Agriculture : la députée Émeline Rey-Rinchet propose un « réarmement alimentaire et agricole » 

Émeline Rey-Rinchet, députée de la troisième circonscription de Lot-et-Garonne très engagée sur les problématiques paysannes, détaille sa vision de la loi d'urgence agricole votée par le Parlement le 21 juillet et présente un socle de mesures structurelles remis au Premier ministre.

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C’est dans un contexte politique pré-présidentiel particulièrement agité que la proposition de « loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles » a été adoptée par le Parlement. Le travail mené par la commission mixte paritaire a porté ses fruits jusqu’au Sénat, 24 heures après son dernier examen à l’Assemblée nationale. Alors que la situation climatique place les exploitations du pays dans une détresse inédite, les mesures apportées par ce texte pourraient constituer un début de solution. C’est en tout cas ce que pense Émeline Rey-Rinchet, députée de la troisième circonscription de Lot-et-Garonne apparentée au groupe Droite républicaine, après avoir donné un vote favorable. « C’est une première avancée importante et attendue avec des réponses concrètes. Un point de départ plutôt qu’un aboutissement. Je pense néanmoins qu’elle est insuffisante », explique cette fille de viticulteur, active dans l’affaire familiale en plus d’être ostéopathe. Son analyse est la suivante : « On ne peut pas rester sur une logique de « crise-indemnisation, nouvelle crise-indemnisation ». Il faut aller vers plus d’anticipation. » C’est ainsi qu’Émeline Rey-Rinchet a remis au Premier ministre un « plan global » conciliant à la fois la prise en compte des difficultés immédiates et la préparation d’un avenir durable avec des perspectives réelles. La multiplication des visites sur le terrain et des échanges avec des organisations professionnelles a permis à la parlementaire roquentine de dresser une note de situation centrée sur le Lot-et-Garonne. Il est notamment rappelé que 46% des exploitations du département étaient identifiées comme en difficulté financière et 29% dans une situation jugée sensible. Et ce avant même les répercussions des épisodes récents (tempêtes, inondations, grêle, sécheresse) de l’année 2026 avec des pertes de récolte très lourdes allant jusqu’à 100% par endroits.

Une quinzaine de propositions

Pour y faire face, Émeline Rey-Rinchet décline une quinzaine de propositions en guise de « réarmement alimentaire et agricole pour l’ensemble du pays ». Ce projet reprend la dynamique actuelle sur le plan militaire depuis les grands évènements géopolitiques post-Covid et s’inspire du modèle de « l’exception culturelle française ». Selon elle, la gestion de l’eau s’impose comme une « priorité nationale » et l’accélération des projets de retenues doit être plus ambitieuse encore que ce que suggère la loi d’urgence. « Le temps administratif n’est plus celui du changement climatique. » L’adaptation à cette nouvelle donne devrait s’accompagner de lourds investissements dans « les équipements de protection » et d’un grand plan de renouvellement des vergers. La députée prône dans le même temps que la recherche variétale et le développement des techniques génomiques aillent plus loin et ne soient plus cloisonnés avec l’activité agricole sur le terrain.

À cela s’ajoutent un « soutien exceptionnel à la trésorerie », une « année blanche » sur les cotisations sociales avant allègement, des reports d’échéances bancaires ou encore une évaluation approfondie de la réforme assurantielle de 2023… 

Les principales mesures du texte

Parmi les dizaines d’articles présentés, voici les grandes lignes de la loi d’urgence agricole. Elle vise notamment à simplifier les procédures administratives pour les exploitations agricoles, en particulier pour les autorisations pour les constructions d’ouvrages tels que bâtiments agricoles, les projets d’irrigation et les retenues d’eau. À ce sujet justement, la loi prévoit un doublement des capacités de stockage de l’eau d’ici 2035. La question phytosanitaire y figure également la réintroduction à titre dérogatoire et encadré de certaines molécules actuellement interdites en France mais autorisées dans le reste de l’Union européenne : l’acétamipride et la flupyradifurone. Les principales filières concernées sont la noisette, la betterave sucrière, la cerise et la pomme. L’État annonce en parallèle lutter fermement contre la concurrence déloyale en interdisant l’importation des produits traités avec des substances interdites dans l’UE et en créant une « brigade de contrôle des denrées importées ». Dans un communiqué, les représentants de la filière noisette (Unicoque, ANPN) « saluent l’action du gouvernement ». 

Des débats très politisés

Il n’y a pas qu’au Palais Bourbon que la guerre des mots éclate. En Lot-et-Garonne aussi, le pugilat verbal a bien lieu. La conseillère départementale Annie Messina, appartenant à la majorité de gauche et affichant une sensibilité écologique marquée, n’a pas manqué de s’en prendre aux trois députés locaux, Michel Lauzzana (Ensemble pour la République), Hélène Laporte (Rassemblement national) et Émeline Rey-Rinchet (Droite républicaine), pour avoir voté la loi d’urgence agricole. « Ils ont voté pour le cancer », a-t-elle lancé sur ses réseaux sociaux, en référence notamment à la réintroduction de deux néonicotinoïdes. « On m’a toujours dit que ce qui était excessif était insignifiant. Je la trouve particulièrement excessive, surtout venant d’une vice-présidente du Département. Cette vision est très caricaturale, il ne faut pas lui donner trop de crédit et prendre un peu de hauteur », répond sèchement Émeline Rey-Rinchet.  

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