Nouveaux réacteurs nucléaires à Golfech : où en est-on ?

La centrale tarn-et-garonnaise fait partie des sites envisagés pour accueillir une nouvelle paire de réacteurs EPR2 dans les années à venir. Un projet colossal avec de potentielles retombées économiques pour le Lot-et-Garonne.xxx

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La relance du parc nucléaire français //

Le plan Messmer, acté en 1974, a permis la construction de 56 réacteurs entre les décennies 70 et 90, faisant de la France une référence au niveau mondial. Survint ensuite une phase beaucoup plus délicate. Entre « normalisation » économique de la filière sur le marché européen et progression du mouvement écologiste sur la scène politique, ce mode de production électrique n’avait plus autant la cote. Cela s’est traduit par l’absence de nouveaux grands programmes de construction, l’abandon de Superphénix puis d’Astrid, la fermeture de Fessenheim. L’échec industriel de l’EPR de Flamanville, censé incarner une nouvelle génération florissante, n’a fait qu’enfoncer le clou. Mais petit à petit, le mouvement pro–nucléaire a repris de la vigueur. L’impérieuse nécessité de décarboner les usages joue en sa faveur. Et ce d’autant plus que l’Allemagne, parangon des énergies renouvelables, se retrouve régulièrement contrainte à un usage massif du gaz et du charbon, après avoir délaissé l’atome. Les conséquences de la guerre en Ukraine ont par ailleurs convaincu un grand nombre de Français que la souveraineté énergétique n’était plus une option. En février 2022, à Belfort, le Président Emmanuel Macron prononce un discours-clé pour la relance du parc nucléaire.

Le programme EPR2 //

Le 10 février 2022, Emmanuel Macron annonce la construction de six réacteurs EPR2 (à Penly, Gravelines et Bugey) et le lancement d’études pour huit autres. Les travaux de Penly ont débuté dès 2024. L’EPR2 est une évolution du modèle développé à Flamanville, toujours pensé pour un niveau de sûreté très élevé et une meilleure gestion des déchets radioactifs, mais bien moins complexe à construire et à déployer à grande échelle. Pour les huit unités additionnelles, rien n’est encore arrêté. Plusieurs sites sont en lice, parmi lesquels figure Golfech.

Les atouts de Golfech //

La centrale tarn-et-garonnaise possède plusieurs atouts rendant sa candidature crédible. Le premier point : une réserve foncière importante, même si certaines parcelles nécessaires ne sont pas (encore) la propriété d’EDF. Les élus rappellent d’ailleurs que le site avait été initialement pensé pour 4 réacteurs. Le débit élevé de la Garonne, bien complété par les tours aéroréfrigérantes, devrait offrir des capacités de refroidissement suffisantes pour une extension d’activité. Selon l’opérateur RTE, le Sud-Ouest observe une hausse de la demande d’électricité. Les industries dans les métropoles bordelaise et toulousaine n’y sont pas étrangères. Mais la région reste peu dotée en infrastructures pilotables, d’où l’intérêt de venir doper Golfech. La prudence reste néanmoins de mise avec plusieurs freins qui pourraient peser dans la balance, comme la température parfois problématique du fleuve lors des grandes vagues de chaleur.

La volonté déclarée des pouvoirs publics locaux //

Dès juillet 2024, de nombreux acteurs politiques et économiques de plusieurs départements, dont le Lot-et-Garonne, ont lancé « l’appel de Golfech » pour signifier leur mobilisation collective en faveur de ce nouveau programme nucléaire. Cela a pris une tournure encore plus officielle en février 2026 avec la création du « Comité stratégique d’appui et d’accompagnement de la candidature EPR2 de Golfech ». « Elle traduit la volonté partagée de l’État, des collectivités territoriales et du monde économique de finaliser, dès à présent, une candidature solide, coordonnée et exemplaire, préparée depuis de nombreux mois par une alliance territoriale forte », décrivent la préfecture du Tarn-et-Garonne, la Région Occitanie et la Communauté de communes des Deux Rives dans un communiqué conjoint. L’ex-président de l’Agglomération d’Agen, Jean Dionis du Séjour, y avait notamment pris part. Son successeur, Olivier Grima, s’inscrit dans la même ligne. La qualité du travail fourni peut faire la différence entre deux sites concurrents ayant été « validés » sur les différents aspects techniques.

Quelles retombées pour un chantier EPR2 ? //

La deuxième salve de déploiement des nouveaux réacteurs nucléaires peut s’appuyer sur la littérature établie pour le lancement de la première. Des documents prospectifs existent et permettent de mesurer l’ampleur économique d’un tel chantier. Le cas d’étude le plus intéressant est probablement celui de Penly (Seine-Maritime), dont les travaux ont commencé à l’été 2024. Un baromètre a été publié par EDF et la préfecture de région Normandie après décembre 2025 et fait état de données intéressantes. Au cours des premiers dix-huit mois, on recensait 883 salariés présents sur le site en moyenne, dont 55 à 60% d’emploi local (intérim et recrutements). La part des femmes se situe entre 10 et 15%. La démarche d’insertion des personnes éloignées de l’emploi porte ses fruits puisque 72,8% des salariés recrutés localement relèvent de l’insertion et plus de 70 bénéficiaires du RSA ont intégré le chantier après formation. Près des trois quarts des marchés de site ont été obtenus par des entreprises locales. Il est même précisé que, depuis 2020, année pendant laquelle le processus s’est mis en route, le projet s’est acquitté de 97,8 M€ de factures auprès d’acteurs économiques normands. L’offre de formations adaptées aux besoins s’est étoffée. Plus de 10 000 personnes sont attendues sur place au pic du chantier. Dans une analyse consacrée à un autre projet imminent, du côté de Bugey (Ain), EDF table sur 7800 personnes au plus haut, en 2025. « Le projet EPR2 de Bugey est une opportunité de dynamiser les filières de la construction, du nucléaire et de l’industrie », peut-on lire. Les métiers du génie civil, du montage mécanique et de l’électricité seront les plus sollicités. Tous ces emplois impliquent de la consommation. Et, toujours selon les analyses, celle-ci « devrait induire en moyenne 400 emplois par an supplémentaires entre 2027 et 2042 sur le territoire autour du site de Bugey dans des secteurs tels que le commerce, l’hébergement et la restauration ». Là encore, les demandeurs peuvent constituer « un vivier » de ressources considérable, à condition que l’offre en matière de logement, de formation et de mobilité soit à la hauteur des enjeux. D’où l’intérêt de travailler sur le dossier très en amont. Ensuite, en phase d’exploitation permanente, les autorités estiment que deux EPR2, « environ un millier de salariés qui s’installeront plus durablement avec leur famille sur le territoire ». Cela doublerait ainsi les effectifs actuels de la centrale de Golfech.

Dans quelle mesure le Lot-et-Garonne est concerné ? //

Administrativement implantée dans un autre département et même une autre région, la centrale de Golfech est toutefois très connectée au Lot-et-Garonne. Tout d’abord parce qu’elle fait partie de la Communauté de communes des Deux Rives, dont plusieurs de ses membres sont estampillés 47. Le site de production électrique est à moins de dix minutes en voiture de l’agglomération agenaise et à une petite demi-heure de sa ville-centre, quand Montauban est au mieux à 50 minutes. Selon les données internes de l’établissement, près de la moitié des salariés résideraient en Lot-et-Garonne, avec ce que cela implique de consommation sur place.

Quel calendrier ? //

Si rien n’est officiel, un agenda a été fixé par l’État avec une finalisation des dossiers cet été et une prise de décision fin 2026 – début 2027. Une annonce officielle avant la présidentielle, par le chef de l’État lui-même, n’est pas à exclure. Deux grands rapports vont guider la décision. Le premier est plutôt d’ordre technique et instruit essentiellement par EDF. Dossier technique. Il détaillera des aspects comme le foncier disponible, les capacités de refroidissement, le raccordement réseau, la sûreté nucléaire, la constructibilité, les conditions industrielles… Le second document revêt plutôt une dimension « territoriale » avec, à la manœuvre, préfectures et préfecture de région, Conseils régionaux et départementaux, intercommunalités, municipalités, chambres consulaires, entreprises, etc. Il vise à démontrer plusieurs points comme la capacité d’accueil des salariés, le logement, les infrastructures, les transports, la formation, l’acceptabilité locale ou encore la mobilisation économique. Il s’agit, en quelque sorte, d’une lettre de motivation documentée avec des engagements formalisés. Si Golfech venait à être retenue, l’horizon de temps pourrait être le suivant. Après une phase de mise en place, incluant notamment toutes les démarches d’autorisation, les premiers gros travaux ne devraient pas commencer avant 2030-2032. Par la suite, il faut compter une douzaine voire une quinzaine d’années, selon les calendriers prévisionnels, pour atteindre la mise en service. Ce qui repousse l’exploitation à la fin de la décennie 2040. C’est dans ce genre de projet que la maxime « Gouverner, c’est prévoir » prend tout son sens.

Chiffres-clés // La production de la centrale : 11,4 TWh générés en 2025 à Golfech, soit l’équivalent de la consommation électrique de 2,3 millions de foyers français. C’est nettement moins qu’en 2024, avec 16,8 TWh produits, ce qui correspond à un peu moins de la moitié des besoins de l’Occitanie. Cette baisse s’explique notamment par deux arrêts pour maintenance et la troisième visite décennale de l’unité de production n°2, avec remplacement du combustible. Cela vient clore le chapitre du Grand Carénage de Golfech. Le projet EPR2 1000 salariés supplémentaires au millier déjà actifs autour des réacteurs 1 et 2, soit environ 2000 personnes au total. 8000 personnes au pic du chantier (voire 10 à 12 000 selon certaines hypothèses)

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