Écoles privées : une suppression d’aides qui rallume la guerre scolaire à Agen

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L’affrontement avait déjà trouvé ses prémices une semaine avant ledit conseil municipal. La délibération avait en effet de quoi raviver le clivage politique dans la salle des Illustre de la mairie d’Agen. La majorité de Laurent Bruneau a acté la suppression, à compter de la rentrée 2026, des aides non obligatoires accordées aux établissements d’enseignement privé. Une décision que la municipalité présente comme un recentrage de ses moyens en faveur de l’école publique.

« Contrairement à ce qu’ont pu dire mes collègues de l’opposition, il ne s’agit pas de supprimer des aides versées directement aux familles mais de supprimer des aides versées directement aux écoles privées. C’est le petit plus offert par la majorité précédente », a défendu l’adjointe à l’éducation Marjorie Delcros. L’élue a également tenu à rappeler la différence de financement entre les deux systèmes. « L’école publique est financée à 100 % par des dotations publiques. L’école privée est financée à plus de 70 % par de l’argent public, puis reçoit les participations des familles et des dons déductibles des impôts. »

La majorité insiste sur le fait que les financements obligatoires prévus par la loi continueront d’être versés. Ceux-ci représentent déjà plus de 500 000 euros par an. « Nous, collectivité qui versons plus de 500 000 euros aux écoles privées, nous n’avons aucun droit de regard sur l’utilisation de cet argent », a encore souligné Marjorie Delcros, estimant que les ressources municipales devaient désormais être concentrées sur l’enseignement public.

Pour 23 800€ d’économies

À la clé, la municipalité estime pouvoir redéployer près de 23 800 euros par an vers ses priorités éducatives. Cette enveloppe correspond aux aides facultatives jusqu’alors attribuées aux établissements privés : environ 14 500 euros pour la restauration scolaire, 5 300 euros pour la prise en charge de certains transports, notamment vers la piscine Aquasud, et près de 4 000 euros pour la participation aux manifestations organisées par la Ville, comme le Noël des écoles. Pour la majorité, ces économies doivent notamment contribuer à financer la baisse d’un euro du prix du repas dans les cantines des écoles publiques, annoncée pour la prochaine rentrée scolaire.

« Vous êtes à rebours »

Dans une ville où environ un tiers des 3 451 écoliers sont scolarisés dans le privé, la décision a toutefois provoqué une forte réaction des oppositions. « Vous avez réussi l’exploit de me laisser sans voix », a lancé l’élue RN Pia Landrin. « Vous avez décidé de dépoussiérer la vieille guerre des écoles des années 80. Pour une équipe qui prétendait réunir les Agenais, vous êtes à rebours. Les parents d’élèves ont-ils le droit d’être punis parce qu’ils ont exercé leur libre choix d’enseignement ? » L’élue a également contesté la communication de la majorité autour du futur kit scolaire destiné aux élèves du public. « Le kit scolaire n’est pas gratuit, il est offert. Offert par les impôts. »

Même tonalité du côté de Claire Rives, de l’ancienne majorité Dionis, qui a dénoncé « la brutalité de la méthode ». « Nous ne contestons pas le choix de faire de l’école publique une priorité, mais vous serez certainement la majorité qui aura le plus stigmatisé les écoles sous contrat, tout en augmentant leurs dotations obligatoires. Quelle ironie du sort », a-t-elle déclaré.

Le premier adjoint Pierre Dupont a alors répondu avec fermeté. « Soit vous n’avez rien compris, soit vous faites semblant de n’avoir rien compris », a-t-il lancé aux bancs de l’opposition avant de rappeler que « cette délibération ne changera rien à la scolarité des enfants ». Selon lui, la municipalité ne fait que revenir à une situation largement répandue ailleurs. « Des milliers de villes en France ne versent pas de dotations spéciales aux écoles privées. C’est le fonctionnement d’avant qui était anormal. » Au terme d’un débat particulièrement tendu, les élus des oppositions ont voté contre la délibération. La majorité l’a néanmoins adoptée, confirmant ainsi l’une des orientations éducatives les plus marquées de ce début de mandat.

Des fournitures offertes à tous les élèves du public //

Autre engagement de campagne traduit dans les délibérations : la création d’un kit de fournitures scolaires gratuit pour l’ensemble des élèves des écoles publiques agenaises dès la rentrée de septembre 2026. La municipalité entend ainsi alléger le coût de la rentrée pour les familles tout en harmonisant l’équipement des élèves. « L’école est au cœur de notre projet politique et de nos engagements en faveur du pouvoir d’achat », a rappelé Marjorie Delcros. « Réduire les inégalités sociales » tout en garantissant à chaque enfant de disposer du matériel nécessaire pour travailler dans de bonnes conditions.

Concrètement, les kits seront élaborés en concertation avec les enseignants et les directeurs d’école, qui définiront leurs besoins à partir d’un catalogue commun. La municipalité souhaite également encourager des listes de fournitures « raisonnables », avec un souci de maîtrise des coûts, d’allègement du poids des cartables et de recours à des produits recyclables.

Pour financer ce dispositif, la Ville a augmenté de 60 000 euros le budget de la Caisse des écoles. La dotation sera répartie selon les niveaux, à hauteur de 16 euros par élève de maternelle et 32 euros par élève d’élémentaire. Chaque kit comprendra des fournitures de base pour la trousse et le cartable, ainsi qu’un sac floqué aux couleurs de la Ville, complétés par du matériel destiné à rester dans les classes et distribué au fil de l’année par les enseignants.

Les commandes seront passées avant les vacances d’été afin de permettre une livraison directement dans les établissements à la fin du mois d’août. La distribution est prévue le jour de la rentrée scolaire, le 1er septembre 2026.

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