Agriculture : « Le sujet est désormais celui de tout le monde » //
Tempêtes, inondations, canicule, sécheresse, grêle… Les exploitations lot-et-garonnaises ont été confrontées à une succession d’aléas ces dernières années. Pour Bruno André, cette accumulation fragilise désormais les mécanismes censés amortir les pertes. « Paradoxalement, la force de ce département, c’est qu’il y a une polyculture, voire de l’élevage, qui permet justement aux exploitants d’amortir un peu tous ces risques. Sauf que quand, à un moment, ils se cumulent tous, ça ne marche plus non plus. »
Face à cette situation, le préfet défend une approche dépassant la seule question des aides aux agriculteurs. « Le sujet de l’agriculture, c’est désormais le sujet de tout le monde : du consommateur, du transformateur, du distributeur. Toute la chaîne doit être mise sous tension aussi », estime-t-il, plaidant pour renforcer la souveraineté alimentaire.
Le plan national annoncé cet été doit notamment permettre d’apporter rapidement des aides aux exploitations les plus fragiles. Trois millions d’euros ont été fléchés pour le Lot-et-Garonne. Les critères d’attribution doivent encore être définis, avec une priorité annoncée aux exploitations en grande difficulté. « On ne peut pas ne pas prendre en compte la situation financière de l’exploitation », insiste Bruno André.
Quatre ateliers pour préparer l’agriculture de demain
Au-delà de l’urgence, le préfet veut également travailler sur le long terme. Quatre ateliers consacrés à l’agriculture vont être lancés autour de l’eau, de la transmission et du renouvellement des générations, du modèle agricole et de la diversification des revenus.
La méthode se veut pragmatique : « Au lieu d’aborder les sujets en disant souvent qu’on vous explique que ce n’est pas possible, là, on va raisonner différemment. Qu’est-ce qui est possible ? Ce qui n’est pas possible est hors sujet. » L’eau constitue notamment un chantier majeur. Le préfet souhaite commencer par regarder ce qui peut être fait sur les retenues existantes, avant d’envisager de nouvelles infrastructures. « Si vous augmentez le volume de 10 000 retenues d’eau, on avance sur quelque chose », résume-t-il, tout en reconnaissant que toutes ne présentent pas la même utilité.
Protoxyde d’azote : « C’est dramatique »
Le préfet a également évoqué la consommation de protoxyde d’azote, notamment à Agen. Un arrêté interdit déjà sa consommation sur la voie publique et permet la saisie des bonbonnes par les forces de l’ordre. La réglementation autorise également des fermetures administratives de commerces qui en vendraient en dehors du cadre légal. Bruno André alerte surtout sur les conséquences sanitaires. « C’est dramatique. Il y a des séquelles neurologiques, voire des handicaps », souligne-t-il, estimant que les risques restent sous-évalués. La difficulté tient notamment au statut du produit, qui n’est pas considéré comme un stupéfiant et reste accessible sur internet.
Mais le préfet s’est surtout attardé sur le renforcement de l’arsenal juridique avec la loi RIPOST, promulguée en août. Le texte durcit notamment les sanctions liées au protoxyde d’azote À compter du 1er février 2027, sa vente, sa détention et son transport par les particuliers seront interdits, tandis que l’inhalation hors cadre médical, la provocation à l’usage détourné et la conduite sous l’effet du gaz constitueront de nouveaux délits.
« C’est quelque chose qui est en train de devenir un vrai sujet de santé publique », insiste-t-il. La loi RIPOST doit ainsi permettre, selon lui, de ne plus considérer le protoxyde comme une simple pratique récréative, mais comme un phénomène nécessitant une réponse beaucoup plus ferme. Pour cela, L’amende forfaitaire pour stupéfiants passe de 200€ à 500€.
Feux de forêt : agir vite et surtout prévenir
Enfin, le préfet est revenu sur les incendies qui ont marqué l’été. S’il salue le professionnalisme des pompiers et la mobilisation des moyens, il insiste sur l’importance de la rapidité d’intervention : « Quand c’est possible, ce qui est important, c’est d’agir vite, avec un maximum de moyens pour circonscrire. Une fois qu’un feu a pris une certaine ampleur, ça devient extrêmement compliqué. »
Le département dispose, selon lui, d’un atout important avec la forte couverture des communes en plans communaux de sauvegarde. Les exercices réalisés en amont permettent également aux différents acteurs de mieux connaître leur rôle et de gagner en efficacité.
Mais pour Bruno André, le principal levier reste la prévention. « Vous pouvez multiplier les moyens par 100, ça ne change rien si vous avez toujours autant de gens qui mettent le feu », lance-t-il, appelant notamment à davantage de vigilance face aux barbecues et aux mégots jetés dans la nature. Car encore aujourd’hui, neuf feux sur dix ont une origine humaine.
Sécurité routière : le téléphone toujours dans le viseur
Sur les routes aussi, le préfet constate une situation qui peine à s’améliorer, notamment concernant l’usage du téléphone au volant. « Les usagers de la route savent qu’ils peuvent retirer leur permis en cas d’usage du téléphone au volant », relève Bruno André, qui estime que la communication autour de cette infraction a permis de sensibiliser les conducteurs, sans pour autant faire suffisamment baisser les comportements à risque. Depuis le lancement du dispositif en début d’année, 80 permis ont été retirés. D’un autre côté, 15 personnes ont perdu la vie dans un accident de la route en 47 cette année, contre 20 au même moment l’an passé.
Le préfet pointe également les limites du contrôle sur le terrain. Malgré les dispositifs mis en place, le nombre d’infractions reste élevé et la tendance ne semble pas réellement s’inverser. L’arrivée de nouvelles solutions technologiques pourrait améliorer les contrôles, mais elle ne réglera pas tout. Pour le préfet, la difficulté est donc aussi culturelle. Tant que l’usage du téléphone restera banalisé, notamment au volant, les infractions resteront difficiles à endiguer.







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