Nouveau bâtiment, urgences, finances, étudiants, offre de soins… Le Centre hospitalier Agen-Nérac « en mouvement » pour dessiner son avenir

La gouvernance de l'établissement a présenté les immenses chantiers immobiliers qui se présentent dans les deux ans à venir ainsi que quelques autres bonnes nouvelles malgré le contexte tendu en matière de santé.

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« On se rencontre souvent pour parler de ce qui va mal. Sans verser dans l’angélisme, il y a aussi des choses positives que l’on ne fait probablement pas assez savoir. » Le directeur du Centre hospitalier Agen-Nérac (CHAN) aborde cet automne sous un angle résolument optimiste. S’il n’élude pas certaines difficultés, Jean-François Vinet met l’accent sur l’expansion de l’offre de soins, sur les importants investissements programmés, sur différentes initiatives de coopération et même sur l’assainissement des finances. Autant de points appuyés par Laurent Bruneau, maire d’Agen et président du conseil de surveillance du CHAN ainsi que par le docteur Patrick Rispal, président de la Communauté médicale d’établissement.

Nouveau bâtiment médico-chirurgical et réhabilitation des urgences //

Le grand moment de cette rentrée est assurément la présentation des deux plus grands projets du nouveau schéma directeur immobilier. Avec des grues attendues pour le mois de janvier, le premier chantier prévoit la construction d’un nouveau bâtiment médico-chirurgical s’étalant sur 3 550 m2 avec une capacité de 118 lits, à proximité immédiate du plateau technique. S’y trouveront des unités d’hospitalisation de plusieurs spécialités (pédiatrie, endocrinologie, neurologie, rhumatologie, cardiologie, néphrologie, gastro-entérologie, chirurgie orthopédique et digestive). La livraison est prévue pour août 2028. Une fois mis en service, ce nouveau pôle permettra de libérer trois étages du bâtiment principal. De quoi développer la partie hôpital de jour/ambulatoire.

L’autre opération très attendue concerne les urgences. Les 1 250 m2 actuellement utilisés seront entièrement réhabilités. Le CHAN y ajoutera une extension de 850  m2 supplémentaires. Le projet intégrera des espaces pour l’Unité médico-judiciaire de proximité, et l’Unité d’accueil pédiatrique pour enfants en danger. La difficulté ici est de pouvoir mener les travaux en site occupé. Le calendrier commence en ce mois d’octobre 2026 pour se terminer, si tout va bien, en novembre 2028.

32,7 M€

C’est le coût global de ces deux opérations. L’État accordera des subventions à hauteur de 18,6 M€. Le reste sera couvert par l’emprunt.

Finances : un déficit persistant mais une « trajectoire positive » //

C’est peu de dire que le CHAN était, ces dernières années, soumis à une « forte tension » financière. En 2024, le déficit de l’établissement s’élevait à -8,7 M€. L’exercice suivant marque une considérable amélioration puisque la perte est ramenée à -3,2 M€ pour un budget global avoisinant les 240 M€. « Cela reste un déficit mais la trajectoire est positive. Nous avons désormais l’un des déficits les moins importants de la région », se réjouit Jean-François Vinet, avec beaucoup de prudence malgré tout. Le retour à l’équilibre est espéré pour 2029, ce qui permettrait de relancer la capacité d’autofinancement. En attendant, les banques observent d’un bon œil l’évolution, au point de suivre l’hôpital dans ses projets. Cette première étape serait notamment la conséquence de l’audit à 360° réalisé par l’Agence nationale d’appui à la performance. « Nous avons bien mis en œuvre les préconisations avec des résultats dépassant les attentes pour atteindre 104% des objectifs », assure le directeur.

Une offre de soins étoffée //

« Les points forts de l’hôpital d’Agen sont médicaux », insiste le Dr Patrick Rispal. C’est peut-être plus vrai que jamais. Le dernier classement du magazine Le Point, où figurent près de 3000 établissements, place le vaisseau amiral lot-et-garonnais très haut dans plusieurs domaines relatifs à la médecine vasculaire et orthopédique (7e pour le pied, 15e pour les varices, 21e pour la cheville).

Outre une communauté de soignants déjà très engagée et reconnue, plusieurs services se voient aujourd’hui renforcés. On peut citer les nouvelles autorisations en chirurgie digestive pour intervenir sur des cas très complexes, en particulier certains cancers. Après avoir disparu, une unité de 10 lits en néphrologie refait surface.

De très nombreux patients pourront également profiter de nouveaux équipements de pointe : un IRM, un troisième scanner, un TEP-Scan numérique, un plateau de médecine nucléaire avec des gamma-caméras hybrides, un exosquelette de rééducation… 

Et parce que « le CH Agen-Nérac, c’est aussi Nérac », il ne faut pas oublier l’ouverture de l’Ehpad des Violettes et ses 80 chambres moyennant un investissement de 12,5 M€.

Le succès des coopérations //

Le CHAN n’avance pas seul dans son coin mais tisse des relations privilégiées avec d’autres entités : le Pôle de santé de Villeneuve grâce à une direction commune, l’hôpital de Marmande avec le GHT (Groupement hospitalier de territoire) ou encore le CHU de Bordeaux. Avec les deux premiers, il s’agit d’améliorer la complémentarité des filières de soins, d’harmoniser les systèmes d’information et d’instaurer le dossier patient informatisé partagé. Avec Bordeaux, les objectifs visés sont différents. D’une part, il y a le souhait d’obtenir des consultations de spécialistes ici en Lot-et-Garonne, afin d’éviter à certains malades de se déplacer vers la métropole. Par ailleurs, l’un des gros enjeux est de pouvoir « territorialiser l’enseignement » (voir ci-après).

Faire venir plus d’étudiants, la clé de l’avenir //

L’hôpital n’échappe pas à la règle qui touche la société dans son ensemble : les « boomers » seront bientôt à la retraite. Le renouvellement des générations s’impose et cela passe donc nécessairement par l’accueil des étudiants. « Si un étudiant ne pose jamais un pied ici pendant son cursus, il n’y a aucune chance qu’il vienne s’installer en Lot-et-Garonne », affirme Jean-François Vinet. Cela a le mérite d’être clair. Il y a des signaux encourageants. Le Dr Rispal se félicite par exemple de la présence d’externes (de la 4e à la 6e année), « ce qui n’était pas le cas auparavant ». Reste à convaincre le CHU de Bordeaux d’envoyer aussi davantage d’internes de spécialités dans notre département. La suppression du numerus clausus, avec l’inflation du nombre d’étudiants, forcera peut-être le centre universitaire à aller dans cette voie sous peine d’être saturé et de manquer d’encadrants. Étant donné que l’internat agenais est « vanté pour sa qualité d’accueil », les conditions sont réunies. Pour compléter le tableau, la gouvernance et la communauté médicale souhaitent que l’aspect recherche/enseignement soit accessible aux praticiens du CHAN afin de le rendre attractif aux yeux de certains profils. Un premier « poste associé » avec l’Université devrait être officialisé dans les prochaines semaines. Ces avancées contrastent avec l’absence de docteurs juniors (sauf un à la Candélie) sur les 298 déployés dans les cinq départements de l’ex-Aquitaine. 

Des points forts salués… et des points faibles //

Grâce à la certification (avec mention) « Haute qualité des soins » délivrée par la Haute autorité de santé, le statut actuel du CHAN est « parfait », pour reprendre les mots de Jean-François Vinet. Un nouvel audit s’est déroulé du 14 au 18 septembre avec la venue sur site de plusieurs experts. Si les conclusions détaillées ne sont pas encore connues, le directeur se montre confiant. « Les experts nous ont dit, devant le personnel, que nous pouvions être fiers de ce que nous avons mis en place dans la prise en charge des patients. Venant de pairs, puisque ce sont des médecins, des cadres et des soignants, cela nous conforte d’autant plus. » En revanche, les files d’attente pour accéder aux rares douches dans certaines unités d’hospitalisation n’ont pas vraiment fait bonne impression. « Ce ne sont pas des conditions décentes et on est parfaitement d’accord avec ça », indique Jean-François Vinet, qui aimerait bien voir des aides tomber pour régler ce type de problèmes.

La situation des urgences //

Ce n’est pas une nouveauté : les services d’urgences sont en grande difficulté. Les fermetures/régulations se multiplient à Villeneuve-sur-Lot et Marmande. Agen n’a pas encore été frappée mais l’équilibre est très fragile. Jean-François Vinet l’explique en quelques chiffres : « À Agen, l’effectif requis est de 33 équivalents temps plein (ndlr, ETP). On en a, à ce jour, environ 26. Nous ne sommes donc déjà pas dans la cible pour fonctionner normalement et pallier les imprévus comme un arrêt, une grossesse ou une année sabbatique. À Villeneuve, il y a seulement 7 ETP pour 16 requis, alors que le nombre de passages quotidiens aux urgences n’est pas loin de celui d’Agen. Cela implique un recours massif à l’intérim pour boucher les plages vacantes. Mais l’État a pris des mesures nationales contre les sur-rémunérations médicales. La consigne s’applique partout. Sans avantage financier à venir ici, les intérimaires ne veulent plus venir. Et on ne peut pas demander toujours plus aux 7 malheureux titulaires déjà surchargés d’heures supplémentaires. Certains d’entre eux pensent même à partir. » Il ne s’agit pas d’une crise passagère mais bien d’un problème structurel très inquiétant. 

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