard des conditions de sécurité ».
La ligne de défense de la fédération
Face à sa mise en examen, la Fédération française de rugby conteste toute responsabilité directe dans le drame. Par les mots de son avocat, Me Mathias Chichportich, elle insiste sur le caractère procédural de cette décision. « C’est une étape de l’instruction, pas une reconnaissance de culpabilité », rappelle-t-il. La défense met en avant un point central : la décision d’organiser cette séance en mer n’aurait « ni été validée, ni prévue » par la fédération. « C’est une faute grave, mais elle ne peut pas être imputée à l’institution », soutient l’avocat. La FFR reconnaît néanmoins certaines failles dans l’organisation du séjour. « Il y a eu des manquements dans la préparation », admet-elle en substance, tout en les dissociant du déroulement précis du drame.
Du côté de la partie civile, la lecture est tout autre. La mise en examen de la fédération est perçue comme une avancée majeure. « On attendait que toutes les responsabilités soient examinées ». Les avocats rappellent que l’enjeu dépasse les seules décisions individuelles. « Il y a une obligation de sécurité quand on encadre des mineurs », martèlent-ils, pointant des défaillances plus globales.
Avec cette mise en examen, l’affaire entre dans une nouvelle phase. Le juge d’instruction devra désormais déterminer les niveaux de responsabilité, dans un dossier où se croisent décisions individuelles et cadre institutionnel. La fédération, de son côté, assure qu’elle continuera « à coopérer pleinement avec la justice », tout en maintenant sa ligne de défense.







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