ARCHIVES. 30 octobre 1980, le jour où l’autoroute a changé l’Agglomération d’Agen

Longtemps enclavée entre Bordeaux et Toulouse, Agen et ses alentours voient arriver l’A62 à l’automne 1980. Une révolution attendue, parfois contestée, qui a durablement transformé le territoire.

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À Agen, il fut un temps où traverser le département relevait du parcours d’obstacles. Avant l’autoroute, tout passait par la RN 113. Camions, vacanciers, trajets interminables… L’axe saturait et freinait les échanges. Au début des années 1970, l’idée d’une grande liaison autoroutière entre les deux métropoles s’impose alors comme une évidence. Le projet de « l’autoroute des deux mers » se précise progressivement. Pour Agen et son territoire, l’enjeu est majeur. Il s’agit de sortir d’un certain isolement et de s’inscrire dans un axe structurant est-ouest.

À la fin des années 1970, les premiers tronçons ouvrent autour de Bordeaux, permettant déjà de mesurer le gain de temps. Lors des premiers tests réalisés sur ce nouvel axe, près de trois quarts d’heure sont gagnés par rapport à un trajet classique via la nationale, où l’on comptabilise plus de 10 000 passages de véhicules chaque jour au milieu des années 70. L’espoir est alors immense. L’autoroute doit mettre le Lot-et-Garonne à portée de main des vacanciers et offrir de nouvelles perspectives économiques à une ville moyenne comme Agen, coincée entre les deux grandes agglomérations que sont Bordeaux et Toulouse.

Le dénouement du 30 octobre

Le 30 octobre 1980 marque un tournant, même si celui-ci se fait sans éclat particulier. Vers 15 heures, la circulation est ouverte sur le tronçon reliant Buzet-sur-Baïse à Agen, intégrant la ville au réseau autoroutier naissant. À cette date, l’axe reste encore incomplet. Il manque environ 45 kilomètres pour relier totalement Bordeaux à Toulouse. L’infrastructure, alors baptisée A61, ne prendra le nom d’A62 qu’en 1982, une fois la liaison entièrement finalisée. Malgré cela, les effets sont immédiats. Les 31 kilomètres entre Agen et Aiguillon permettent déjà de rapprocher sensiblement la préfecture lot-et-garonnaise de Bordeaux, située à environ 125 kilomètres, avec un gain de temps notable pour les automobilistes. Vers le sud, la connexion avec Montauban et Toulouse se dessine également, confirmant ainsi le rôle structurant de cet axe autoroutier à l’échelle régionale.

Arrivée chaotique et contestée

Si l’autoroute fait naître beaucoup d’espoirs, son arrivée ne se fait pas sans difficultés. Autour d’Agen, les infrastructures ne suivent pas. Les routes d’accès sont parfois inadaptées, voire impraticables. Le pont de Beauregard, censé fluidifier la circulation, ne verra le jour qu’en 1985. Autour du nouvel échangeur, la situation est même confuse. Les communes de l’agglomération se livrent à de véritables rivalités pour capter les retombées économiques de cette nouvelle infrastructure. Du côté du Passage-d’Agen et d’Estillac, on évoque déjà la création de zones industrielles, commerciales, voire de nouveaux quartiers entiers, dans l’idée de prolonger le développement urbain vers l’ouest. Dans le même temps, certains territoires se sentent mis à l’écart. Le choix des échangeurs enterre définitivement l’hypothèse de sorties tant convoitées par de nombreuses communes du département.

Sur le terrain, les inquiétudes sont nombreuses. Des comités de défense se créent, redoutant un afflux massif de circulation dans des zones encore mal préparées. Certains dénoncent même une mise en service « prématurée ». Situation pour le moins insolite : pendant plusieurs mois, les poids lourds sont interdits sur la nouvelle section autoroutière, faute d’aménagements suffisants en aval. Malgré ces débuts hésitants, la dynamique est lancée. L’autoroute s’impose progressivement dans le paysage et dans les habitudes.

Un levier de développement durable

Au fil des années, le trafic augmente fortement. De 4 000 véhicules par jour à l’ouverture, on passe à plus de 20 000 au tournant des années 2010. En quelques décennies, des centaines de millions d’usagers empruntent cette portion de l’A62. Au-delà des chiffres, l’autoroute devient un véritable indicateur économique. Elle facilite les déplacements, attire les entreprises, développe les zones d’activités et renforce l’attractivité du territoire. Autour des échangeurs, de nouvelles zones commerciales et industrielles émergent, notamment du côté du Passage-d’Agen et d’Estillac, concrétisant en partie les ambitions évoquées dès son ouverture. Pour Agen et son agglo, l’A62 marque la fin relative de l’enclavement et l’entrée dans une logique de mobilité moderne, tournée vers les grands axes nationaux.

2022 : un nouvel échangeur pour accompagner la croissance //

Plus de quarante ans après l’arrivée de l’autoroute, le territoire continuait d’adapter ses infrastructures. Le 10 novembre 2022, dernier aménagement en date, un nouvel échangeur à l’ouest de l’agglomération a été inauguré, à proximité du Technopole Agen Garonne. Porté par les collectivités locales et l’État, le projet visait à améliorer la desserte économique du territoire et à désengorger les accès existants. Il s’inscrivait aussi dans une réflexion plus large sur le désenclavement du nord du département, notamment vers Villeneuve-sur-Lot. Coût de l’opération : environ 17 millions d’euros, financés conjointement par les acteurs publics et Vinci Autoroutes. Une nouvelle étape dans une histoire entamée en 1980, lorsque l’autoroute faisait, pour la première fois, son entrée aux portes d’Agen.

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