
©Photo CR47
Ce matin, avant que le soleil ne perce la brume glacée du nord du Lot-et-Garonne, les premiers véhicules ont quitté la zone artisanale. À peine une poignée de tracteurs se sont engagés sur la route, accompagnés de voitures et de fourgons. Loin du cortège massif de 2024, le choix est assumé : se faire discret pour aller loin. Responsables syndicaux et anciens dirigeants se sont donné rendez-vous très tôt pour lancer le mouvement. Le cap, lui, est clair : Paris, quoi qu’il en coûte.
Le malaise agricole, moteur du départ

Autour des tables improvisées, la lassitude se mêle à la détermination. Coûts de production en hausse, pression des accords commerciaux, blocages administratifs : les motifs de colère abondent. Plusieurs agriculteurs confient redouter de ne pas pouvoir assurer leur campagne à venir. La présidente de la Chambre d’agriculture Karine Duc martèle des chiffres qu’elle entend porter jusque dans les ministères. Elle parle d’une majorité d’exploitations en difficulté et de producteurs ne sachant plus comment financer la saison qui s’ouvre. « On ne peut pas accepter que cela devienne la norme, il faut que Paris l’entende. Quand on n’a plus d’interlocuteurs, on prend la route. »
Changer de méthode pour atteindre le même but
Les arrêtés restreignant la circulation des engins agricoles redessinent entièrement la stratégie. Le tracteur n’est plus l’outil central de la démonstration, ce sont désormais des véhicules plus discrets, des départs échelonnés, des itinéraires éclatés. Certains participants ont d’ailleurs pris la route avant même le rassemblement de Cancon. Le président de la CR 47 José Pérez détaille : « Chacun connaît son trajet, ses points de rendez-vous, ses relais. On avance en ordre dispersé, et on recolle plus loin. » L’initiative dépasse le Lot-et-Garonne, d’autres départements doivent converger vers la capitale dans les jours qui viennent.
Au moment du départ, les forces de l’ordre veillent. Les échanges restent courtois. Les organisateurs insistent sur la volonté d’une mobilisation sans heurts, tout en dénonçant le verrouillage administratif. « On nous empêche de circuler comme des délinquants alors qu’on veut simplement travailler et être entendus », souffle-t-on. Quelques tracteurs prennent malgré tout la RN21, en connaissance de cause : ils seront probablement stoppés. Mais le plan repose désormais sur la souplesse plutôt que sur la démonstration massive.
Objectif : la capitale, le 8 janvier. Les groupes éclatés doivent se retrouver plus au nord, parfois « après la Loire », selon les responsables. Les appels téléphoniques feront le reste. « L’essentiel est d’être là le jour dit », résume l’un d’eux.





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