Eclairage public : le débat rallumé sur la lumière, entre sécurité et économies

Deux ans après l’extinction nocturne, la municipalité agenaise envisage de revoir son dispositif. Tandis qu’Agen réfléchit à rallumer plus longtemps, Villeneuve-sur-Lot assume son choix de la sobriété, sans regret ni retour en arrière.

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A Agen, un début de machine arrière sur l’éclairage nocturne ?

À Agen, la question de l’éclairage public n’en finit plus d’alimenter les discussions. Deux ans après la mise en place de l’extinction nocturne, entre 23h et 6h, dans les 44 communes de l’agglomération, la municipalité aimerait revoir la copie. Comme l’ont révélé nos confrères de Sud Ouest, lors d’une récente réunion de quartier, des élus ont laissé entendre qu’un assouplissement du dispositif pourrait intervenir dès le 1er novembre. De quoi susciter un certain espoir chez les habitants, avant que Jean Dionis du Séjour, président de l’Agglo d’Agen, ne vienne tempérer les ardeurs : « Rien n’est arrêté. La question doit être débattue collectivement lors du conseil communautaire du 11 décembre », a-t-il rappelé lors du dernier conseil d ‘Agglo, mettant ainsi fin aux spéculations.

L’idée agenaise consiste à prolonger l’éclairage jusqu’à minuit au lieu de 23h, tout en réactivant les lampadaires solaires implantés dans plusieurs quartiers de la ville. Ces derniers ne nécessitant aucune consommation électrique, la mairie estime qu’ils pourraient rester allumés sans remettre en cause les efforts de sobriété engagés depuis 2022. Le “bon sens lumineux” évoqué par les détracteurs à la réforme à l’époque, trouverait enfin sa légitimité.

Lumière sur un débat de société

Car si le retour de la lumière séduit nombre d’habitants : « On se sent tout simplement plus en sécurité quand la rue n’est pas plongée dans le noir », confiait Anne-Marie Jean-Meillier, présidente du quartier Ermitage, lors des ajustements du plan d’éclairage opérés, d’autres continuent de défendre la sobriété actuelle au nom de la protection du ciel nocturne et de la biodiversité. Le 21 mars 2025, la municipalité d’Agen avait déjà réévalué son plan d’extinction nocturne, découpant la ville en trois zones distinctes. Le cœur de ville, comprenant les Îles, le Gravier, la gare et le quartier du Pin, reste éclairé toute la nuit, jugé trop fréquenté ou sensible pour être plongé dans l’obscurité. Les grands axes et zones périurbaines, eux, sont allumés jusqu’à deux heures du matin, avant de s’éteindre jusqu’à l’aube. Enfin, les quartiers résidentiels, à commencer par l’Ermitage, subissent encore une coupure totale entre 23h et 6h. De quoi raviver alors les termes « d’inégalité d’accès à la sécurité en fonction des quartiers ».

Les élus chercheraient aujourd’hui une voie médiane : moduler l’intensité lumineuse grâce aux technologies de pilotage développées par l’entreprise agenaise Fonroche Lighting, tout en préservant les économies d’énergie. D’ici le dernier conseil d’agglomération de l’année, en décembre, la Ville d’Agen entend bien poursuivre sa réflexion de fond. « Que les lampadaires soient éteints ou allumés, notre objectif reste le même : rendre l’éclairage plus intelligent, plus propre et plus durable ». À noter qu’un peu moins de trente kilomètres plus loin, les voisins de Nérac ont déjà effectué machine arrière en 2025, ou plutôt rallongé le temps d’éclairage, passant de 23h-6h à 1h-5h. Pour l’heure à Agen, rien ne bouge : la lumière attendra décembre, voire 2026. Mais dans les rues d’Agen, beaucoup se réjouiraient déjà de revoir briller leurs candélabres, ne serait-ce qu’un peu plus longtemps.

Pionnier dans le solaire public //

Agen n’est pas une commune ordinaire sur ce sujet : la ville abrite l’un des plus importants parcs d’éclairage solaire d’Europe. Depuis 2020, la municipalité a accéléré la modernisation de son réseau. Sur les 7 389 points lumineux recensés, environ 30 % sont désormais équipés de LED. Au début du mandat, seuls 690 foyers LED existaient sur les 6 150 lampadaires de la ville. En quatre ans, les progrès sont notables : plus de 500 mâts solaires ont été installés, et près de 3 000 points lumineux auront été rénovés d’ici 2026. Si le rythme se poursuit, plus de la moitié de l’éclairage public agenais sera alimenté en LED ou par énergie photovoltaïque à cette échéance. Un plan ambitieux soutenu par un investissement global de 22 millions d’euros dans le cadre du programme “Lumières”, mené à l’échelle de l’Agglomération. Ces efforts auraient déjà permis de réduire de 50 % la consommation électrique du territoire depuis 2022. L’Agglo table encore sur 800 000 euros d’économies annuelles à l’horizon 2026, un argument que les défenseurs du statu quo n’oublient pas de rappeler.

À Villeneuve, l’éclairage n’est pas forcément synonyme de sécurité //

Il y a des nouvelles qui font plaisir aux élus. Lorsqu’ils ont reçu leur facture d’énergie, les troupes du maire Gérard Régnier ont constaté que l’une des lignes avait considérablement baissé : celle de l’éclairage public. Entre 2023 et 2024, la somme due à EDF a retrouvé ses niveaux pré-2022 grâce à une chute de 73% ! À ce niveau, ce n’est plus une réduction mais un déstockage. Puisqu’il ne s’agit pas d’un geste commercial du fournisseur, c’est dans la nature des installations et dans la politique municipale qu’il faut chercher des réponses. À l’image de ce qu’il s’est passé dans de très nombreuses villes et même dans les domiciles des particuliers, Villeneuve-sur-Lot a changé ses bonnes vieilles ampoules pour un produit plus moderne. Le grand « plan LED », soutenu par l’État, s’est récemment achevé et a permis de transformer le parc de candélabres. Moyennant un investissement avoisinant les 2 millions d’euros, plus de 4000 points lumineux sont ainsi passés aux petites diodes, plus durables mais également bien moins gourmandes en kilowattheures. « Au début du mandat, la première raison de cette mesure était l’environnement », assure Brice Vogler, adjoint au maire en charge des travaux, de la propreté urbaine et de l’écologie. Et puis en 2022, les crises géopolitiques mondiales ont fait flamber les coûts de l’énergie dans des proportions encore jamais vues. « Les LED combinées à des extinctions ciblées ont été les bienvenues dans ce contexte », admet Brice Vogler, pas mécontent que l’exécutif local ait suivi cette voie « au bon moment ».

Le soutien de la population et de la police

Puisqu’il est question d’extinction ciblée, l’option choisie est de tout éteindre à partir de 23h à l’exception du « cœur de ville » et des grands axes. « Ça n’a pas bougé et nous n’avons pas prévu de changer », assure l’adjoint au maire. Pour ce qui est de tout rallumer ailleurs, la décision est presque tout aussi catégorique. « Les chiffres nous montrent que les économies liées à cette stratégie sont réelles. Bien entendu, nous ne disons pas non d’office sans écouter ce que dit la population. S’il y a un besoin impérieux, nous pourrons rallumer mais, à ce jour, ce n’est pas notre réflexion », ajoute Brice Vogler. Intuitivement, on serait tenté de penser que l’éclairage public est synonyme de sécurité. Ce n’est pourtant pas ce qu’observent les élus villeneuvois : « Les indicateurs ne montrent aucune corrélation entre l’extinction des lampadaires et le taux de criminalité. Il en est de même pour les cambriolages et les accidents de la circulation. » C’est ici que le désormais fameux « sentiment d’insécurité » est censé intervenir. Mais là encore, la municipalité villeneuvoise va à rebours de cette idée. « On comprend ce sentiment à partir du moment où il fait noir. C’est cependant loin d’être une vérité générale. En effet, beaucoup d’habitants nous ont confié être nettement plus tranquilles depuis que la lumière est éteinte la nuit car cela évite notamment les rassemblements importuns sous les lampadaires, une vraie nuisance pour certains. En éclairant jusqu’à 23h, on s’assure que l’immense majorité des gens puissent sortir du travail et rentrer chez eux sereinement quoi qu’il en soit », note Brice Vogler. Un autre élément étaye sa thèse, et celui-ci vient des forces de l’ordre. « Les services de police nous disent que l’extinction n’est pas un mal dans leur travail. Il leur est, par exemple, plus facile de repérer des individus suspects dans ces conditions. Ça aussi, il faut le prendre en compte. D’aucuns évoqueront les gros faits divers du début d’été mais ils n’ont strictement aucun lien avec l’éclairage puisqu’ils se sont déroulés de jour, soit en période éclairée… »

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