L’exceptionnelle découverte d’un camp romain à Villeneuve-sur-Lot

Voilà une nouvelle qui s'ajoute à la riche histoire du site antique d'Eysses à proximité de Villeneuve-sur-Lot. Un bureau d'études archéologiques y a fait la découverte d'un camp militaire romain datant de l'Antiquité.

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Dès le mois de janvier de cette année, une équipe de 36 archéologues s’est adonnée à la tâche d’étudier une parcelle de 4500 m2 sur le site d’Eysses. En effet, une hypothèse questionnait depuis des années la possibilité qu’il y ait eu un camp romain sur le site antique, nommé Excisum à l’époque gallo-romaine. Une théorie qui s’appuyait jusqu’ici sur la découverte, aux XVIIe et XVIIIe siècles, de stèles funéraires mentionnant deux cohortes auxiliaires, soit la présence de près de 1000 soldats et sur la fouille plus récente d’un dépotoir de mobilier militaire antique au nord de la fouille actuelle, sans parler des vestiges déjà connus en périphérie. « Cependant, rien ne permettait d’identifier l’emplacement du camp avec certitude », reprend Pierre Dumas-Lattaque, responsable d’opération sur le site villeneuvois. En amont des travaux d’aménagement d’une maison individuelle sur les lieux, le bureau d’études archéologiques Evéha a finalement mis la main sur le tant conceptualisé et convoité camp romain.

Une denrée rare dans la région

Daté du premier siècle ap. J-C, le site s’organise autour d’une rue nord-sud qui vient croiser une rue est-ouest. Ce premier axe s’interrompt au nord en raison de la présence d’un vaste bâtiment à l’entrée monumentalisée : il s’agit du principia du camp, c’est-à-dire le bâtiment de l’état-major. Au sud, de part et d’autre de cette rue, deux bâtiments aux plans identiques ont été fouillés. Ils se composent de séries de casernements dont les pièces, toutes identiques (6 x 3 m), correspondent aux chambres des soldats. Ces casernements se dévoilent autour de cours intérieures assurant la desserte des cellules. « Cette organisation correspond au dernier état d’occupation du camp, daté entre 50 et 80 de notre ère. Cette parcelle du camp, qui s’étendrait sur bien d’autres hectares où se multiplient les habitations aujourd’hui, aurait pu accueillir 240 soldats. Le camp d’Excisum pourrait ainsi être un des plus anciens exemples connus en France de camp construit en pierre. » De plus, seuls trois camps militaires sont connus dans tout le Sud-Ouest de la France (Aulnay-de-Saintonge,Saint-Bertrand-de-Comminges et Villeneuve-sur-Lot), justifiant le côté exceptionnel de la découverte.

Le témoignage d’un autre temps

Dans les bâtiments du camp, différents vestiges témoignent de l’organisation de la vie quotidienne des soldats. Ainsi, les plaques foyères, découvertes dans les casernements, servaient à faire les repas et chauffer la pièce. Des puits permettaient l’accès à l’eau au quotidien, tandis que les caniveaux canalisaient les eaux pluviales et usées vers l’égout et garantissaient ainsi la salubrité du site. De nombreuses fosses-dépotoirs, recueillant les déchets, ont également livré un mobilier abondant. Enfin, d’autres découvertes témoignent d’un petit artisanat des alliages cuivreux, indispensable pour réaliser des réparations sur les armes et les objets : les unités romaines se devaient en effet d’être autonomes. Un important mobilier est aussi exhumé des fouilles. Il s’agit, pour une majeure partie, de céramiques dont une quantité importante de sigillées et d’amphores, pour certaines importées d’Afrique. « Des corpus de monnaies et d’autres objets liés au domaine militaire et notamment à la cavalerie (phalère, harnachement), ont également été découverts. » Ce mobilier est complété par toute une série d’objets associés à la vie quotidienne de la caserne comme des fragments de vases en verre, des jetons, des perles…

Entre perles, pièces, lances et amphores, les découvertes ne sont pas rares sur le site.

Les hypothèses perdurent

Deux états antérieurs, datés entre 0 et 50 de notre ère, ont été mis en évidence. Ainsi, la première installation était aménagée sur des bâtiments sur poteaux de bois. « Rapidement, le camp fut ensuite rebâti avec des édifices en terre et en bois sur radier de galets. Sans doute cela marquait-il la volonté d’implanter les unités dans la durée ? Quoi qu’il en soit, la fouille de ce camp comportant au moins trois phases de construction constitue une découverte exceptionnelle pour étudier l’évolution de ce type d’aménagement dans le temps », précise le rapport d’Evéha. Les fouilles se poursuivront jusqu’au 28 avril afin d’élucider les derniers secrets du site, qui disparaîtra par la suite sous de futures constructions. « Cela coûte trop cher à l’Etat de conserver les vestiges intacts », confirme le responsable d’opération. Ensuite, ce dernier devra s’atteler à la confection du rapport des travaux. Un travail de deux ans pour expliquer toute l’histoire du site et du chantier. Que faisaient des soldats à Villeneuve-sur-Lot ? Si une hypothèse avance la présence de mines de fer dans la région, le mystère perdure…

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