Émeline Rey, nouvelle députée de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne : « Je ne veux décevoir personne »

Propulsée députée titulaire avec le retour de Guillaume Lepers à la mairie de Villeneuve-sur-Lot, la jeune ostéopathe défendra à Paris la troisième circonscription de Lot-et-Garonne.

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Quidam l’Actu : Vous vous apprêtez à siéger dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Comment abordez-vous ce moment ?

Émeline Rey : Si on m’avait dit il y a deux ans que cela arriverait si vite… Mon parcours n’a jamais été orienté vers la politique. C’est mon parcours de vie qui m’a mis sur ce chemin de manière non préméditée. Tout est allé très vite, très fort. Je dois maintenant essayer d’être à la hauteur des responsabilités qui sont les miennes. Je suis consciente des enjeux. Cela va chambouler beaucoup de choses dans ma vie personnelle et professionnelle mais c’est une chance incroyable de découvrir tout ça.

Quidam l’Actu : Tout s’est joué en relativement peu de temps avec la décision tardive de Guillaume Lepers de se représenter à la mairie de Villeneuve et la proclamation des résultats de l’élection, rendant sa démission officielle. Comment s’est organisée la passation ?

Émeline Rey : Sans jamais présumer des résultats du scrutin, nous avons beaucoup échangé et envisagé de nombreuses situations. Être suppléante du député, c’est totalement différent d’être suppléante d’un conseiller départemental. On est beaucoup plus actifs. Je n’arrive pas en terre inconnue. J’étais énormément sur le terrain, au contact des élus et des acteurs du territoire. Ça ne m’impressionne pas outre mesure. De surcroît, Guillaume ne m’a jamais considérée comme une simple remplaçante. On a toujours formé un binôme. Et même si les rôles changent, cela va perdurer.

Quidam l’Actu : On le sait, Guillaume Lepers est quelqu’un de volubile. Il était très actif à la tribune de l’Assemblée nationale sur différents sujets. Quelle députée serez-vous ?

Émeline Rey : Déjà, parce que je ne suis pas lui, je n’essaierai pas de faire du Guillaume Lepers. Je ne sais pas encore si j’aurai la même aisance dès le départ mais ce qui est certain, c’est que je ne vais pas me contenter de faire acte de présence. Mon ambition n’est pas de m’asseoir sur un siège et d’attendre que ça passe. Je vais tout faire pour être aussi active.

Quidam l’Actu : Quels sont les dossiers qui vous tiennent le plus à cœur ?

Émeline Rey : Je veux poursuivre tout ce qu’on a défendu jusqu’à présent. Je n’ai pas de priorité particulière mais j’ai une sensibilité naturelle pour plusieurs sujets. L’agriculture bien entendu, la santé puisque c’est aussi un secteur dans lequel j’exerce, l’accès aux études pour les jeunes, la mobilité, la préservation de nos commerces locaux… Je ne veux décevoir personne ! La loi d’urgence agricole sera probablement l’un des premiers chantiers à mener au vu du calendrier parlementaire, et c’est effectivement très urgent.

Quidam l’Actu : Il y a de très fortes probabilités pour que ce mandat soit un CDD d’à peine plus d’un an, avec de nouvelles législatives dans la foulée de la présidentielle. Est-ce comme cela que vous appréhendez la séquence qui s’ouvre à vous ?

Émeline Rey : Je ne me projette pas dans les futures élections. Encore une fois, tout est arrivé très vite. Quand je me lance dans quelque chose, je le fais à fond. J’attends de voir si ce rythme est compatible avec ma vie de famille que je dois aussi préserver. Ce sera mon alerte. Si tout fonctionne, il y a des chances que je puisse me présenter à nouveau mais c’est encore prématuré de s’engager à ce stade. J’aime jouer la sécurité et la précaution. En attendant de décider de mon avenir politique, je vais rester dans la ligne qu’on s’était fixée avec Guillaume en 2024, à savoir montrer au territoire qu’il peut compter sur des députés actifs et travailleurs. Je pense que les habitants attendent des élus qui ont envie de se bouger. Je suis par ailleurs toujours au Conseil départemental puisque je n’ai pas de suppléante. Je m’organise avec les collègues du groupe pour me relayer dans certaines commissions un peu lourdes car là aussi, c’est un vrai travail, même dans l’opposition.

Biographie express // Native du Médoc, Émeline Rey a grandi les pieds dans la vigne. À sa majorité, elle s’est dirigée vers des études d’ostéopathie à Bordeaux. « Il faut passer par des écoles privées très chères. Mes parents n’ayant pas les moyens suffisants, j’ai dû rembourser ces gros emprunts avec des jobs étudiants », explique-t-elle. En parallèle de son apprentissage de la mécanique corporelle, la jeune femme travaillait pour une grande enseigne de distribution avec un contrat en CDI modulable en fonction des besoins. La fin du cursus d’ostéopathie s’est déroulée du côté de Nantes, avec toujours un contrat dans cette même chaîne de supermarchés. Une fois le diplôme en poche, Émeline Rey a traversé la France d’Ouest en Est pour rejoindre une partie de sa famille sur les bords du lac d’Annecy en Savoie. C’est à Épagny exactement qu’elle a ouvert son premier cabinet. Sans jamais vraiment quitter la grande distribution. « Je tenais à éviter les risques financiers alors que je commençais tout juste à développer ma patientèle », raconte-t-elle, se souvenant des allers-retours entre la salle de soin et les pôles poissonnerie-boucherie ou encore les rayons et les réserves pour des inventaires de nuit. En 2019, elle choisit de rejoindre la terre de sa famille paternelle, en Lot-et-Garonne. Elle relance son cabinet à Laroque-Timbaut et prend petit à petit le relais sur l’exploitation viticole de son père sur l’Agenais. « Je dis toujours que j’ai un métier de passion, l’ostéopathie, et un métier de cœur, la vigne. » En perpétuelle double-activité depuis son entrée dans la vie d’adulte, elle s’est forgée un solide caractère pour se donner les moyens de ses ambitions. Son engagement en politique a commencé en 2021 avec un poste de suppléante au Conseil départemental, en appui du binôme Arnaud Devilliers – Béatrice Giraud. Un rôle plutôt « symbolique », jusqu’à ce que la maire de Frespech renonce à tous ses mandats et lui cède donc sa place à l’hôtel Saint-Jacques en janvier 2024. « J’ai dû beaucoup apprendre en très peu de temps », admet-elle. Six mois plus tard à peine, nouvelle accélération avec la victoire aux législatives du binôme qu’elle forme avec Guillaume Lepers. À 38 ans, elle devient titulaire à la place de ce dernier.

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