Transports : l’Agglomération d’Agen change de braquet côté bus

Les 44 communes de l’Agglomération d’Agen basculent sur un nouveau réseau Tempo. Lignes restructurées, transports sur réservation, pôles de mobilité, nouvelle organisation scolaire… La collectivité promet un réseau « pensé pour 100 000 habitants ». Mais pour autant, des parents et des usagers contestent déjà certains choix.

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Il y a le nouveau plan des lignes, les nouveaux horaires, les nouveaux véhicules. Mais derrière la refonte du réseau Tempo, c’est surtout une nouvelle manière de penser les déplacements à l’échelle de l’Agglomération d’Agen qui se dessine en cette rentrée. Les 44 communes du territoire sont intégrées à cette nouvelle organisation, avec l’ambition affichée de proposer une solution de transport public aux quelque 102 000 habitants de l’intercommunalité.

De quoi réjouir le président de l’Agglomération d’Agen Olivier Grima, après avoir essuyé des débats virulents au sujet cette refonte. « Ce nouveau réseau, c’est quand même l’aboutissement d’un travail collectif qui a été engagé depuis près de trois ans par notre Agglomération. Il a été validé une première fois en juin 2025, puis confirmé de nouveau en 2026 par le nouveau conseil communautaire. Nous y sommes. »

Mais le changement ne consiste pas simplement à redessiner une carte. L’enjeu est d’abord territorial. « Notre agglomération compte 44 communes. Elles sont différentes par leur taille, leur situation géographique, leur densité, leurs besoins. Mais chacune doit pouvoir trouver sa place dans notre politique de mobilité. C’est une attente forte des maires de ne plus avoir d’un côté les communes desservies et de l’autre celles qui restaient à l’écart du réseau. Avec ce nouveau Tempo, nous franchissons cette étape. Désormais, tout le monde dispose d’une solution de transport public. »

Un réseau qui change d’échelle

« La mobilité, c’est une question très concrète de liberté et d’autonomie. C’est pouvoir aller travailler, étudier, se soigner, faire ses courses, rejoindre une gare ou simplement se déplacer sans être systématiquement dépendant », défend le président de l’Agglomération.

Pour donner corps à cette ambition, le nouveau réseau s’appuie sur sept lignes, qui constituent sa nouvelle ossature. Elles relieront notamment Agen, Lafox, Boé, Pont-du-Casse, Estillac, Sainte-Colombe-en-Bruilhois, Roquefort et Foulayronnes. L’objectif est de rendre les principales lignes plus lisibles et surtout plus fréquentes.

D’ailleurs, la fréquence annoncée atteindra notamment « 20 minutes en heure de pointe sur les lignes structurantes, tandis que les lignes secondaires fonctionneront selon des fréquences allant de 30 à 60 minutes en fonction des secteurs et des horaires. » L’Agglomération annonce également une hausse importante de l’offre globale, avec 45 % de kilomètres commerciaux supplémentaires, soit environ 1,5 million de kilomètres commerciaux. Le principe est donc de concentrer les moyens sur des lignes plus fréquentes et plus directes, plutôt que de conserver partout les anciennes dessertes.

Pour les communes éloignées, le bus viendra sur réservation

C’est l’une des grandes nouveautés du réseau. Dans les secteurs où une ligne régulière ne serait pas suffisamment pertinente, les habitants peuvent réserver leur trajet.

Le transport sur réservation (TSR) fonctionne de 7 heures à 20 heures. L’usager peut réserver jusqu’à deux heures avant son déplacement, par téléphone ou via les outils numériques du réseau. Le service doit notamment permettre de rejoindre les lignes régulières, la gare, l’hôpital, la clinique Esquirol Saint-Hilaire ou encore le campus Michel-Serres.

Nicolas Bécaas (au micro) et Olivier Grima, bien heureux de présenter la nouvelle formule transport de l’agglo.

Un autre service, baptisé TSR Actif, cible les salariés travaillant en dehors des horaires classiques. Il fonctionnera de 4 heures à 7 heures puis de 20 heures à 23 heures. Et c’est précisément sur ces horaires décalés que Nicolas Bécaas, directeur de Keolis Agen, veut mettre l’accent : « Quand on commence à cinq heures du matin, quand on termine à vingt-deux heures, le transport collectif classique apporte rarement une réponse. Notre nouveau service, actif plus tôt, plus tard, change la donne. Une prise en charge à domicile est proposée dès quatre heures du matin et jusqu’à vingt-trois heures pour rejoindre notamment nos principales zones d’emploi. »

Nouvelle carte et nouveaux usages

La nouvelle carte s’accompagne aussi de 13 pôles de mobilité. Leur principe est simple : permettre aux habitants arrivant des communes périphériques de laisser leur voiture sur un parking relais avant de poursuivre leur trajet en bus. Le changement répond à un constat peu favorable aux transports collectifs : « En 2025, 69 % des habitants de l’Agglomération utilisaient leur voiture pour leurs déplacements quotidiens. » La collectivité estime que ces déplacements représentent 46 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire.

Le changement concerne également les titres de transport. Une même carte doit désormais permettre d’utiliser les différents services du réseau, notamment les lignes urbaines et le transport scolaire. Les élèves pourront ainsi utiliser le réseau urbain en dehors de leurs trajets scolaires, le mercredi après-midi, le samedi ou pendant les vacances. Le prix du ticket unitaire reste fixé à 1,50 euro, avec une correspondance possible pendant une heure. Le paiement directement par carte bancaire fait également son apparition.

La rentrée constituera donc le véritable test du nouveau Tempo. L’Agglomération promet davantage de kilomètres, davantage de communes desservies et de nouveaux services. Les parents et certains usagers demandent, eux, que cette nouvelle organisation ne se traduise pas par des trajets plus compliqués.

Le transport scolaire, point de crispation //

C’est sur le transport scolaire que la refonte a suscité de vives réactions. Le nouveau réseau introduit des pôles de transfert. Certains élèves ne se rendront plus directement de leur commune à leur établissement et devront changer de bus en cours de trajet. L’Agglomération assure avoir adapté les horaires à ceux des établissements, avec un quart d’heure prévu entre la sortie des cours et le départ des bus, ainsi que des accompagnements en début d’année pour faciliter la prise en main du nouveau réseau. Mais deux pétitions, soutenues par la FCPE 47, dénoncent la suppression ou le déplacement de certains arrêts et la disparition de plusieurs liaisons directes vers les collèges et lycées. « Derrière les annonces de « modernisation », la réalité du terrain est critique pour nos enfants et nos jeunes adolescents. Des arrêts ont été supprimés ou déplacés sans alternative, contraignant les enfants à de longs trajets à pied le long de routes dangereuses, mal éclairées ou sans trottoirs. » La multiplication des correspondances inquiète également les familles, notamment pour les plus jeunes : Des élèves (dès l’âge de 11 ans) doivent désormais effectuer jusqu’à 2 ou 3 correspondances complexes, dépendre du système TSR (sur réservation) ou faire des trajets à pied en centre-ville pour rejoindre leur établissement. « Nos enfants ne sont pas des variables d’ajustement. Le rôle d’un réseau de transport public financé par nos impôts et nos abonnements est d’assurer un service efficace, équitable et sécurisé pour tous » La FCPE réclame ainsi une nouvelle étude du dispositif et le réexamen de certaines dessertes.

Les inquiétudes dépassent les scolaires //

Les critiques ne concernent toutefois pas uniquement les transports scolaires. Dans plusieurs communes, des habitants et des élus ont également fait part de leurs inquiétudes face à la disparition ou à la modification de certaines dessertes. Les secteurs de Boé, Bon-Encontre et de la côte de Gaillard ont notamment été concernés par ces réactions. Ce débat révèle l’un des principaux défis de la réforme : améliorer le réseau dans son ensemble sans dégrader la desserte de ceux qui bénéficiaient déjà d’un service direct.

Car un réseau peut être plus fréquent et couvrir davantage de communes tout en étant perçu comme moins pratique par certains usagers si leur arrêt disparaît ou si leur trajet nécessite désormais une correspondance. Face aux critiques, l’Agglomération comme Keolis insistent sur un point : « L’organisation du réseau n’est pas figée. Des ajustements pourront être réalisés dans les prochains mois afin de répondre aux besoins exprimés par les habitants et les communes », assure Nicolas Bécaas.

Philippe Sofys, vice-président aux mobilités, défend la même logique. L’élu assure vouloir être attentif aux difficultés qui apparaîtront à la rentrée et se dit prêt à « revoir les manquements ». L’Agglomération prévoit ainsi une période d’adaptation de six mois à un an, pendant laquelle des modifications pourront être apportées au fonctionnement du réseau.

Le nouveau réseau en chiffres //

  • 44 communes 
  • 102 000 habitants
  • 5000 élèves
  • 7 lignes structurantes
  • 13 pôles de mobilité 
  • +45 % de kilomètres commerciaux
  • 1,50 € : prix du ticket unitaire
  • 6,4M€ : investissement annoncé pour la transition énergétique du parc.
  • 80 % : objectif de véhicules propres à l’horizon 2030.
  • 69 % : part des habitants utilisant leur voiture pour leurs déplacements quotidiens en 2025.

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