ARCHIVES. L’histoire et évolution de la place du Pin à Agen

Le quartier du Pin devrait évoluer à l’avenir, mais avant de le voir repensé, ce carrefour historique a déjà traversé les mutations urbaines. Retour sur l’histoire d’un secteur emblématique de la vie agenaise.

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La première surprise historique concerne l’appellation même du quartier. Contrairement à la croyance populaire, la place du Pin ne doit pas son nom à la présence d’un conifère majestueux. Les archives locales rappellent que le terme rend hommage à la famille del Pi (ou du Pin), une lignée de consuls qui a marqué l’administration agenaise. C’est en 1632 que le roi Louis XIII officialise l’activité du secteur en créant, par lettres patentes, la « Foire du Pin ». À cette époque, nous sommes en périphérie directe de la cité. Le quartier abrite la porte du Pin, l’un des verrous fortifiés de la ville médiévale. Les voyageurs et les marchands arrivant de Toulouse ou de Cahors y font obligatoirement halte avant de franchir les remparts. À l’extérieur de cette frontière se déploient les faubourgs de La Villette, des terres champêtres où l’on isolait jadis les pestiférés.

La, autrefois, traditionnelle Foire du Pin. ©Photo Archives Lot-et-Garonne

L’âge d’or

Le véritable grand tournant urbain s’opère à la fin du XVIIIe siècle, au moment de la Révolution. Agen étouffe dans ses fortifications d’un autre temps. La Ville fait donc tomber ses murailles pour s’ouvrir et respirer. La porte fortifiée est détruite pour laisser place à un vaste espace public aéré : le square de la Porte-du-Pin (plus tard baptisé place du XIV-Juillet), aménagé dans la foulée du percement du boulevard.

Le site devient alors le haut lieu du patriotisme local. Deux imposantes œuvres de bronze y prennent place : la statue de La République d’Augustin Fumadelles en 1884, puis celle de La Marseillaise de l’artiste Dagonet en 1903, offerte à la municipalité par le ministre Joseph Chaumié. Ombragé et solennel, le square devient la promenade favorite des familles agenaises.

Le traumatisme de la guerre

Ce paysage de carte postale bascule dramatiquement en 1942. Sous le régime de Vichy et l’occupation allemande, les deux statues républicaines sont déboulonnées et envoyées à la fonte pour récupérer le métal destiné à l’industrie de guerre. L’après-guerre achève de bouleverser la physionomie des lieux. Les Trente Glorieuses consacrent l’avènement de la voiture individuelle. Idéalement placé au débouché du pont de la Libération, le Pin sacrifie son square paysager. Ce dernier est grignoté pour aménager le gigantesque rond-point routier que tout le monde connaît aujourd’hui. Le Pin devient bruyant et minéral, mais conserve sa ferveur populaire grâce à ses commerces, ses garages et ses estaminets.

Le vent tourne de nouveau à la fin des années 2010 avec la volonté locale de redonner de la place aux piétons et à la verdure. En 2018, la réhabilitation complète du square Jules-Ferry offre un nouveau visage au secteur. Un symbole mémoriel fort est également acté la même année : l’installation d’une réplique exacte de la statue de La Marseillaise, effaçant la blessure de 1942.

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