La protection de l’enfance ne se résume pas aux difficultés rencontrées par les enfants et les adolescents accompagnés. En Lot-et-Garonne, le Conseil départemental entend aussi valoriser leurs réussites et leur permettre de participer aux décisions qui les concernent. Deux initiatives illustrent cette volonté : Réussite 47, qui célèbre les parcours scolaires et professionnels, et le Conseil des jeunes de la protection de l’enfance (CJPE), qui donne la parole aux premiers concernés.
La cinquième édition de Réussite 47 s’est tenue le 20 octobre à Boé. Au total, 77 diplômes, certifications et qualifications obtenus au cours de l’année scolaire 2025-2026 par des jeunes accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ont été célébrés.
« Ce n’est pas le diplôme que l’on valorise, c’est le parcours et ce à quoi vous êtes arrivés qui est important pour nous », a rappelé Sophie Borderie, présidente du Conseil départemental. L’objectif est aussi de changer le regard porté sur les jeunes confiés à la protection de l’enfance. « Même si la réussite ne gomme pas des périodes difficiles dans les parcours, il y a aussi, et peut-être surtout, des réussites en protection de l’enfance », a souligné Christine Gonzato-Roques, vice-présidente chargée du développement social, de l’insertion et de l’habitat.
Des parcours différents, une même volonté
Derrière les diplômes et qualifications, il y a autant d’histoires personnelles. Amel, 21 ans, titulaire d’un BTS Communication, travaille depuis août sur la plateforme départementale « Bienvenue Docteur ! ». Accueilli chez Pascal, son assistant familial, Yvane a obtenu son certificat de formation générale malgré une année scolaire perturbée par des problèmes de santé et plusieurs hospitalisations. Il souhaite désormais témoigner auprès d’autres jeunes pour les encourager à persévérer. « Notre rôle, c’est de les accueillir, mais également de les porter, de les aider à avancer », résumait-il.
Abdoulaye, accueilli à la maison d’enfants à caractère social Les Séchoirs depuis octobre 2023, a quant à lui décroché un CAP Électricité au CFA BTP d’Agen, dans le cadre d’un apprentissage dans une entreprise de Tonneins. Tous soulignent l’importance de témoigner pour dépasser les préjugés : « On a tendance à nous coller une étiquette en raison de notre parcours, on nous met dans des cases. On raconte ici la réalité de nos vies tout en démontant certains clichés. »
Au-delà du témoignage
Cette volonté de faire entendre les jeunes dépasse la célébration de leurs réussites. Créé en 2023, le Conseil des jeunes de la protection de l’enfance (CJPE) leur permet de participer à la réflexion sur les politiques publiques qui les concernent. Valentin, 18 ans, a siégé pendant deux ans au sein de cette première mandature. Titulaire d’un CAP Cuisine obtenu l’an dernier, il a également témoigné de son engagement lors de la conférence de presse. « C’est quelque chose qu’on ne voit pas trop de notre côté en tant que jeune placé. C’est plutôt un côté qu’on voit en tant qu’éducateur, et j’ai trouvé ça très bien de l’apporter aussi aux jeunes. C’est important d’apporter l’expertise que nous, les jeunes, on a, pour faire évoluer les choses. » Son expérience lui a donné envie de s’investir davantage dans le secteur associatif.
Lors de cette première mandature, trente jeunes ont participé à dix rencontres sur dix-huit mois. Ils ont formulé 27 propositions, dont plusieurs ont été intégrées au schéma départemental de prévention et de protection de l’enfance 2026-2030. Elles portent notamment sur l’accès au sport, aux loisirs et à la culture, ainsi que sur la possibilité de nouer des liens durables avec des adultes ressources.
Pour Christine Gonzato-Roques, cette parole est indispensable : « On a besoin d’avoir une vision de l’intérieur. » Les recommandations ont ainsi nourri les travaux du Département et certaines fiches actions du schéma à l’horizon 2030. « La parole, elle est entendue et elle sert de programmation politique et technique dans ce champ-là. »
Une deuxième mandature s’ouvre pour la période 2026-2028 afin de poursuivre cette dynamique. La journée d’intégration et de cohésion est prévue le 28 octobre, avant la plénière d’installation du nouveau conseil, le 25 novembre. Pour Valentin et les autres jeunes engagés, l’enjeu est que leur expérience ne soit pas seulement écoutée, mais contribue réellement à faire évoluer l’accompagnement des 2 500 enfants et jeunes confiés à la protection de l’enfance en Lot-et-Garonne.







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