Désertification médicale : en grande souffrance, le nord du département cherches ses médecins

Depuis quelques mois, la situation médicale déjà tendue dans le nord du département, s’est intensifiée avec les arrêts pour maladie de deux médecins généralistes. Selon les estimations, au moins 3 000 patients pourraient être sans référent. Un problème qui devient la priorité numéro 1 de la Communauté de communes de Fumel Vallée du Lot.

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Il y a un peu plus d’un an, la Communauté de communes de Fumel Vallée du Lot inaugurait son nouveau Pôle de santé au sein de sa ville centre. Un lourd projet qui rejoint une structure similaire à Tournon d’Agenais, ainsi que deux maisons de santé pluridisciplinaires sur Penne d’Agenais et Saint-Sylvestresur-Lot. L’objectif étant de prendre à bras le corps le sujet de la désertification médicale qui, comme de nombreux territoires ruraux en France, frappe de plein fouet le Fumélois. Sauf qu’une situation devant s’améliorer redevient sous tension. « Il est important de préciser que ce n’est pas un problème propre à notre collectivité, sinon on s’organiserait, prévient Didier Caminade, président de la Communauté de communes. Nous avons les structures matérielles et mettons en place une stratégie au coup par coup. Nous prenons notamment attache avec tous les médecins à la retraite afi n qu’ils puissent eff ectuer quelques journées pour dépanner. Pour l’instant, nous rencontrons une relative réussite. Nous sommes parvenus à recruter deux dentistes et un généraliste en tant que salariés. D’autres arrivées sont espérées. D’un autre côté, des départs à la retraite se profi lent prochainement. C’est le cas d’un voire deux médecins sur Penne et d’un autre sur St-Sylvestre. Un dentiste sur Tournon et certainement un sur St-Sylvestre pourraient être également concernés. Surtout, le gros coup qui est arrivé, ce sont les deux généralistes qui sont tombés malades en même temps. C’est ce qui fait que le Fumélois se retrouve dans une grande diffi culté. » Un problème mis en lumière récemment par une pétition lancée par Baptiste Mélo, un ancien élu d’opposition qui a démissionné ces derniers jours pour des raisons professionnelles. « Sur notre collectivité, il n’y a que 6 généralistes pour 25 000 habitants et je ne parle même pas des spécialistes. Les personnes que nous rencontrons sont apeurées par la situation. Beaucoup doivent se faire soigner les dents à Toulouse et Bordeaux, ce qui induit des frais de transport. C’est une véritable problématique de pouvoir d’achat pour notre population marquée par un taux de chômage de 25%. D’autres personnes en viennent également à s’auto-médicamenter, ce qui n’est pas le top. On peut parler de ceux qui surconsomment la santé mais on a tendance à oublier que beaucoup n’y ont pas accès. » La pétition a déjà recueilli plus de 4 000 signatures paraphées et devrait être transmise au printemps à la députée, aux sénateurs, à l’Agence régional de santé, ainsi qu’au préfet du Lot-et-Garonne.

Ces médecins qui veulent être salariés

Baptiste Mélo l’assure, sa démarche n’a rien de politique. Didier Caminade le rejoint d’ailleurs sur certaines revendications envisageant des solutions. « Cette pétition, je la vois d’un bon œil, affirme ce dernier. Cela permet de sensibiliser les élus sur la nécessité de mettre en place des mesures pour un retour à la normale. Il ne faut pas oublier que les études sont financées par l’Etat et que les généralistes vivent par la Sécurité sociale. Il est nécessaire qu’il y ait des obligations pour un retour des médecins dans les zones sous-dotées. On note qu’il y a aujourd’hui un clivage important entre les anciens et les jeunes, notamment sur le nombre d’heures. Aujourd’hui, les nouveaux médecins ne veulent plus s’occuper de l’administratif qui leur prend de temps. Plus de la moitié d’entre eux veulent être salariés. C’est pourquoi nous avons doté nos structures de secrétaires médicales. » Le créateur de la pétition va plus loin dans ses exigences en réclamant un projet de loi pour contraindre à l’installation. « Aujourd’hui, c’est le seul corps de métier qui n’a pas de contrainte et peut s’implanter où bon lui semble. Pour d’autres professions libérales ce n’est pas le cas. Idem pour les professeurs ou les policiers qui n’ont pas leur mot à dire en début de carrière. Désormais, une année d’internat a été ajoutée pour les généralistes. Ils sont gardés dans les hôpitaux, ça fait de la main d’œuvre pas chère. On estime qu’ils devraient sortir beaucoup plus tôt pour être dispatchés dans les déserts médicaux. C’est un sujet aussi important que la sécurité nationale. » Dans les dernières mesures mises en place par la communauté de communes, un groupe de professionnels de santé va s’occuper d’aller recruter les internes, directement dans les facultés. « De notre côté, nous nous occuperons de leur trouver un logement, ainsi qu’un travail pour un conjoint, poursuit Didier Caminade. Un jeune médecin qui était en stage à Penne nous disait que c’était une véritable problématique pour eux. On va alors réserver des postes au sein de la collectivité, notamment de cadres. »

La santé plutôt que la culture

Si Fumel Vallée du Lot met toute une politique en place pour convaincre les médecins de s’installer dans le nord du département, l’argent reste aussi le nerf de la guerre. « Il y a une grosse concurrence entre les collectivités et ce sont souvent les plus riches qui remportent la mise, juste Baptiste Mélo. On parle beaucoup du mauvais comportement du patient, moins de celui du généraliste qui peut aller chercher une prime de 50 000 € pour partir au bout d’un an. » Le président de la communauté de commune est conscient que « malgré tout l’argent qu’on a investi, cela ne suffit pas. C’est pourquoi nous faisons de ce sujet notre priorité numéro 1. Je n’ai pas peur de le dire, quand on voit les sommes allouées à la culture ou aux accueils de loisirs, on se dit que ce n’est pas la priorité par rapport à la santé. Quand on connaît les déficits générés par ces secteurs, on ne peut pas continuer comme ça. Je suis prêt à débloquer des fonds pour la santé. Nous avons prochainement une réunion des vice-présidents et c’est la proposition que je leur ferai. On doit consacrer des moyens de salaire et de structure. On n’a tout simplement pas le choix. » L’élu estime qu’il faudrait au moins trois généralistes supplémentaires pour résorber la patientèle sans médecin.

Un projet de « cardiologie déplacée » à Fumel

En lien avec le CHU de Bordeaux, le pôle de santé de Fumel pourrait prochainement recevoir des consultations en cardiologie. « Nous avons été ciblés par le professeur Lafi tte du CHU de Bordeaux car nous avons un local disponible, précise Gilbert Guérin, vice-président à la santé pour Fumel Vallée du Lot. Des infi rmiers et infi rmières font partie du processus et vont prochainement partir en formation. C’est un projet qui est en bon état d’avancement et qui nécessite une dernière validation par le ministère. Concrètement, trois demi journées seront mises en place avec un objectif de 120 consultations par mois. Les professionnels de santé pourront procéder à une batterie d’examens (tension, échographie cardiaque, électrocardiogramme). Les résultats d’analyse seront ensuite transmis au médecin qui éditera une ordonnance ou aiguillera sur un centre de soin spécialisé en cas de problème majeur. Les premières consultations sont espérées au printemps 2023 pour une phase expérimentale de six mois

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